Ah, Tchad ira!
[Le Canard Enchaîné – 05/03/2008]
Les gens sont méchants. « Le Figaro» (2812) : en faisant escale au Tchad sur sa route vers Le Cap, Sarko « sait qu’il prend le risque de se voir accuser de soutenir un gouvernement aux méthodes expéditives ». Quelles « méthodes expéditives» ? On ne fait pas plus accommodant qu’ Idriss Déby, lequel, avec la meilleure des grâces, s’est engagé à la création d’une «commission d’enquête internationale sur la disparition d’ opposants ».

Et plus précisément de deux opposants de tout premier plan, dont l’un, le député sudiste Ngarlejy Yorongar (Déby est du Nord) est mystérieusement réapparu dimanche dernier à Yaoundé (Cameroun). Un troisième avait déjà été « retrouvé» le 14 février dans une prison de la capitale.

C’est un sujet sur lequel le président tchadien ne dispose et ne disposait évidemment d’aucune information: selon de nombreux témoignages, et notamment ceux de leurs familles, Ibni Oumar, porte-parole de la coordination des partis d’opposition – toujours introuvable ce mardi 4/3 -, et Ngarlejy Yorongar ont été enlevés le 3 février par des militaires de leur pays!

« J’étais occupé par la guerre », a vaguement plaidé Idriss. Mieux, ou pis encore: d’après Amnesty InternationaL qui s’ appuie sur « l’interception d’une correspondance privée », Paris savait depuis le 11 janvier que les opposants disparus étaient, au moins à cette date, « détenus au QG de la sécurité tchadienne à N’Djamena ».

Pour le coup, c’est le Quai d’Orsay qui s’est montré évasif: « Nous ne savons pas sur quelles bases se fondent ces affirmations», ce qui dispense au moins de préciser si celles-ci sont vraies ou fausses. C’est tout le problème avec les disparus: comme ils ne sont pas là, on a du mal à dire des choses exactes à leur sujet. (P. L.)

On est « neutres » au Tchad, mais on leur refile des blindés gratos

Ce message est parti le 13 février, du centre opérationnel du ministère de la Défense :

« Objet! aide matérielle au Tchad. Le cabinet du ministre demande aux armées de procéder à une cession gratuite de 20 VAB (véhicule de l’avant blindé) et d’organiser au profit du Tchad le trans¬port de 20 Eland (automi¬trailleuses Panhard) de la société Sofema ( … ) pour une arrivée à N’Djamena, si possible, le 16 février, pour la première rotation. »

Et l’état-major précise: « par voie aérienne ». Autrement dit, il y a le feu pour fournir à l’ami Idriss Déby de petits blindés estampillés Coopération et Droits de l’homme.

Deux semaines, jour pour jour, après cet ordre exprès du commandement, Sarko déclarait en Afrique du Sud: « Les temps ont changé. » La preuve qu’il ne ment pas, c’est que, comme l’indique le message, « les frais de transport restent à la charge de la République du Tchad ». Suffisait de le dire: ça « change» tout!