[Gregor Seither – IES News Service – 24/02/2008]

Lesley Stahl, journaliste d’investigation à CBS News, illustre sa thèse sur la puissance des images avec l’exemple d’un reportage critique sur Ronald Reagan diffusé en 1984 lors du Journal télévisé :

« Avant la diffusion, j’étais inquiet. Je savais que mon reportage aurait un impact, ne serais-ce que par sa longueur : cinq minutes et quarante secondes, ce qui – à l’aune du Journal Télévisé – est quasiment un documentaire. J’avais peur que mes contacts à la Maison Blanche soit contrariés par mes remarques acerbes et la teneur critique vis à vis du Reagan. J’avais peur de me faire banir des conférences de presse présidentielles »

Mais, comme se rappelle son associé Bob Somerby, c’est le contraire qui se produisit. « Après le journal télévisé, [Dick] Darman a appelé la rédaction depuis la Maison Blanche. « C’est super, mec ! » a t’il dit à Stahl. « On a adoré ton reportage ».

Stahl ne comprenait pas, « Vous avez adoré ? Vous n’avez pas entendu mon commentaire ? »

« On s’en fout de ton commentaire, personne ne l’a entendu. »

« Pardon ? »

« Vous, les journalistes de la télé, vous n’avez pas toujours pas compris, hein ? Quand les images sont puissantes et pleines d’émotion, elles surpassent voire noient complètement le commentaire sonore. Je t’assure Lesley, personne n’a entendu ou retenu ce que tu as dit. »

Le reportage critique de Stahl sur le président Reagan avait été illustré par diverses séquences d’archives qui montraient toutes le président sous un angle positif, dynamique, actif, souriant… Selon Darman, ces images positives masquaient totalement le contenu du commentaire de Stahl.

Voilà à quoi ressemble le débat public de nos jours : le public ne retient que les images et ne prête plus attention au commentaire, il regarde les photos et ne lit pas le texte, il s’enthousiasme pour des causes « qui passent bien en image » et ignore celles qui « ne sont pas télégéniques ». Et tout le monde, tant dans la presse que dans le public, trouve cela tellement normal qu’il ne s’en rend même plus compte.