CERTAINS LEADERS DE LA COMMUNAUTÉ JUIVE U.S. CHERCHENT À DISCRÉDITER BARACK OBAMA EN AFFIRMANT QU’IL EST « ANTI-ISRAÉLIEN »

[Akiva Eldar – Ha’aretz – 19/01/2008 – Trad. Gregoire Seither]

Alors que Barack Obama devance Hillary Clinton dans la course aux primaires Démocrates, les « Clintonistas » (et les Républicains) mobilisent leur nouvelle arme : la communauté juive. Ces dernières semaines les conseillers (juifs et non juifs) des deux bords consacrent beaucoup de temps et d’efforts à débusquer des squelettes dans les placards du candidat noir.

La clique néo-con au sein du Parti Républicain fouille les archives pour trouver des manifestations « d’anti-israélisme » chez toute personne aperçue dans l’équipe d’Obama. Ainsi, quand Robert Malley a rejoint l’équipe, on ne s’est pas attardé sur le fait qu’il avait été l’assistant spécial de Bill Clinton lors des accords de Camp David. Non, les néo-cons sont allés débusquer le père de Malley, un juif d’origine égyptienne, coupable d’avoir été à la même école que Yasser Arafat. Quand à Malley junior, il est accusé d’avoir publié un article avec Yossi Beilin, un palestinien favorable au processus d’Oslo, article dans lequel il ose affirmer que Ehud Barak a joué un rôle majeur dans l’échec du sommet de Camp David en Juillet 2000.

Obama se donne beaucoup de mal pour rassurer les « amis d’Israël » – une appellation principalement réservée aux militants du lobby pro-israélien AIPAC ainsi qu’à Malcolm Hoenlein, le vice-président de la « Conference of Presidents ». Pour AIPAC et les autres groupes de lobbying communautaristes juifs aux Etats-Unis, le paradigme est simple : quiconque ne soutient pas à 110% les positions du gouvernement israélien n’est pas digne d’occuper une position politique aux Etats-Unis.

De son côté, Clinton récolte les fruits de son investissement dans la communauté juive et les milieux pro-israéliens lors de sa première campagne pour devenir Sénatrice de New York. Elle profite également de la popularité de Bill Clinton dans les synagogues, foyers israélites et auprès de ses riches amis juifs.

Une longue liste d’initiatives et de déclarations a permis d’effacer de la mémoire collective juive le « faux pas » de la Première Dame de l’époque, au printemps 1998. Quand Arafat avait menacé Benjamin Netanyahu de déclarer unilatéralement la création d’un Etat palestinien, Hillary Clinton avait déclaré, lors d’un meeting de jeunes israéliens et palestiniens, membres de l’organisation « Seeds of Peace », qu’il était important d’avoir un « état palestinien viable et moderne« . Elle avait également déclaré que, « sur le long terme, il est dans l’intérêt du Moyen-Orient, que soit instauré un Etat palestinien qui assure le bien-être de ses citoyens, leur éducation et leur santé.  »

Depuis ces déclarations malencontreuses, Hillary s’est ressaisie. Elle a soutenu l’initiative du Congrès quand celui-ci menacé l’Autorité palestinienne de lui couper les vivres si elle s’avisait à déclarer unilatéralement un Etat palestinien. Elle a aussi chanté les louanges de la « barrière » de séparation et a déclaré que l’incursion d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées (qui avait déclenché l’intifada, provoquant la mort de centaines de personnes) était une « visite légitime d’un site sacré ».

Sur l’Iran, elle a adopté une position bien plus agressive qu’Obama. Et concernant le processus de paix israélo-palestinien, son glissement vers la droite dure lui a aliéné une partie de ses vieux amis juifs de gauche. Mais dans la « communauté progressiste juive » on est persuadé que, si Hillary gagne la Maison Blanche, elle reviendra assez rapidement à ses premières positions. L’expérience leur a appris que le lien entre les déclarations du candidat présidentiel et les actions du président élu est souvent très tenu. (…)

La volonté de « salir » Obama en lui prêtant – à lui ou à son entourage – des positions « anti-israéliennes » est d’autant plus paradoxale que toutes les enquêtes menées ces derniers mois par des organisations juives montrent que la communauté juive états-unienne est avant tout préoccupée par les positions des candidats sur des thématiques intérieures, surtout des questions sociales comme les droits des travailleurs, l’avortement, la recherche sur les cellules souches et l’assurance santé… bien plus en tout cas que certains des thèmes favoris de l’AIPAC comme le déménagement de l’ambassade U.S. à Jérusalem ou la défense des colonies illégales dans les Territoires.

Mais cela n’empêche pas quelques politicards juifs (élus par personne) de touiller le chaudron bouillant.

http://www.haaretz.com/hasen/spages/954434.html