Je suis moins catégorique de Jaï (de D&C) car il y a encore des points de la stratégie présentée par Kerviel qui me paraissent incohérents et qui auraient du faire sonner les alarmes bien plus tôt… mais j’ai tendance à faire confiance à Jaï, qui en connait bien plus que moi.. et aussi bien plus que la majorité des journalistes et blogueurs qui délirent sur cette affaire…

Affaire Jérôme Kerviel : suite & fin ?

[Duo & Co – 29/01/2008]

On aurait pu faire un dernier post synthétisant le mode opératoire de Jérôme. Pas la peine, il s’en charge lui-même ! Le quotidien Mediapart révèle les déclarations que Jérôme aurait faites à la brigade financière. Il y dit à peu près tout ce qu’on a raconté sur les deux précédents posts ou dans les commentaires…

« Je reconnais avoir pris de grosses positions, qui pourraient être qualifiées hors limite de mon mandat, que j’ai masquées par une opération fictive (…) Il est vrai que dans l’hypothèse où je veux garder une position importante sur un terme plus ou moins long, pour ne pas alerter mon manager, je passe une opération fictive de nature à laisser entendre que la position que j’ai prise est couverte par cette fausse opération, ce qui conduit dès lors à flatter mon résultat. Ce qui produit mon gain, c’est ma position réelle uniquement et le jour où ma position fictive tombe, il y a une réactualisation de ma position »
« les techniques que j’ai utilisées ne sont pas sophistiquées du tout, comme peut le prétendre la presse spécialisée, et à mon sens tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ces opérations »
« Durant l’année 2007, plusieurs mails interrogatifs en provenance du back office (le service qui contrôle les opérations sur les marchés) ont été envoyés à plusieurs de mes assistants collaborateurs afin d’obtenir des explications sur les opérations enregistrées dans mon book. Ces mails concernaient des opérations qui ne sont pas redescendues au back office … ».

Mais ces déclarations apportent deux nouveaux éléments par rapport au document de la Société Générale. D’abord, Jérôme Kerviel nous donne le détail des positions & l’historique (approximatif) de celles-ci et deuxième point, il met en avant une attitude plus qu’ambiguë de son management qui l’aurait presque incité à prendre des positions spéculatives.

« En janvier 2007, je suis court à la vente sur le DAX
« 
Le deal fictif passe inaperçu car il n’y a pas de contrôle de cohérence en janvier à la Société générale…
« Fin février, je n’ai donc plus de position, avec un résultat de 28 millions d’euros, je suis alors plus que fier…
« De mars à juillet, je perds car le marché monte sans cesse…
« Au 31 décembre 2007, mon matelas est monté à 1,4 milliard d’euros toujours pas déclarés à la banque…

« Quand il s’est avéré que mon pari était gagnant, générateur de cash, j’avais pris malgré tout une position sous le regard complaisant ou à tout le moins non contesté de mon N+1 [responsable hiérarchique] qui a assisté à l’enregistrement de ma transaction…
« 
En novembre 2007, voyant que c’était juteux, j’ai également pris des positions à partir d’autres automates de collègues en même temps et ce au vu et au su de tous…
« Le simple fait de ne pas prendre de jours de congés en 2007 (4 jours en 2007) aurait dû alerter ma direction. C’est une des règles primaires du contrôle interne. Un trader qui ne prend pas de vacances est un trader qui ne veut pas laisser son book à un autre. Je recevais régulièrement des messages de risque qui m’alertaient des dépassements d’un gros manquement de couverture en nominal. Quelques minutes plus tard, le temps que je boucle, un contre-message me parvenait. La fréquence de ces messages d’alerte ne les a pas inquiétés. »

Personnellement, je suis surpris par l’historique. J’aurais plutôt pensé que Jérôme avait booké sa première opération fictive vers la fin 2007 « histoire de bien finir l’année », ce qui aurait expliqué qu’on découvre tout cela vers la mi-janvier 2008 (le temps que des personnes remarquent des anomalies, que l’information remonte à des responsables, que des mails circulent etc…) Si c’est vrai, c’est très inquiétant quant au niveau de contrôle, la qualité de celui-ci, le recoupement des données, la réactivité des différents services etc…

Quant à l’attitude ambiguë de son management et de ses collègues, c’est très difficile voire impossible de se prononcer sans plus d’éléments. Et ce, d’autant plus que Jérôme semble avoir choisi l’attaque de son management comme stratégie de défense, ce qui, au demeurant n’est pas con du tout. A prendre avec des pincettes donc. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a pas fini d’en entendre parler. (le titre du Monde : « Ma hierarchie fermait les yeux » ). Ça va faire mal dans les rangs de la Société Générale…

En tous les cas, ces propos invalident définitivement toutes les thèses farfelues comme on a pu en voir dans la presse (tout quotidien confondu, Du Figaro à Backchich en passant par Le Monde), ou parmi les dires des soi-disants experts, (je les cite François Cholet ou Alain Crouzet de Montségur Finance) mais aussi parfois dans la blogosphère. (ici ou )

Juste, Jérôme, quand tu auras un peu de temps, viens faire un tour sur Duo&Co pour les derniers petits détails…