Noirs, Blancs… ils en sont encore là aux Etats-unis…

[Salon – 24/01/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Obama a su attirer des votes Blancs sur son nom lors des Primaires du Parti Démocrate, mais est-ce qu’il réussira à capter le vote Blanc du reste de l’Amérique s’il devenait le candidat présidentiel ?

La primaire de ce weekend en Caroline du Sud était la première à se tenir, pour cette élection, dans un Etat à fort électorat Noir. De fait, si les Noirs ne représentent que 30% de la population de l’Etat, ils ont fourni 63% des votes pour John Kerry en Caroline du Sud lors des élections 2004. Compte tenu des tensions raciales de ces derniers mois et de la résurgence de ce thème lors de la campagne, il n’est donc pas étonnant que les électeurs Démocrates Noirs aient tenu compte de ce facteur et accordé majoritairement leur voix à Barack Obama.

Mais Obama devra convaincre encore de nombreux électeurs Démocrates Blancs s’il veut gagner la course à l’investiture et encore plus d’électeurs Blancs s’il veut devenir Président en Novembre prochain. Dans l’Iowa et dans le New Hampshire, il a montré qu’il est capable d’attirer les votes d’une partie de l’électorat Blanc, notamment les jeunes professionnels diplomés et disposant d’un bon pouvoir d’achat… un groupe qui constitue une forte partie de la base électorale du Parti Démocrate.

Mais est-ce que Obama sera capable de convaincre les électeurs d’une manière générale ? Et s’il était choisi comme le candidat du Parti Démocrate, considérant la controverse née autour des sondages du New Hampshire, peut on faire confiance aux sondages qui lui prédisent un bon score, même dans les Etats où la course risque d’être serrée ? Si l’on en croit la majorité des analystes politologues et sondeurs, la réponse à ces deux questions est « oui ». La plupart des analystes pensent que désormais les personnes interrogées sont honnètes quand on leur demande s’ils sont prêts à voter pour un Noir. Et l’opinion générale a énormément évolué sur cette question, ces dix dernières années.

Mais il est difficile de savoir si ce « degré d’acceptation » d’un candidat Noir opposé à une candidate Blanche est lié à un changement de mentalités ou bien à un changement d’attitude chez les candidats Noirs. Après la surprise du vote pour Hillary Clinton dans le New Hampshire – qui contredisait les sondages en faveur de Obama – bon nombre d’analystes ont tenté de présenter cet incident sous un jour racials, allant jusqu’à parler de « Effet Bradley ».

Chez les sondeurs, on désigne ainsi la possibilité que des sondages, même quand ils ciblent explicitement les électeurs Démocrates, puissent être faussés par la présence d’un candidat Noir dans la course et la crainte des sondés Blancs de paraître racistes s’ils disent au sondeur qu’ils ne voteront pas pour lui.

L’effet Bradley tient son nom de Tom Bradley, l’ancien maire Noir de Los Angeles. En 1982, Bradley s’était présenté au poste de Gouverneur et les sondages lui donnaient une large avance. Mais le jour de l’élection, Bradley a été largement battu. Un phénomène similaire a été observé l’année suivante à Chicago, quand Harold Washington, candidat Noir à la mairie fut battu d’une large avance par son rival Blanc, en contradiction avec les sondages très favorables. A la fin des années 1980s et au début des années 1990, cinq autres élections majeures impliquant des candidats Noirs firent apparaître le même genre de disparité entre les calculs des sondeurs et les résultats du vote.

Les sociologues et experts qui ont éudié la question théorisent que cela peut être le résultat d’un « préjugé d’acceptation sociale ». Une personne Blanche qui est interrogée par un sondeur – et notamment si ce sondeur est lui-même Noire – n’osera pas avouer qu’elle ne compte pas voter pour candidat Noir, de peur de passer pour quelqu’un de raciste. Elle mentira donc au sondeur sur ses intentions de vote. Mais une fois dans l’intimité de l’isoloir, elle voter en suivant ses vraies intentions.

Andrew Kohut, le Président du « Pew Research Center », est l’un des experts qui pense que l’effet Bradley a joué un rôle dans la « surprise du New Hampshire »… mais il propose une autre analyse. Plutot que de dire que les sondés ont menti aux sondeurs, Kohut pense que les sondés ont tout bonnement rien dit aux sondeurs.

Dans un éditorial du New York Times, Kohut explique : « Les Blancs moins fortunés, moins diplomés, refusent statistiquement plus souvent de répondre aux sondages que des Blancs plus fortunés et ayant fait des études. Les sondeurs savent cela et pondèrent leurs résultats en conséquence. Mais c’est bien là le problème : les Blancs qui ne répondent pas aux sondages ont généralement une attitude plus négative vis à vis des Noirs que ceux qui acceptent de répondre au sondeur.  »

Source : http://www.salon.com/news/feature/ 2008/01/24/white_voters/print.html