Pas la peine de chercher très loin : quand une pétition parle de « vases », de « pureté » et de « salir les enfants » avec « la pieuvre du sexe cru »… alors on sait tout de suite à qui on a à faire.

Vous noterez que ces censeurs ne s’émeuvent pas de la lobotomie et de la violence télévisuelle qui matraque les enfants, de la violence sociale qui jette des gamins dans les centres de rétention afin de remplir un quota ou qui enferme les sauvageons dans un ghetto répressif, en attendant de les tuer à petit feu dans une maison d’arrêt, ou encore de l’aliénation générale des enfants par le système mercantiliste… non, c’est juste le zizi qu’il faut cacher…

Pédagogie. « SOS Education » dénonce l’exposition sur la sexualité, plébiscitée par les enseignants.

[Libération – 20/01/2008]

Un comité anti-«Zizi sexuel». Une pétition de 8 000 signatures – selon les organisateurs – pour obliger les chefs d’établissement à expliquer aux parents le contenu de l’exposition dont Titeuf est le héros avant d’y accompagner les enfants. L’association SOS Education, un groupe de pression (lire Libération du 6 janvier 2006) qui dénonce régulièrement l’effondrement du système scolaire, l’omnipotence des syndicats ou la dépravation morale s’en prend cette fois à une expo qui aborde un sujet sensible, la sexualité. Sensible et qui fait recette. Le «Zizi sexuel» ou «l’amour et la sexualité expliqués aux préados», inauguré par Christine Albanel, en octobre, à la Cité des sciences de la Villette, à Paris, ne désemplit pas. 100 412 visiteurs à ce jour, dont 82 000 individuels et 18 000 enfants en groupe, des scolaires, donc.

«Vase».Dans le texte de la pétition, des mots forts. Comme ceux-ci : «Pour corrompre des enfants, nul besoin de leur faire faire des choses ni même de leur montrer des images : quelques paroles suffisent. Le vase de la pureté se brise, les enfants salis ressentent une envie irrésistible de salir les autres.» L’association ne veut pas se taire. Ses membres n’ont pas peur de paraître «réacs ou coincés», comme tous ces « »psys »», journalistes, éducateurs et fédérations de parents qui, eux, n’ont rien trouvé à redire. SOS Education enfonce le clou : «Au contraire, nous devons nous mobiliser pour protéger nos enfants de la pieuvre du sexe cru. Si nous ne trouvons rien à redire à ça, que faudra-t-il pour que nous réagissions ? […] Que les professeurs notent les enfants en classe sur la mise en pratique de ce qu’ils ont vu à l’exposition ? Qu’on leur montre des films pornographiques en maternelle ?» C’est signé Vincent Laarman. Le délégué général de SOS Education ne veut pas «interdire» l’exposition. Juste mobiliser contre.

De quoi s’agit-il ? Le parcours de l’expo traite avec humour et dérision de la sexualité, autour du personnage de Titeuf. On y voit des zizis qui gonflent, des corps qui se couvrent de poils, on y apprend ce qu’est la masturbation, on y trouve des conseils pratiques : «Comment envoyer un message d’amour ?» On y lit aussi des textes délicats sur la pudeur, l’intimité, le coup de foudre…

…toutes choses qui déplaisent à Elizabeth Pila, 39 ans, mère de quatre enfants, responsable du «comité anti-« Zizi sexuel »» pour SOS Education. Elle trouve les images «très fortes et très crues» etpense que l’exposition, même si «interactive et bien faite», peut déstabiliser les enfants, qui ont besoin d’être éduqués de manière progressive. «Un enfant de 9 ans qui met sa main dans un gant pour activer une essoreuse à langues, ce n’est pas une vision romantique de l’amour», explique Elizabeth Pila. En outre, d’après elle, l’exposition «déresponsabilise les parents», qui ne prennent pas le temps d’aborder le problème de la sexualité avec leurs enfants.

De son côté, Vincent Laarman joue les blasés. Entonne l’air de celui qui «sait déjà ce que Libé va écrire sur le sujet». «A part nous, aucune association n’a protesté», regrette-t-il. «Si vous parlez du sujet sans dire que c’est génial, vous êtes déjà considérés comme suspects», relève-t-il. Il assimile «le concert de louanges» autour de cette exposition à «de la pensée unique». Son action n’a pas été comprise. Certains chefs d’établissement l’ont envoyé balader, lui rétorquant même : «Après votre intervention, on a encore deux fois plus envie d’aller voir l’exposition.» Il persiste. L’expo ne parle pas des valeurs, n’enseigne pas le respect, mais ne se «focalise que sur la parité, le consentement mutuel ou la sécurité (le préservatif) et réduit l’être humain à son aspect physique».

Maud Gouy, la commissaire de l’exposition de La Villette, s’étonne de ces attaques. Elle conseille à ceux qui parlent du «Zizi sexuel» de venir juger sur pièces. Elle rappelle qu’elle a voulu présenter une «approche globale», reste «sûre» de son choix. «Je pense qu’on respecte l’intégrité et la pudeur des enfants», rappelle-t-elle. Pour concevoir l’exposition, elle a, depuis deux ans, rencontré beaucoup d’élèves, des professeurs, soumis ses orientations à un comité scientifique (psychiatre, médecins de PMI).

«Démarche saine».Le public qui se rend à l’exposition vient de tous horizons. Certains n’ont aucune connaissance de leur intimité. Maud Gouy a beaucoup observé les réactions : «A cet âge, le public oscille entre envie de savoir et gêne», dit-elle. De futurs enseignants d’un IUFM de Namur (Belgique) ont guetté les enfants qui visitaient. Ils n’ont «rien trouvé de choquant, trouvé les sujets plutôt abordés avec humour et répondant bien à leurs questions». Pierre Dehalu accompagne ces futurs professeurs. C’est un psychopédagogue de l’IUFM qui trouve «la démarche très saine. On fait une confusion entre les tabous et la vulgarité. Ce qui est montré ici n’est pas vulgaire, c’est intime».

Au ministère de l’Education nationale, on a reçu quatre cartons de pétitions de SOS Education, mais c’est sans commentaires. Vincent Laarman ne parie guère sur ses chances : «On ne s’attend pas à des actes déterminants de leur part.»

<!––> http://www.liberation.fr/actualite/societe/305143.FR.php

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