Souvenez vous, lors la préparation à l’attaque de l’Irak, les médias avaient repris la propagande qui voulait nous faire croire que les SCUD de Saddam pouvaient frapper Marseille avec des armes ABC « déployables en 45 minutes »…

Aujourd’hui, pour vendre son système anti-missile en Europe et au Moyen-Orient, Obering nous raconte les mêmes salades…

[Gregor Seither – IES News Service – 20/01/2008]
Mercredi dernier, lors d’une réunion au Ministère des affaires étrangères tchèque, le directeur de l’Agence de défense antimissiles des Etats-Unis (MDA), le Lt. Gen. Henry Obering, a mis en garde les Européens sceptiques à propos du projet de défense anti-missile mis en place par l’administration Bush : « L’Iran, a t’il déclaré, est entrain d’accélérer son programme de développement de missiles« .

Obering a affirmé que l’Iran était le troisième pays le plus actif dans les tirs d’essais de missiles l’année dernière, après la Russie et la Chine.

« Ils développent les portées de missiles qui vont bien au-delà de ce dont ils auraient besoin dans un combat régional, par exemple, avec Israël, » a dit Obering.

« Pourquoi développent-ils des missiles aujourd’hui qui … pourraient atteindre l’Europe dans quelques années ? » a-t-il demandé.

L’Iran a récemment annoncé la mise en service d’un nouveau missile, – Ashoura – dont la portée est de 2 000 Km, ce qui le rend capable de frapper des cibles en Israël ainsi que des bases U.S. au Moyen-Orient.

Obering en a rajouté une couche en précisant « L’Iran a par ailleurs déclaré que, une fois atteint ce rayon d’action, la technologie pour aller plus loin est relativement facile à mettre en oeuvre« .

La presse occidentale s’est fait l’écho de ces déclarations et, comme souvent, n’a pas pris la peine de les regarder d’un peu plus près.

  • 1) Des portées de missiles qui vont bien au-delà de ce dont ils auraient besoin : Si on utilise cet argument vis à vis de l’Iran, il faut poser la même question aux autres pays qui répondent au même critère. Pourquoi est ce que Israël a besoin d’un missile ballistique d’une portée de 3 000 Km ? Pourquoi est ce que l’Arabie Saoudite a acheté des missiles longue portée à la Chine ? Pourquoi est-ce que le Pakistan est entrain de développer un missile balistique qui aurait la portée nécessaire pour frapper Tel-Aviv alors qu’il dispose déjà d’une gamme de missiles qui lui permet de frapper l’Inde et au-delà jusqu’à Dubaï ?
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    Si le fait de développer des missiles qui vont au-delà de votre théâtre régional est considéré comme une menace par les Etats-Unis, pourquoi ne disent-ils rien à leurs alliés qui font exactement cela ? La doctrine militaire veut qu’une armée ne se prépare pas seulement à affronter les menaces actuelles mais aussi à prévoir les menaces possibles à l’avenir, aussi peu probable soient elle. Mais le Pentagone applique encore une fois les deux-poids/deux mesures.
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  • 2) L’Iran est le troisième pays le plus actif dans les tirs d’essais de missiles : Cette affirmation est possible mais invérifiable étant donné que le Pentagone ne publie pas les informations obtenues sur les tirs d’essai d’autres pays. Mais ce n’est pas parce que l’Iran serait en troisième place que cela signifierait pour autant qu’ils ont accéléré leur programme balistique.
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    Selon JANE’S, au cours de l’année 2006, il y a eu 51 tirs d’essai balistiques avérés : 33 pour la Russie, 5 pour l’Europe, 6 pour le Japon, 6 pour la Chine et 1 pour l’Inde. A ce chiffre il faut ajouter les 25 tirs annoncés : Russie 9, Corée du Nord 7, Inde 3, Pakistan 3, Iran 2, Chine 1 et France 1… et enfin l’affirmation par l’agence de presse iranienne d’un test qui aurait inclus des « douzaines » de missiles, mais aucun expert ballistique ne prend cette affirmation au sérieux. Quand on est soumis à une surveillance étroite comme l’est l’Iran, on ne peut pas tester des « douzaines » des missiles sans que quiconque s’en apercoive..
    Par contre, la semaine dernière, Israël a testé un nouveau missile ballistique à grande porté. Tant Israël que l’Inde ont, dans ces six derniers mois, testé des systèmes de missiles anti-ballistiques, alors que l’Iran n’a – a priori – jamais testé ce genre de technologie. Lequel des deux est le plus susceptible de lancer une frappe, celui qui n’a pas de système anti-missile en place ou bien celui qui en en un ?
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  • 3) « Une fois atteint ce rayon d’action, la technologie pour aller plus loin est relativement facile à mettre en oeuvre. » – C’est toujours le même problème quand on a une idée derrière la tête. On finit par aller trop loin et tomber dans le mensonge de propagande (souvenez vous des « laboratoires bactériologiques mobiles, montés sur des camions, de Colin Powell). Oberling sait parfaitement que cette affirmation est totalement fausse et a simplement pour but d’agiter la menace d’un « Grand Méchant Loup » iranien..

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    La gamme des missiles iraniens Shahab-3 est basée sur la technologie des missiles Nodong de Corée du Nord. Ceux-ci ont été développés à partir d’une ancienne technologie soviétique. Tous les experts sont unanimes pour dire que le système de missiles iranien a atteint son potentiel maximum et ne peut servir à développer des missiles à plus grande portée. Pour atteindre des cibles plus lointaines, l’Iran doit maîtriser la technologie complexe du « multistage » et pour l’instant les seuls pays, en dehors des grandes puissances, qui ont réussi à franchir cette étape cruciale dans le développement ballistique sont Israël et l’Inde… et ils sont encore loin d’avoir développé un système à grande portée qui soit fiable..
    Le Pentagone lui même reconnait que la technologie nécessaire pour développer des missiles à longue portée représente un « bond technologique » considérable comparée à celle utilisée pour des missiles à moyenne portée.

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    Les analystes militaire U.S. reconnaissent que, malgré le fait que près de 30 pays à travers le monde se sont dotés de missiles balistiques, seulement quatre d’entre eux maitrisent la technologie pour développer des missiles capables de frapper le territoire U.S. : la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne et la France.

En République tchèque, l’argumentation du Lt. Gen. Obering avait donc pour unique but de déformer suffisamment les faits pour « vendre » aux Européens, et notamment à l’Europe centrale, un nouveau Grand Méchant Loup : la menace des missiles iraniens. En République Tchèque, selon des derniers sondages, plus de 70% de la population rejettre l’implantation du système ABM sur son territoire.

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Le seul problème avec cette propagande est qu’elle ne fait que renforcer la conviction de la Russie que ce système anti-missile est avant tout dirigé contre elle, en prévision de conflits futurs sur les ressources énergétiques. Sans vouloir jouer les Cassandre, mais il est toujours inquiétant de lire des choses comme ci-dessous, en réponse aux déclarations du Lt. Gen. Obering.

Le chef d’état-major russe, le général Iouri Balouïevski, a déclaré samedi que l’armée russe pourrait recourir, si besoin est, aux armes nucléaires pour protéger la Russie et ses alliés, a rapporté l’agence de presse Itar-Tass.

« Nous n’avons pas l’intention d’attaquer quiconque, mais tous nos partenaires doivent se rendre compte, en cas de nécessité de la protection de la Russie et ses alliés, que les forces armées seraient mobilisées, y compris, à titre préventif, le recours aux armes nucléaires. Nous agirons conformémént à la doctrine militaire russe », a fait savoir M. Balouïevski.

Adoptée en 2000, la doctrine militaire russe autorise l’usage d’armes nucléaires en riposte à une attaque similaire contre la Russie ou un pays allié… mais aussi en cas d’attaque conventionnelle de grande ampleur qui pourrait poser un danger pour la sécurité du pays.La déclaration de M. Balouïevski se fait dans un climat tendu entre la Russie et les Etats-unis, notamment à cause des projets de l’Administration Bush d’installer un système anti-missile avancé dans les anciens pays du Pacte de Varsowie. Le but officiel de ce système est de contrer le danger d’une éventuelle attaque iranienne, mais la Russie soupçonne les Etats-unis de chercher à étendre son influence dans la région.

Comme vous pouvez le constater, pour l’instant nous ne sommes toujours pas sortis du « Grand Echiquier  » de Zbignew Brzezinsky…