[Media Matters – Décembre 2007 – Trad. Grégoire Seither]

Au cours de l’année 2007, il y a eu une vingtaine de débats politiques télévisés au cours desquels environ 1 500 questions ont été posées aux différents candidats à l’investiture présidentielle. Mais seulement une toute petite partie de ces questions avait un rapport avec les pouvoirs exécutifs, la constitution de notre pays, la torture, l’espionnage des citoyens ou encore les attaques contre la vie privée et les droits civiques des citoyens de ce pays.

Une seule question a été posée à propos de l’espionnage des citoyens. Pas une seule question sur l’extension de la loi de surveillance d’intelligence étrangère (FISA) qui permet au gouvernement d’espionner sans mandat tous les apsects de la vie des citoyens.

Il y eut, par contre un courageux modérateur pour demander s’il fallait changer la Constitution… afin de permettre à Arnold Schwarzenegger de devenir président des Etats-unis. (NdL&I : seules les personnes nées aux USA peuvent poser leur candidature à la présidence)

Pas une seule question n’a porté sur les « renditions » ou les détentions secrètes consistant à enlever des suspects et à les transporter clandestinement dans des pays où la torture est pratiquée afin d’y être interrogé .

Les mots « habeas corpus » – c’est à dire le droit de toute personne accusée à être présentée et défendue devant un juge – n’ont pas été prononcés une seule fois par les modérateurs des débats politiques. Aucun candidat n’a été interrogé sur son opinion concernant la responsabilité des opérateurs de télécommunication dans la violation de la confidentialité des données de connexion et de conversation de leurs clients (« telecom liability« ).

Par contre il y a eu cette question lumineuse, posée à un candidat Républicain : « Non mais, je vous pose la question sérieusement, est-ce que cela serait une bonne chose pour l’Amérique si Bill Clinton revenait vivre à la Maison Blanche ? »

Par ailleurs, malgré le fait que les Républicains ne cessent de répéter que le programme de surveillance générale (et sans mandat) des citoyens américains est nécessaire afin d’empécher « un nouveau 11-Septembre« , aucun modérateur de débat politique n’a jamais interrogé les candidats sur les informations révélées en 2007 (et qui ont fait grand bruit), qui montrent que l’administration avait mis en place les systèmes de surveillance générale longtemps avant le 11 septembre 2001, et non pas en réponse à ces attaques.

Par contre, sur NBC, le commentateur Brian Williams a demandé aux candidats du Parti Démocrate « ce qu’ils comptaient porter comme déguisement pour Halloween« .

Aucun modérateur n’a posé la moindre question aux candidats à l’investiture présidentielle pour savoir s’ils étaient d’accord avec le fait que le Président des Etats-unis peut ordonner l’incarcération pour une durée illimitée d’un citoyen Américain, sans que celui soit formellement accusé d’un crime et sans qu’il puisse avoir accès à un avocat ou voir être présenté à un juge.

C’est vrai que ce genre de « points de détail » est sans intérêt, comparé aux questions « sérieuses » que Tim Russert a posées au candidat Dennis Kucinich : « Revenons aux questions sérieuses. Il paraît que vous avez déjà vu un OVNI. C’est vrai ? ».

Aucun modérateur n’a interrogé les candidats pour savoir s’ils approuvaient la position de la Maison Blanche qui veut que, en période de crise, le Président est en droit de s’affranchir du contrôle du Congrès et agir seul… le concept de « période de crise » étant suffisamment flou pour laisser une grande lattitude au Président.

Par contre les journalistes ont insisté auprès de Hillary Clinton pour obtenir une information fondamentale : « Vous préférez les diamants ou les perles ? »

http://mediamatters.org/items/200711170002/??/