[Serge Raffy –  Le Nouvel Observateur – 03/01/2008]

Rappelez-vous, il y a quelques semaines, on avait parlé de razzia, de scandale humanitaire, d’enfants volés du Tchad. Les pires scenarii étaient colportés dans les rédactions sur cette opération de la honte, sur ces Pieds Nickelés du sauvetage, French doctors déguisés en pompiers qui allaient offrir à une «personnalité» française un coup médiatique. Le nom de Cécilia Sarkozy avait circulé. A tort.

Les responsables de Children Rescue avaient menti à tout le monde. Aux autorités françaises, aux Tchadiens et aux mères des enfants qu’ils avaient rencontrées, ce que montre sans ambiguïté le film de Marie-Agnès Pèleran, déprogrammé sur FR3 la veille du procès, pour ne pas influencer la justice tchadienne. A raison, car les images de «Pièces à conviction», finalement diffusées à une heure plus que tardive, à 23h30, le 6 janvier, sont accablantes pour les «sauveurs d’enfants». Jamais une émission n’a aussi bien porté son nom.

Et puis, après un procès bâclé, un simulacre judiciaire indigne, ils sont rentrés illico presto. A la sauvette. Ce retour des missionnaires de pacotille est le fruit d’un arrangement à peine dissimulé entre Paris et N’Djamena. Une mascarade dont on a aucune raison d’être fier.

L’Arche de Zoé ? Une sordide histoire aux relents néocolonialistes. Elle laissera des traces dans l’opinion africaine et perturbera durant de longs mois le travail des associations sérieuses. Ce procès porte déjà un nom au Tchad : le jugement «banania». La justice française aurait tout intérêt à se montrer moins expéditive. Pour l’honneur de la France. Et de l’Afrique.

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