Eric Breteau et les autres romantico-humanitaires de l’Arche de Zoé sont l’archétype de l’idéologie néo-coloniale qui prévaut en France quand on parle du « Tiers Monde » et notamment de l’Afrique… le rève de tout blanc expat’ c’est de finir comme Tintin, avec des nègres reconnaissants qui disent, après son départ « Lui y en a être bon boula matari »…

Jamais très loin du mythe « C’est nous les Africains », des films de légionnaires ou du « Paris-Dakar », l’Afrique est perçue comme un grand terrain de jeu pour amateurs de sensations fortes et voulant faire la charité, un endroit grouillant et sans loi dans lequel on peut plus ou moins faire n’importe quoi. C’est du Tintin au Congo « pur jus ». Il suffit de fréquenter quelques VAT à Nouméa ou des Expatriés à Abidjan pour s’en rendre compte… Jamais l’Arche de Zoé ne se serait permis d’agir de cette manière dans un pays « civilisé » (entendre : blanc)…

… et Sarkozy vient encore justifier cette vision en obtenant le rapatriement des six de l’Arche de Zoé, car bien sûr, un blanc ne saurait croupir dans une infâme prison nègre, n’est-ce pas ?

Tout le monde pleure sur les « pauvres petits blancs » qui ont échappé à l’horreur des prisons africaines, mais personne ne se pose la question de ce que vont vivre les accusés tchadiens. Pour eux, il n’y aura pas de « transfèrement », eux croupiront dans les « infâmes prisons », abandonné par les petits zorros français qui montrent là encore une fois qu’ils ne sont que des romantiques nuisibles.

Ca leur aurait pourtant fait du bien de passer quelques années dans la « vraie réalité » africaine….

Ce dont rèvent tous les blancs expat en Afrique : que les indigènes se souviennent d’eux comme d’un Lord Jim…Eric Breteau : sa vie avant le Tchad
[Le Monde 21.12.07]
Eric Breteau, fondateur de l’Arche de Zoé, est sorti de l’anonymat le 25 octobre, jour de son arrestation à Abéché, dans l’est du Tchad. Accusé de tentative d’enlèvement d’enfants, il est jugé à partir du vendredi 21 décembre à N’Djamena, avec cinq autres Français membres de son association et quatre intermédiaires africains.L’itinéraire d’Eric Breteau commence pourtant bien loin de l’Afrique.
En l’an 2000, agent commercial en région parisienne, âgé de 30 ans, il vendait du matériel de bureau et des fournitures industrielles. Marié très jeune et père de trois enfants, il habitait Rueil-Malmaison, dans l’appartement de fonction de son épouse, gérante d’une maison de retraite.
Pour donner plus de relief à sa vie rangée, il décide un jour de devenir pompier volontaire, à Argenteuil, non loin de chez lui. Là, il découvre l’aide d’urgence, la solidarité, la camaraderie. Parallèlement, il développe une autre passion : les voitures tout-terrain. Il s’achète un 4×4 pour faire des raids dans la nature avec ses amis pompiers et d’autres amateurs rencontrés sur Internet.
A l’époque, sous la pression des écologistes et des élus locaux, les « quatre-quatreux », comme ils s’appellent entre initiés, voient leur terrain de jeu se rétrécir partout en France, et ils n’arrivent pas à contre-attaquer, faute d’organisation. Eric Breteau décide alors de créer de toutes pièces une fédération nationale. Les petits clubs de 4×4 éparpillés dans toute la France découvrent ses talents d’orateur, son pouvoir de conviction, sa capacité à surmonter les obstacles. Grâce à une campagne sur Internet et à un périple dans toute la France, il devient en 2001 le premier président de la nouvelle Fédération française du 4×4, forte de 1 500 adhérents.
Eric Amieil, membre de la fédération et patron d’une agence de relations publiques parisienne, se souvient d’un homme fort, déterminé, mais qui savait aussi rire et s’amuser : « Il a compté pour moi. Quand il sera libéré, je le reverrai avec plaisir. » André Nicollo, retraité de France Télécom et amateur de randonnées en 4×4, reconnaît les qualités d’Eric Breteau, mais se souvient aussi de son appétit de pouvoir, de son obstination implacable et de son talent pour écarter les rivaux : « On s’est vite aperçus que ce serait un chef de droit divin. »
La transition de ce pompier tout-terrain vers l’humanitaire se fait naturellement : quand les clubs de 4×4 voyagent dans un pays du tiers-monde, ils en profitent pour monter des missions en faveur des populations locales. Désormais, de nombreux tour-opérateurs ajoutent à leurs « raids-aventure 4×4 » un volet humanitaire. (NdL&I : sic !)

Dès 2002, la fédération crée le programme « SOS 4×4 » et fait ses premières armes en France, en aidant les victimes des inondations dans le Gard, puis les équipes de nettoyage de la marée noire en Gironde. Elle soutient aussi de petites actions au Maghreb, sous le nom de Solidarité 4×4.

Quand le tsunami frappe l’Asie du Sud-Est, en décembre 2004, Eric Breteau est mûr pour franchir le pas. Il part pour l’Indonésie, entraînant avec lui plusieurs membres de sa fédération. L’un d’entre eux, Yves de la Kéthule, informaticien belge vivant en France, propose à sa fille Axelle de l’accompagner, car elle est infirmière- puéricultrice. Elle restera plusieurs mois en Indonésie avec Eric Breteau. Dès le jour du départ, à l’aéroport, elle a l’occasion d’apprécier sa puissance de conviction : « Mon père et moi n’avions pas de visa pour l’Indonésie, on nous a interdit d’embarquer. Eric est allé parler aux officiels de l’aéroport, il a montré des lettres prouvant que nous étions en mission humanitaire, et nous avons pu prendre l’avion. »

Sur place, tenu à l’écart par les grandes organisations non gouvernementales (ONG), Eric Breteau se lance dans l’aide des populations laissées à l’abandon le long des routes. Très affecté par le spectacle de la détresse et de la souffrance, il s’installe, et crée sa propre petite ONG, L’Arche de Zoé, en s’appuyant financièrement sur la Fédération 4×4, puis sur ses amis pompiers du Val-d’Oise. Il devient humanitaire à plein temps, délaisse ses autres activités, se sépare de son épouse.
Axelle de la Kéthule affirme que l’équipe a fait du bon travail : « Avec du matériel de l’Organisation mondiale de la santé, nous avons monté un petit dispensaire. Eric a coordonné la construction d’abris en bois, et accompli des tas d’autres tâches concrètes. » Fin 2005, L’Arche de Zoé réussit à envoyer un enfant blessé en France, pour qu’il se fasse opérer.

Axelle se souvient aussi de leurs relations difficiles avec les grosses ONG : « Un jour, j’ai assisté à une réunion d’experts sur le problème des puits dans un camp de réfugiés. J’ai découvert qu’aucun n’était allé sur place, c’est moi qui ai dû leur expliquer. Avec Eric, on se demandait comment ils arrivaient à accomplir si peu de choses avec autant de moyens. » Eric Breteau fera plusieurs séjours en Indonésie en 2005 et 2006, soit en indépendant, soit en se raccrochant à des opérations plus importantes. C’est là qu’il rencontre Emilie Lelouch, une jeune ambulancière humanitaire française, par ailleurs artiste de cirque et organisatrice de tournées artistiques. Très vite, Emilie et Eric deviennent inséparables.

En 2007, les victimes du tsunami sont passées de mode. Eric Breteau, qui va avoir 37 ans, part à la recherche d’une nouvelle cause. Ce sera le Darfour, cette province du Soudan où, selon certains groupes de pression, un immense génocide est en cours. Après un voyage de reconnaissance, il imagine une aventure inédite : l’exfiltration semi-clandestine vers la France d’orphelins du Darfour, via le Tchad voisin.

Pour lui, l’existence du génocide est une certitude, et tous ceux qui en doutent sont complices. Plus question de dépendre des grandes ONG, L’Arche de Zoé devra maîtriser toute l’opération. Eric peut compter sur l’aide d’Emilie, d’une quarantaine de militants recrutés sur Internet et parmi ses voisins, ainsi que sur le réseau informel des secouristes du Val-d’Oise.

Au début, Eric Breteau imagine un projet fou : transporter dix mille orphelins, qui seront répartis dans des familles d’accueil en Europe et aux Etats-Unis. Il réussit à entraîner dans leur rêve des associations telles que Sauvez le Darfour, puis à convaincre des centaines de familles françaises de verser près de 550 000 euros pour financer l’opération. Quelques unes sont effrayées par l’esprit dominateur et le goût du secret d’Eric Breteau, mais la plupart sont séduites par son charisme, sa capacité d’écoute et son optimisme. Il obtiendra même 1 000 euros de la municipalité du Touquet, par l’entremise d’un pompier de la ville.

Très vite, il s’aperçoit qu’il faut redimensionner l’opération : on passe de 10 000 enfants à 1 000, puis à 300. Au final, ils seront 103.