[Gregoire Seither – IES News Service – 30/12/2007]

Le New York Times analyse la tendance croissante des employeurs à surveiller les activités « hors-boulot » de leurs employés à travers leur présence sur le Web

Si Henry Ford revenait à la vie de nos jours, il adorerait Internet: l’absence de retenue avec laquelle les gens se dévoilent sur le Web facilite considérablement la surveillance de la vie privée des employés.

A l’époque, la Ford Motor Company s’était dotée d’un “Sociological Department” qui employait des enquêteurs privés chargés de surveiller et fouiller les maisons des employés de la société, à l’exception des cadres dirigeants. Leur objectif était de compiler toutes les informations intéressantes concernant la pratique religieuse, les habitudes de consommation et d’épargne, la consommation d’alcool ainsi que la manière dont l’employé mettait à profit son temps libre. « Les loisirs d’un homme nous en disent plus sur son caractère qu’un diplôme ou un curriculum » expliquait à l’époque Henri Ford, décoré par Adolf Hitler pour son soutien à l’idéologie nazie.

De nos jours, il n’est plus nécessaire de fouiller discrètement les logements des employés. Il suffit d’aller faire un tour sur Internet. Si vous ne respectez pas un ensemble vague de règles de « bienséance » ou de « conduite professionnelle » lors de votre temps libre, vous risquez de perdre votre travail.

Selon George Lenard, expert en droit du travail au cabinet d’avocats Harris Dowell Fisher & Harris de St. Louis : « Aux Etats-unis, la législation du travail de la plupart des Etats ne fournit pas de protection adéquate aux employés sanctionnés à cause de quelque chose qu’ils ont écrit ou posté sur un forum privé« . (…)
Il est nécessaire de tracer une limite – à l’encre rouge – entre la vie privée et la vie au travail. Quand il est au travail, une entreprise à tout à fait le droit de surveiller ce que fait son employé. Mais l’entreprise n’a pas à se méler de ce que fait l’employé en dehors des heures de travail, tant qu’aucune loi n’est violée.

Bien sûr, de nos jours, la limite entre « au boulot » et « pas au boulot » est de plus en plus floue et de plus en plus d’employés se connectent à leur bureau tard dans la nuit, depuis leur domicile… mais néanmoins, une fois qu’ils ont « raccroché » et qu’ils ne sont plus entrain de travailler pour leur patron, celui-ci n’a pas à surveiller ce qu’ils font. Même si aujourd’hui Internet rend cette surveillance des activités extra-professionnelles encore plus facile et rend les comportements de « loisirs » des employés encore plus visibles.

En l’absence d’une législation protégeant l’employé, un choix malencontreux de vocabulaire voire une seule photographie publiée en ligne en dehors des heures de travail sur un serveur n’ayant rien à voir avec l’entreprise, peut avoir des conséquences néfastes sur la carrière d’un salarié.

Stacy Snyder, 25 ans, etudiante-institutrice à la Millersville University de Pennsylvanie est un bon exemple : l’an dernier elle a perdue son emploi de maitre-assistant dans un lycée de la ville et s’est vue refuser son diplôme de fin d’études après que l’équipe de direction du lycée soit tombé sur une photo d’elle publiée sur sa page MySpace. Elle a porté plainte pour atteinte à ses droits constitutionnels mais le jugement est encore en attente.

Et ne croyez pas qu’il s’agissait d’une photo « coquine ». Au contraire, elle est tout ce qu’il y a de banal : prise lors d’une fête costumée, c’est un portrait où Mlle Snyder porte un chapeau de pirate et est entrain de boire dans un grand verre en plastique dont on ne voit pas le contenu. Le titre de la photo ? « Pirate ivre » (“drunken pirate”). Rien sur la photo ne laisse penser que Mlle Snyder est ivre au moment de la prise de vue.

Millersville University a demandé au tribunal de rejeter la plainte et défend sa décision d’interdire l’accès de l’école à Mlle Snyder sur la base de la photo publiée sur MySpace. Elle est rejointe dans cette analyse par l’université qui affirme que la conduite de Ms Snyder n’est pas « professionnelle » et « peut donner l’impression que Mlle Snyder encourage des mineurs à consommer de l’alcool« . L’université s’appuie également sur une réglementation existante qui exige, de la part des membres du personnel enseignant « une présentation personnelle soignée et une tenue vestimentaire adéquate et dans le respect du bon goût »

http://www.nytimes.com/2007/12/30/business/30digi.html?ex=1356670800&en=55ef6410d3cac28e&ei=5088&partner=rssnyt&emc=rss