Au passage « Le Monde » se permet une superbe manipulation médiatique comme il sait si bien le faire. Mettre dans le même sac les critiques du néo-colonialisme « humanitaire » et les négationnistes du Darfour, bravo, belle saloperie Messieurs de la rédaction.

La faute de Zoé

[Edito du Monde – 29.12.07]

L’équipée des six Français de L’Arche de Zoé prend fin. Plus exactement, elle entre dans une phase plus franco-française. Condamnés au Tchad à huit ans de travaux forcés pour « tentative d’enlèvement d’enfants », ils sont arrivés vendredi 28 décembre à Paris. L’application d’une convention de coopération judiciaire entre les deux pays leur permet d’accomplir leur peine en France, où elle sera transformée en simple emprisonnement.

Ils doivent verser 6,3 millions d’euros aux familles des 103 enfants qu’ils se sont efforcés d’embarquer clandestinement pour la France. Il est vraisemblable que l’Etat va intervenir dans le paiement de cette somme.

De même est-il tout aussi vraisemblable que la justice française veillera à faire appliquer de la façon la plus libérale possible la peine de prison prononcée dans la capitale tchadienne. Avec raison, car le procès de N’Djamena a tenu de la parodie de justice. (NdL&I : ah bon ? Et pourquoi donc ?)

Ces quatre hommes et ces deux femmes n’en ont pas moins péché par irresponsabilité, mépris des Tchadiens aussi, ignorance de ce qu’est l’Afrique assurément. Mais il y a encore plus grave peut-être : ils ont porté un coup à la réputation de l’engagement humanitaire. Ils ont agi avec désinvolture. Ils ont mené leur mission sans même vérifier si les enfants qu’ils entendaient secourir venaient bien de la province soudanaise du Darfour et étaient bien orphelins.

Les bonnes intentions font de la mauvaise assistance : l’humanitaire n’a pas besoin d’amateurisme ; il requiert des professionnels.

Le mauvais exemple donné par L’Arche de Zoé a permis à certains des pourfendeurs de l’ingérence humanitaire – assimilée à une forme de néocolonialisme – d’accréditer une thèse dangereuse : il ne se passerait rien de si grave au Darfour, voyez-vous, juste un des drames habituels de l’Afrique, une tragédie comme tant d’autres, que les Africains sauront mieux résoudre tout seuls.

Cette thèse-là ne réjouira pas seulement le gouvernement soudanais ; elle est une insulte à la réalité. Elle est une insulte aux 200 000 morts – femmes, enfants, vieillards -, victimes d’un conflit qui n’est certes pas un génocide, mais où la barbarie a très largement été le fait du régime de Khartoum.

Elle est une insulte aux 2 millions de déplacés dans des camps qui ne survivent que par une assistance imposée par les grandes ONG au gouvernement soudanais.

L’humanitaire ne fait pas une politique étrangère ; il ne peut être érigé en doctrine. Il peut avoir des aspects déplaisants. Mais, au fond, peu importe ses intentions : il reste essentiel dans sa pertinence immédiate, opérationnelle, celle de l’urgence ; essentiel pour celui qui est soigné, nourri, protégé – pour lequel il ne se pose d’autre question que la survie. Sur le Darfour tout particulièrement, il ne fallait pas lui donner mauvaise réputation.

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