Le livre d’un soldat israélien sur les atrocités commises à Gaza sera-t-il diffusé ?
[Liran Ron Furer – Ha’aretz  – 21/11/2007]
Comment quelqu’un d’éduqué devient nécessairement une brute, un animal, un criminel, quand il sert dans l’armée d’occupation israélienne. C’est l’histoire que raconte à la première personne le sergent chef Liran Ron Furer, qui ne trouve plus le sommeil après les atrocités qu’il a commises à Gaza. Son livre vient de trouver un éditeur en Israël, mais pour le moment personne ne veut le diffuser.

Gideon Levy, journaliste courageux, en donne quelques extraits dans Haaretz…

CHECK POINT SYNDROME
Liran Ron Furer, sergent chef (réserviste) ne peut plus désormais continuer à vivre sa vie de façon normale. Il est hanté par des images de ses trois années de service militaire dans Gaza, et la pensée que cela pourrait être un syndrome qui toucherait tous ceux qui servent aux check-points ne lui laisse aucun répit.
Près de terminer ses études de décorateur à l’Académie d’Art et Décoration de Bezalel, il a décidé de tout laisser tomber et de consacrer tout son temps à un livre qu’il voulait écrire.
Les principaux éditeurs à qui il l’a apporté, ont refusé de le publier. L’éditeur qui a finalement accepté de le publier (Gevanim) a dit que la chaîne de librairies Steimazky refusait de le distribuer. Mais Furer est déterminé à attirer l’attention du public sur son livre.

Aperçu

« Vous pouvez adopter les positions politiques les plus extrêmes, mais aucun parent n’acceptera que son fils devienne un voleur, un criminel ou une personne violente » dit Furer « Le problème, c’est que cela n’est jamais présenté de cette façon. Le garçon lui-même ne se décrit pas de cette façon à sa famille, quand il rentre des Territoires.

A l’opposé – il est reçu en héros, comme quelqu’un qui remplit un travail important, celui de soldat. Personne ne peut être indifférent au fait qu’il y a beaucoup de familles qui, dans un certain sens, comportent deux générations de criminels. Le père est passé par-là, et maintenant le fils aussi, et personne n’en parle autour de la table, au dîner « .

Furer est certain que ce qui lui est arrivé n’est pas un cas unique. Lui qui était un diplôme du lycée d’Arts de Yellin, créatif, sensible, est devenu un animal au point de contrôle, un violent sadique qui battait des Palestiniens parce qu’ils ne lui montraient pas la politesse requise, qui tirait dans les pneus des voitures, parce que leurs propriétaires mettaient la radio trop fort, qui a maltraité un adolescent retardé mental couché sur le plancher de la jeep, les mains liées derrière le dos, juste parce qu’il avait besoin d’évacuer sa colère, d’une manière ou d’une autre.

« Check Point Syndrome » (c’est aussi le titre du livre), transforme progressivement chaque soldat en animal, assure-t-il, quelles que soient les valeurs qu’il apporte avec lui de la maison.
Personne ne peut échapper à cette corruption. Dans un endroit où presque tout est permis et où la violence est perçue comme un comportement normatif, chaque soldat teste ses propres limites de violence, d’impulsivité sur ses propres victimes – les Palestiniens.

Son livre n’est pas facile à lire.

Ecrit en prose succincte, féroce, dans le langage abrupt et grossier des soldats, il reconstruit les scènes des années de son service dans Gaza (1996-1999) années qui, chacun doit en convenir, étaient relativement calmes.

Il décrit comment lui et ses camarades, forçaient les Palestiniens à chanter « Elinor » – « C’était vraiment quelque chose de voir ces Arabes chantant une chanson de Zohar Argov (chanteur israélien contemporain, interprète des chansons nationalistes sur accompagnement musical oriental ndlt), comme dans un film » ….  »
Parfois ces Arabes me dégoûtaient vraiment, surtout ceux qui essayaient de nous flatter de manière outrancière – les plus âgés, qui arrivaient au check point avec un sourire sur leur visage »
;

Les réactions qu’ils provoquaient – « s’ils nous embêtaient vraiment, nous trouvions un moyen de les coincer au check point pendant quelques heures. Ils perdaient parfois une journée entière de travail à cause de cela, mais c’était la seule manière pour qu’ils apprennent« .

Il décrit :

  • Comment ils ordonnaient aux enfants de nettoyer le check point avant l’heure d’inspection ;
  • Comment un soldat appelé Shahar avait inventé un jeu : « il vérifie la carte d’identité de quelqu’un, et au lieu de lui rendre, il la lance en l’air. Il prenait plaisir à voir l’Arabe obligé de sortir de sa voiture pour ramasser sa carte d’identité…. C’est un jeu pour lui et il peut passer tout le temps de sa garde de cette façon »,
  • Comment ils ont humilié un nain qui venait chaque jour au check point sur son chariot : « ils l’ont obligé à être pris en photo sur le cheval, l’ont frappé et humilié pendant une bonne demi-heure, puis l’ont laissé partir quand des voitures sont arrivées au check point. Le pauvre type, il ne le méritait vraiment pas ; »
  • Comment ils se sont fait prendre en photo souvenir avec des arabes attachés, ensanglantés, qu’ils avaient battus ;
  • Comment Shahar a pissé sur la tête d’un arabe parce que l’homme avait eu l’audace de sourire à un soldat,
  • Comment Dado a obligé un arabe à se tenir à quatre pattes et à aboyer comme un chien,
  • Comment ils ont volé des chapelets de prière et des cigarettes « Miro voulait qu’ils lui donnent leurs cigarettes, les Arabes ne voulaient pas, alors Miro a cassé la main de quelqu’un et Boaz a lacéré les pneus ».

La suite : http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2007-11-21%2008:03:03&log=invites