[ACRIMED – Marie-Anne Boutoleau et Yves Rebours – vendredi 30 novembre 2007]

Dans les jours qui ont suivi la tenue de la coordination nationale étudiante à Rennes les 10 et 11 novembre derniers, la plupart des médias ont déploré, avec un bel unanimisme, l’accueil qui leur avait été réservé : un « climat de méfiance », un « climat hostile ».

Protestations et condamnations

Ainsi, le 12 novembre, France 3 Bretagne, Le Télégramme, Le Figaro, Libération et Le Nouvel Observateur se mettent au diapason pour dénoncer l’interdiction faite aux journalistes d’entrer dans le bâtiment de Rennes 2 où se tenaient les débats de la coordination. Dans un article intitulé « Médias non grata à Rennes-II », Pierre-Henri Allain correspondant de Libération à Rennes s’interroge gravement : «  Paranoïa ? Posture radicale ?  » Et rapporte : « Pour certains étudiants de la coordination, la presse était manifestement indésirable ce week-end à Rennes. » [1]

Le lendemain, Ouest-France s’y met. Le quotidien régional publie un encart de la rédaction : « Insultes, menaces, interventions pour gêner les interviews, difficultés à couvrir les assemblées générales… A Rennes et à Nantes, des acteurs du mouvement étudiant cherchent à nous empêcher de travailler. Heureusement, une grande majorité d’entre eux n’ont pas cette attitude antidémocratique. Le débat et les critiques sont normaux. [sic] Nous ne laisserons personne influencer nos écrits et nos photos. Nous continuerons à informer, en respectant nos principes professionnels, honnêtement et dans l’indépendance.  »

Le même jour, son principal concurrent dans l’Ouest de la Bretagne, Le Télégramme, publie un « point de vue » d’Hubert Coudurier qui, sous un titre qui dit tout – « Refuser le nihilisme conservateur » – fulmine contre la mobilisation et explique : « La dictature des glandeurs ou des agitateurs qui les empêchent [les étudiants] de travailler apparaît comme la survivance de systèmes totalitaires , incongrus au XXIème siècle. La preuve : les médias sont malvenus dans des réunions où l’on tente désormais d’interdire le vote à bulletins secrets. »

Le 14, le site « indépendant » d’information rennais Rennesinfhonet [2] donne largement la parole aux journalistes. Ceux-ci témoignent anonymement, à l’instar de ce « journaliste d’un grand média national » qui déclare : « C’est une petite minorité d’extrême gauche, même fasciste d’extrême gauche qui cultive la désinformation à des fins de propagande. » « Fasciste d’extrême gauche » ? Rennesinfhonet d’ajouter : « Ce journaliste ne mâche pas ses mots et pourtant il les pèse » ! Plus loin, le site donne la parole à un « localier » qui « tempère » : « Ce n’est pas non plus Bagdad mais quand même… »

Et puis… Le Monde paraît !… Le 17 novembre, dans son édition datée du lendemain, le quotidien vespéral publie un éditorial adossé à un article (et réciproquement) : un sermon solennel contre les acteur des mobilisations sociales, dont nous nous sommes délectés ici même.

Le 20 novembre, l’AFP publie un article de Juliette Collen qui permet de relativiser tous ces cris d’orfraie. Il montre que, dans bien des cas, les rapports entre étudiant(e)s et médias sont beaucoup moins tendus que ne le laissent entendre généralement les journalistes, que ce n’est pas pire que lors du CPE et que bien souvent les journalistes peuvent faire leur travail normalement. Ce sont pourtant des journalistes de France-Info, d’I-télé, de Libération, de France 3 qui témoignent. Autrement dit, les mêmes qui se plaignent de « persécutions » ailleurs !

La suite : http://www.acrimed.org/article2774.html