[Gregor Seither – IES News Service – 24/11/2007]

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Le Wall Street Journal publie un article intéressant sur le coup d’état au Pakistan : les membres du cabinet de Pervez Musharraf ont montré aux journalistes les comptes-rendus des réunion qu’ils ont eu avec les officiels US pour les informer de leur projet de déclarer la loi martiale. George Bush et Condoleeza Rice – qui se sont déclarés « surpris » par la décision de Musharraf – étaient au courant AU MOINS UNE SEMAINE AVANT des projets du dictateur.

A l’époque, ni les diplomates US, ni le Département d’Etat et encore moins la Maison Blanche n’ont manifesté d’opposition notable à ces projets…

Dans les jours qui ont précédé l’annonce de l’instauration de la loi martiale, le 3 novembre, les conseillers et directeurs de cabinet du Général Musharraf ont eu une série de réunions avec des diplomates U.S. à Islamabad au cours desquels ils ont exposé à plusieurs reprises les intentions de Musharraf et son projet d’instauration de la loi martiale. Ces affirmations sont confirmées par des officiels pakistanais et U.S.

L’un des principaux conseillers du Gen. Musharraf a déclaré que les critiques U.S. de ce projet ont été retenues, voire inexistantes, ce qui avait été interprété par l’Etat-major pakistanais comme un signe que la Maison Blanche donnait son feu vert à l’opération. « Je leur ai dit, si vous avez une meilleure solution, donnez-la nous » explique un officiel pakistanais. « On nous a répondu, nous n’avons pas d’opinion sur cette affaire ».

Voilà qui rappelle une autre histoire, vieille de 17 ans : le 25 juillet 1990 un certain Saddam Hussein avait eu une réunion avec l’ambassadrice US à Bagdad, April Glaspie et lui avait demandé par écrit si les USA émettaient une objection à ce que les troupes irakiennes interviennent en territoire frontalier koweitien pour s’emparer des installations de pompage qui captaient illégalement du pétrole irakien.

Après consultation avec le Secrétaire d’Etat de George Bush Senior, James Baker III, l’ambassadrice avait répondu (l’enregistrement a été rendu public en 1991 lors de la commission d’enquête du Congrès) :

Nous n’avons pas d’opinion sur votre dispute frontalière avec le Koweit. (…) Cette affaire ne concerne pas l’Amérique. James Baker a donne des instructions à nos porte-parole officiels pour qu’ils insistent particulièrement sur ce point.

« Nous n’avons pas d’opinion… », en langage diplomatique, cela veut dire « OK, vous pouvez y aller ». Glaspie avait d’ailleurs reconnu, toujours lors de la commission d’enquête de 1991 que « nous avons tacitement donné le feu vert à Saddam Hussein pour envahir le Koweit ».

A l’époque, comme aujourd’hui, les deux George Bush se sont pointés ensuite à la télé en disant qu’ils étaient choqués par ce qui se passait et qu’on n’allait pas tolérer des agissements pareils…

Et la presse gogo a fait le reste !