[Vincent Dufief – ecrans.fr – 21/11/07]

A l’heure où Facebook annonce son arsenal de ciblage publicitaire Facebook Ads, Vincent Dufief, avocat au Barreau de Paris spécialisé en droit pénal des nouvelles technologies et en droit de la vie privée, pose un œil critique sur les risques de ces sites de réseau social pour les droits des personnes.

Les sites de socialisation, Facebook en tête, connaissent aujourd’hui un succès extraordinaire, surtout auprès des jeunes entre 14 et 35 ans. Si les raisons de cet engouement sont nombreuses, les risques existent aussi, non seulement aujourd’hui mais aussi pour demain…

Si Internet a toujours menacé la vie privée des personnes, le développement des sites de socialisation donne une nouvelle dimension à ce risque, en encourageant les utilisateurs à sacrifier eux-mêmes leur propre vie privée. En effet, le principe de ces sites de socialisation est d’inciter leurs utilisateurs à révéler le maximum d’éléments de leur intimité, de préférence au plus grand nombre de personnes. Sur ces sites, il est effectivement nécessaire de dévoiler un peu de sa vie privée si l’on veut accéder à celle des autres et le système fait qu’il est aussi très délicat de refuser les sollicitations…

Même si aucune loi n’interdit de divulguer sa propre vie privée, il n’en demeure pas moins qu’une telle révélation est forcément risquée dans la mesure où nul n’en connaît réellement les limites, ni dans l’espace ni dans le temps. Qui sait en effet si cette information ne pourra pas être consultée par d’autres personnes que celles auxquelles on a cru en limiter l’accès et rester accessible sur Internet pour une durée illimitée ? Plus grave : cette divulgation volontaire ouvre nécessairement la porte à nombre de comportements malveillants de la part de tiers, qu’ils soient négligents ou malintentionnés.

Tout d’abord, il est malheureusement certain qu’offrir à une personne la possibilité de communiquer à l’ensemble de son entourage (familial, personnel, professionnel…) des photographies et des informations sur un tiers, crée un canal idéal pour relayer des atteintes à la vie privée et au droit à l’image, voire des diffamations. Tel est notamment le cas de la fonctionnalité qui permet de publier des photographies de ses amis sur sa fiche : cette publication peut manifestement constituer une atteinte au droit à l’image si la personne représentée n’a pas donné son accord. Surtout, la possibilité pour un utilisateur inscrit de diffuser la photographie d’une personne non-inscrite sur le site prive celle-ci de prendre connaissance de cette publication, pourtant publique, et d’en restreindre le cas échéant la diffusion. (…)

http://www.ecrans.fr/La-vie-privee-sacrifiee-sur-l,2606.html