[IES News Service – 20/11/2007]
Ces derniers mois, en Irak, nous avons vu passer un certain nombre de « moments historiques » : le rapport Petraeus, le retrait des forces britanniques de leur base de Bassorah, la décision de ramener les mercenaires dans le champ de la loi, suite à l’incident avec Blackwater….

Mais un des moments historiques est passé quasiment inapercu : la guerre en Irak détient désormais le triste record de la guerre la plus meurtrière pour les journalistes qui tentent la couvrir. A ce jour 200 journalistes sont morts en Irak en faisant leur travail.

Vous en avez entendu parler ? Probablement pas. Il faut savoir que la majorité d’entre eux sont irakiens, jordaniens ou palestiniens. Leur mort n’intéresse pas les « networks » occidentaux qui s’appuient pourtant sur ces « tâcherons » pour obtenir des informations en Irak. Aucun journaliste occidental ne travaille plus en dehors de la « zone verte » de Bagdad, à part quelques courageux individus comme Anne Nivat ou Robert Fisk.

Pour mieux comprendre ce chiffre, il faut savoir que seulement 2 journalistes sont morts en service lors de la Première Guerre mondiale, 68 sont morts en service lors de la Deuxième Guerre mondiale, 77 sont morts au Vietnam et 36 lors de la guerre dans l’ex-Yougoslavie.

Et l’hécatombe en Irak ne donne aucune indication de vouloir s’arrêter, bien au contraire. Rien que le mois dernier, 5 journalistes sont morts le même jour, sur dez zones de combat différentes. Pour Chris Cramer, « couvrir la guerre en Irak est la mission la plus dangereuse de toute l’histoire du journalisme ».

Certains journalistes célèbres sont morts en couvrant des conflits – Robert Capa en Indochine; Ernie Pyle sur l’île d’Okinawa lors de la Deuxième Guerre mondiale; Larry Burrows au Vietnam. Mais ce qui rend l’Irak plus dangereux que les autres conflits du passé est le fait que ces morts ne sont pas des accidents, le résultat de balles perdues ou de dommages collatéraux quand des journalistes se retrouvent au coeur d’une zone de combats. Au contraire, de nombreux journalistes sont morts parce qu’on a volontairement tiré sur eux, à cause de leurs articles ou parce qu’ils venaient du mauvais côté du fossé sectaire. On les abat dans la rue ou bien ils sont enlevés par des miliciens et exécutés dans un fossé, souvent après avoir été torturés. Ni la police ni la justice n’enquêtent vraiment sur ces meurtres, les tueurs savent qu’ils jouissent d’une quasi impunité, que ce soit les escadrons de la mort chiites, sunnites ou les miliciens des différents ministères et services gouvernementaux. Mais il n’y a pas que les miliciens qui tuent des journalistes, au moins 15 membres de la presse ont été directement tués par l’Armée US, dont 6 rien pour l’agence Reuters.

Pour les journalistes irakiens, l’indifférence de l’opinion publique vis à vis de ce massacre est due au fait que la majorité des journalistes tués ne sont des membres de la presse occidentale. Quand la victime est un journaliste de la presse européenne ou U.S., la couverture médiatique de sa mort est nettement plus importante.

http://www.mediachannel.org/wordpress/2007/11/19/the-most-dangerous-war-in-the-history-of-journalism/