Là j’avoue qu’il va falloir m’expliquer… en quoi le fait de mettre une puce dans des moutons est il une « industrialisation du monde vivant » ? Et en quoi la traçabilité est-elle une atteinte à la liberté des bergers et nuit-elle à la « relation qui unit depuis 10 000 ans les animaux et les humains ». Ce manifeste anonyme manie pas mal de pathos romantique, mais pas beaucoup d’arguments…

[Des bergères et bergers opposés à la mécanisation de la vie – Contact bergerouest@no-log.org – 15/11/2007]

A partir de janvier 2008, les moutons et les chèvres devront, en Europe, être identifiés par des puces électroniques implantées, alias transpondeurs. Des bergers refusent cette mesure qui est selon eux synonyme d’une industrialisation du monde vivant. Après les moutons, viendraient les autres animaux, puis, pourquoi pas, les humains. Au nom de la sécurité et de la traçabilité.

Au 1er janvier 2008, l’ensemble du cheptel ovin et caprin de la Communauté européenne doit être identifié avec des puces électroniques pour répondre aux exigences industrielles de « sécurité alimentaire » (règlement CE n°21/2004 du Conseil du 17 décembre 2003). Ces mouchards arrivent à une époque où la machine industrielle s’emballe au rythme des crises sanitaires (grippe aviaire, vache folle, fièvre aphteuse,…). Le dernier moyen de maintenir l’illusion d’une maîtrise est de considérer les éleveurs comme des risques industriels potentiels. Il faut donc assurer leur flicage.

Dans la marche du progrès, refuser le puçage électronique des brebis peut paraître anodin. Pourtant, cette nouvelle mesure de traçabilité, nous la prenons en pleine figure car nous savons qu’elle nous pousse un peu plus loin dans un monde où l’on commence à se sentir de trop. L’élevage n’est pas seulement une industrie produisant du lait ou de la viande. La domestication n’est pas seulement la soumission d’un animal, c’est aussi un long compagnonnage commencé à la révolution du néolithique. Ces interdépendances influencent depuis 10 000 ans nos relations aux animaux, aux humains et au monde. Cette longue compagnie a participé à construire nos imaginaires, nos mythes, notre culture.

Avec le puçage électronique, toute cette partie de l’histoire de notre humanité est anéantie, détruite, niée. Comme la plupart des professions, une part de plus en plus importante de nos activités est régie par un ailleurs : normes industrielles, obligation de s’expliquer, permanence de la suspicion à notre égard. Cela suffit !

http://www.reporterre.net/libertes/les-capitalistes-revent-de-moutons-electriques.php