Oh ! Oh ! Pas bète : « Alors que, dans le cadre de la fusion ANPE-UNEDIC, le gouvernement envisage de récupérer dans le giron de l’État le recouvrement des cotisations pour l’assurance chômage en les confiant la mission aux URSSAF, il n’est pas à exclure que Nicolas Sarkozy, soucieux aussi de trouver des moyens de financer sa politique après les cadeaux offerts à travers le « paquet fiscal », lorgne aujourd’hui (…) vers les ressources inespérées que constituent les fonds de la formation professionnelle. « 

[L’Humanité 08/11/2007]
Le président pourrait bien rêver de récupérer la manne financière de la formation professionnelle. C’est l’un des mystères les plus opaques de l’« affaire UIMM » : pourquoi sort-elle aujourd’hui ?

Dès mai 2004, la BNP Paribas, présidée par Michel Pébereau, ex-condisciple de Denis Gautier-Sauvagnac à l’ENA, a saisi le service antiblanchiment du ministère des Finances (Tracfin) pour lui signaler des retraits suspects en espèces sur les comptes de la fédération patronale de la métallurgie.

Directeur de Tracfin depuis juillet 2006, François Werner a détaillé la procédure dans l’hebdomadaire Challenges : « Le cabinet de notre ministère de tutelle – celui de l’Économie et des Finances – en a été informé, explique-t-il. J’ai veillé à mettre au courant régulièrement l’équipe de Thierry Breton. Ce qui est normal pour ce type d’affaire. » Dans ces conditions, il est absolument certain que Nicolas Sarkozy, prédécesseur de Thierry Breton à Bercy, connaissait, lui aussi, tous les détails de l’affaire.

« Je n’ai reçu aucune pression de quiconque, affirme encore aujourd’hui François Werner. Ni pour agir ni pour ne pas agir. Je le répète, c’est moi qui ai choisi de transmettre, et de quand transmettre. » Le dossier a donc été transmis le 24 septembre dernier au parquet de Paris, une enquête préliminaire a été ouverte le 26 et confiée à la brigade financière. Et, quelques jours plus tard, le Figaro, propriété de Serge Dassault, publiait les premières révélations sur les opérations douteuses de l’UIMM.

Le cours normal pour une « affaire » dont on peinera plus encore, quelques semaines plus tard, à mesurer l’ampleur, avec la découverte d’une « caisse noire » antigrève évaluée à 600 millions d’euros ? Voire.

Le président de la République consulte très régulièrement – on parle d’une à deux fois par semaine – Michel Pébereau, un des protagonistes importants dans le dossier, nourrit une affection jamais prise en défaut pour le MEDEF « relooké » de Laurence Parisot, au point d’honorer chaque année de sa présence l’université d’été du patronat, et, en revanche, pourrait tenir rigueur à Denis Gautier-Sauvagnac à propos de ses prises de position en faveur du CPE de Villepin ou contre le contrat unique, ainsi qu’à cause de ses réticences sur la fusion ANPE-UNEDIC.

Doit-on penser que Nicolas Sarkozy a voulu faire d’une pierre deux coups ? Aider Laurence Parisot à se débarrasser des « baronnies » au MEDEF et gêner, par le truchement d’un détournement politico-médiatique de l’attention vers le « financement des syndicats », les mobilisations sociales d’un automne qui s’annonce incandescent ?

C’est tout à fait probable et un petit écho, rapporté par le Canard enchaîné à la veille de la grève du 18 octobre, incite plutôt à le penser : « Cette affaire est tombée à point pour emmerder les syndicats, se serait félicité le chef de l’État devant ses troupes, selon l’hebdomadaire satirique. Même s’il n’y a, pour le moment, aucune preuve concrète de financement, il y a suspicion. »

Dans ce contexte de « suspicion sans preuves » à l’égard des organisations syndicales, l’essentiel, pour Nicolas Sarkozy, est peut-être ailleurs.

À plusieurs reprises, au cours de sa campagne électorale, le candidat de l’UMP a montré un appétit suspect pour le secteur de la formation professionnelle et, en particulier, en vérité, pour la manne financière brassée, dans le cadre du paritarisme, par les organisations patronales et, dans une moindre mesure, par les syndicats.

En janvier dernier, dans un entretien au Monde, il estime que « les 23 milliards de la formation professionnelle constituent un gisement de productivité considérable ».

À la CFDT, traditionnellement très attachée aux prérogatives du paritarisme, François Chérèque n’a guère mis de temps à décrypter les desseins de Nicolas Sarkozy : « Il dit qu’on n’utilise pas les 30 milliards de la formation professionnelle et qu’il faut les rendre aux salariés sous forme de pouvoir d’achat… Si on n’améliore pas le système, en diminuant par exemple le nombre d’organismes collecteurs, ils vont mettre la main dessus. »

Dans son discours de « rentrée sociale », le 18 septembre, le nouveau président a été plus précis encore en expliquant que, selon lui, le système de formation professionnelle est « à bout de souffle ».

« Je sais bien que le débat sur la formation professionnelle n’a cessé d’achopper sur la question du financement du paritarisme, a-t-il lancé. Tout le monde le sait et personne ne le dit. C’est une vraie question, mais je n’accepte pas que ça soit un frein à la réforme. Aux partenaires sociaux, je veux dire que je suis prêt à discuter aussi, et sans tabou, du financement du paritarisme en même temps que nous discuterons de la formation professionnelle. »

Alors que, dans le cadre de la fusion ANPE-UNEDIC, le gouvernement envisage de récupérer dans le giron de l’État le recouvrement des cotisations pour l’assurance chômage en les confiant la mission aux URSSAF, il n’est pas à exclure que Nicolas Sarkozy, soucieux aussi de trouver des moyens de financer sa politique après les cadeaux offerts à travers le « paquet fiscal », lorgne aujourd’hui, sur fond de discrédit intégral du financement des organisations patronales et avec les soupçons habilement orientés vers les syndicats, vers les ressources inespérées que constituent les fonds de la formation professionnelle.

http://www.humanite.fr/2007-11-08_Politique_Que-vise-Nicolas-Sarkozy-dans-l-affaire-UIMM