Gautier-Sauvagnac bienfaiteur social?
[Le Canard Enchaîné 31/10/2007]
Renverser la charge de la preuve, détourner l’attention quand les faits vous accusent, c’est le propre de la communication de crise. La technique a marché à plein dans l’affaire Gautier-Sauvagnac (DGS). A peine le baron de la métallurgie est-il soupçonné d’être à la tête d’une caisse noire qu’il est aussitôt transformé en exécuteur de bonnes œuvres. L’argent, expliquent ses défenseurs, viendrait d’une caisse de charité servant à « fluidifier le dialogue social « . Et qui a profité des « largesses » de l’UIMM ? Non pas le patronat mais ses adversaires, les syndicats de … salariés! DGS et consorts étaient mus, en fait, par une incroyable philanthropie.

 » Il était de tradition (. .. ) qu’il y ait une caisse qui alimentait les syndicats « , lance Yvon Gattaz, patron des patrons dans les années 80. Et d’autres anciens ont ainsi été appelés à la rescousse par une agence de comm’ parisienne, Tilder.

Bref, Gautier-Sauvagnac n’est pas un malfaiteur mais un bienfaiteur. S’il a commis quelques irrégularités, c’était pour aider le dialogue social, et non pour « acheter des consciences ».

La police enquête sur de l’argent sorti par un ponte du Medef, et ce sont les syndicats de salariés qui se retrouvent mis en cause, sommés de s’expliquer sur l’opacité de leur comptabilité.

Une manœuvre médiatique à laquelle l’UMP a participé par la bouche de ses responsables. Les syndicats, eux, ont mis du temps à réagir. « Ce qui me révolte, c’est la ligne de défense du président de l’UIMM. Il est pris la main dans le sac et aussitôt il braque les soupçons sur les syndicats», a tonné François Chérèque, de la CFDT, dans « Le Parisien » du 21 octobre, trois semaines après le début de l’affaire.

Celle-ci avait déjà changé de nature, compte tenu de l’ampleur de la caisse noire: 600 millions d’euros. Laurence Parisot a compris le message. Conseillée elle même par Anne Méaux, la présidente d’Image 7, qui a la moitié du CAC 40 dans sa clientèle, elle a dû convenir, le 26 octobre, que « rien ne prouve aujourd’hui que cet argent permettait de financer les syndicats « . Mais le mal est fait. Gautier-Sauvagnac va abandonner la totalité de ses fonctions. Il restera dans l’esprit d’une partie du public que les syndicats sont presque aussi coupables que le Medef d’avoir laissé les patrons de la métallurgie constituer une caisse noire pour lutter contre les grévistes et financer leur lobbying.

Laurence Parisot qui n’hésite d’ailleurs pas à prendre les Français pour des imbéciles en affirmant au « Parisien » (26/10/) qu’elle découvre seulement « ces pratiques étranges surgies de l’ombre » et que « les bras m’en tombent ! »

Comme dit le Canard…. Et nous on s’en décroche la machoire… de rire !