Plus ça va, plus cette histoire de l’Arche de Zoé est louche… entre pieds nickelés « charitables », tintin au congo, racisme bien-pensant, manipulation médiatique, billard politique à quatre bandes… on sent bien qu’il y des dizaines d’acteurs dans cette histoire, qui tirent chacun dans leur sens….

A Abéché, l’indignation et la colère des parents des  » orphelins  » de L’Arche de Zoé
[Robert Belleret – Le Monde – 06/11/2007]
A Abéché, les parents affluent de villages de l’Est tchadien devant l’orphelinat pour retrouver leurs enfants. Ils sont en colère, et ont raconté à notre envoyé spécial les promesses de scolarisation faites par l’équipe de L’Arche de Zoé pour emmener leurs enfants vers Abéché. A aucun moment, affirment-ils, les  » humanitaires  » français ne leur avaient proposé d’envoyer leurs enfants en France.

Sans hésiter, sur une photo publiée en  » une  » du Monde, Abderhamane Idriss pointe deux visages : celui d’Emilie Lelouch, la compagne d’Eric Breteau, responsable de L’Arche de Zoé, connue ici sous le nom de Children Rescue, et celui d’un blond barbu surnommé  » Pépé « . Abderhamane en est sûr : ces deux-là sont venus chez lui, à Gilané, lorsqu’il a été question d’envoyer ses trois enfants, Noura, 3 ans, Ibal, 5 ans et Yaya, 6 ans, à l’école d’Adré, à 10 km de sa maison de pisé. Ils ont peu parlé. C’est l’imam du village, très respecté, qui a mené la discussion et a réussi à convaincre Abderhamane, 28 ans, pauvre cultivateur de mil et d’arachide, de donner leur chance à ses trois petits. Ils allaient apprendre le français, l’arabe et, surtout, recevoir une éducation coranique. Quelques jours plus tard, les trois enfants étaient transférés à Abéché, sous prétexte que l’école d’Adré n’était pas sécurisée.

En fixant le journal, Abderhamane paraît sidéré, dépassé par la situation. Noura, Ibal et Yaya font sûrement partie des 103 prétendus  » orphelins  » que les membres de L’Arche de Zoé s’apprêtaient à emmener en France, le 25 octobre, lorsque les policiers les ont arrêtés, pendant le couvre-feu, sur la route de la base aérienne militaire où les attendait un Boeing espagnol.

Abderhamane a entendu parler à la radio d’un  » trafic d’enfants  » et n’a pas hésité à se payer un voyage en pick-up jusqu’à Abéché pour 5 500 francs CFA (8 euros). Depuis six jours qu’il est arrivé dans la capitale régionale, rongée par la misère et les guerres alentour, il n’a pas pu pénétrer dans l’orphelinat, où les 103 enfants se remettent de leurs émotions et livrent des fragments de leur histoire. Assis sur une natte, devant le centre social, il n’est pas seul à prendre son mal en patience. Une vingtaine d’hommes vêtus de djellabas et chèches blancs, les protégeant de la chaleur et du vent du désert, l’entourent. Ils dorment là, se nourrissent de très peu et espèrent.

PULSION ANTI-EUROPÉENS
Suleiman Haroun, 27 ans, recherche ses deux soeurs, Awatif, 7 ans, et Ikram, 5 ans, dont il est le tuteur,  » captées  » dans des circonstances identiques.  » Deux Blancs et quatre Tchadiens m’ont abordé sur le marché ; ils sont revenus deux fois « , raconte-t-il.

Arbab Haroun, 35 ans, vient de Chikata retrouver ses deux garçons, sa fille et ses deux neveux, âgés de 3 à 7 ans. L’imam ne serait pas le seul à s’être entremis ; Arbab cite le chef de son canton.

Un patriarche de 70 ans au visage biblique sous sa chéchia rouge attend qu’on lui rende un garçon de 4 ans : son fils.

C’est peu dire que ces pères supposés sont choqués. La colère les suffoque. Pour les approcher, il faut affronter la pulsion anti-Européens qui a saisi une partie de la population et s’exprime, parfois, à l’encontre des ONG et de leurs 4  4 blancs qui pullulent à Abéché et font vivre la ville. Ils frémissent surtout d’indignation à l’idée que leurs enfants  » exportés  » donc  » déracinés  » auraient pu être christianisés et devenir des  » nassaras  » (nazaréens).

D’autres parents des 103 enfants ont eu plus de chance. Ils seraient une dizaine à avoir déjà pu pénétrer dans l’orphelinat. Senoussi Ahmat, journaliste à l’hebdomadaire local La Vérité, a été le témoin de scènes de retrouvailles bouleversantes qu’il a photographiées : embrassades, pleurs. Le doute de la parenté subsiste-t-il vraiment ?

Au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), on reste circonspect.  » Il faudra s’entourer de toutes les garanties avant d’envisager de restituer des enfants reconnus par untel ou untel, insiste Annette Rehrl, du HCR, être désormais plus vigilants. Children Rescue s’est présentée comme une ONG offrant des services médicaux. Nous leur avons donné des tentes et un générateur…  »

Dans son palais défraîchi, le gouverneur de la province, Touka Ramadan Koré, dit avoir nourri les premiers soupçons à l’égard de L’Arche de Zoé en constatant que ses dirigeants rechignaient à collaborer avec les services publics.  » Ils ne venaient pas aux réunions de coordination des ONG, vivaient un peu en reclus « , dit-il. Puis, à la veille du départ du charter pour l’exode, l’un de leurs auxiliaires tchadiens a parlé. D’où l’arrestation en flagrant délit.