Fichtre ! La reprise de l’article du Réseau Voltaire sur la participation de notre Vénéré Leader à des stages de formation organisés par le Département d’Etat (on se demande ce que cela aurait été si on nous avait annoncé en 1981 que Mitterand était allé faire des stages de formation à Moscou ou à Tirana…) nous a valu plein de courrier des lecteurs… choqués par notre titre « provocateur » (bon, il faut dire que c’était voulu)…

Dans la foulée, le fanzine belge d’extrème-droite « Riposte » nous a envoyé une longue fiche détaillée sur José Bové, qui – selon les auteurs – est un agent de l’impérialisme agricole états-unien. Bové, un agent des USA, elle est trop belle pour pas qu’on la partage avec vous…

Allez vous chercher un café… c’est long, mais très instructif (sous toutes réserves, ça vient des fachos, hein, n’oubliez pas votre « grain of salt »)

JOSÉ BOVÉ – IDOLE DE LA GAUCHE, CACHE QUELQUE CHOSE DERRIÈRE SA MOUSTACHE

[Riposte – fanzine belge d’extrème droite – reçu 05/11/2007]

Inconnu il y a un an, José Bové, véritable incarnation du Gaulois, est devenu, à la suite de la destruction du Mc Do de Millau en août 1999 et ses 23 jours de prison, l’un des personnages les plus populaires de France et du monde. Après le sommet de l’OMC à Seattle, ce combattant de la « malbouffe » manifestait à Davos en février dernier. Il dîne avec Lionel Jospin, discute avec Jacques Chirac d’égal à égal. Business Week le classe parmi les 50 personnalités qui font bouger l’Europe. Il vient de faire son entrée dans l’Encyclopedia Universalis et figure parmi les mots-clés du réseau Echelon. A l’image d’un Coluche, s’il se présente à l’élection présidentielle, ce candidat « anti-mondialisation » est déjà crédité de 16% de voix potentielles. C’est la nouvelle icône de la « gauche caviar » qui se moque bien que la France soit le 1er exportateur mondial de produits agricoles non transformés et le troisième pour les produits transformés. Donc un concurrent de taille pour les Etats-Unis qui ne peuvent que souhaiter l’adoption d’une agriculture à la José Bové qui ramènerait la France au XIXe siècle. C’est là tout l’art de la mystification et de la propagande de ce militant anarcho-syndicaliste.

30 juin 2000. De 40 à 50 000 manifestants (soigneusement encadrés par les services d’ordre de la CGT et de la Confédération paysanne pour éviter tout débordement) selon la police (100 000 selon les organisateurs) se pressent à Millau pour soutenir un paysan moustachu, bouffarde à la bouche, un certain José Bové. On parle de « Bové-Pride ». Ils sont plus nombreux que ceux qui manifestaient en décembre 1999 à Seattle contre la réunion de l’Organisation mondiale du commerce.

Sans doute nombre renouent-ils utopiquement avec les années Larzac, où l’odeur du crottin se confondait dans celle du haschich. Au même moment, le porteparole de la Confédération paysanne fait la une du New York Times et Sixty Minutes, l’émission la plus regardée de CBS, lui consacre un reportage. Outre- Atlantique, désormais tout le monde connaît le roquefort et le Larzac, véritable petit village gaulois résistant contre la mondialisation. En quelques semaines, ce sont 80 000 exemplaires de son livre Le Monde n’est pas une marchandise qui se sont arrachés (soit 700 000 F de droits d’auteurs reversés au syndicat paysan), sans compter une vingtaine de traductions en cours.

Un an auparavant, ce clone français de Lech Walesa était inconnu, même si ce militant chevronné n’en était pas, comme on le verra, à son coup d’essai. « En réalité, ce qui lui est arrivé l’été dernier, est tout simplement le résultat d’une vie de militant qui n’a raté aucune des manifestations gauchistes des vingt-cinq dernières années » indique Le Point. Et L’Expansion (22 juin 2000) de préciser : «Ce n’est qu’un énième coup d’éclat des “remuants du Sud-Averyonais”. Avant, ils avaient manifesté à Mururoa, investi le bureau des douanes de Toulouse, vidé des bureaux, retenu des conseillers, fauché des parcelles de cultures transgéniques. Bové participe aussi aux occupations de ferme lorsque le candidat retenu n’est pas celui de la Confédération paysanne, s’oppose à l’arrivée d’une multinationale viticole dans l’Hérault, critique un projet d’aménagement du lac Salagou voisin…»

Tout son art aura été de faire passer un message recoupant les aspirations de nombreux Français, en lissant soigneusement ce passé politique, évidemment avec la complicité objective des médias trop heureux de trouver enfin un héros charismatique d’extrême gauche, sachant s’exprimer sans dogmatisme. Bref, une nouvelle « vache sacrée », à l’égal d’un abbé Pierre ou d’un Bernard Kouchner. C’est ce que Marianne (28 août 2000) résume ainsi : « Désormais médiatiquement parlant, Bové est “casher” comme on dit dans les synagogues. Reste à comprendre pourquoi […] la machine médiatique a préféré la canonisation à la diabolisation, le ripolinage à la calomnie. »

Ce sont ces presque trente ans de militantisme larzacien que vous découvrirez ici, sans oublier qu’il s’agit d’une lutte éminemment politique devenue une véritable légende, la lutte antimilitariste pour le Larzac. Et d’autant d’années d’actions fondées sur la double exigence de démonstration et de la pédagogie, à coups de fonds argumenté et de formes avantageuses (la bouffarde, le roquefort, la moustache, les poings levés menottés), ce qui lui a permis de sauter par dessus les ministères, les institutions et surtout la FNSEA de Luc Guyau (proche du RPR).

Lui-même explique dans son livre : «L’action, tu la mènes avec l’objectif d’être entendu, d’être compris. La compréhension passe par un médium, l’image. L’image participe pleinement de l’action. Mais cela ne fonctionne qu’à partir du moment où tous les autres facteurs (action juste, cible justifiée, message clair, acteurs légitimes) sont réunis. Un précédent exemplaire : en 1972, les paysans du Larzac pour porter leur combat au-delà des limites de l’Aveyron ont fait paître soixante brebis sous la tour Eiffel. Voilà une image qui a fait le tour du monde et qui a ouvert les yeux sur le problème des 103 paysans qui risquaient d’être expropriés. »

Ce qui le conduit aujourd’hui à qualifier de Millau de « chef d’oeuvre » (conférence en Suisse, à Savigny, 27 mars 2000). « Cette image, il la cherchait depuis des années, assure Gérard Laudinas, qui dirige le Midi libre à Millau (cité par L’Expansion, 22 juin 2000). Pour lui, entrer en prison, c’était bingo. » Autre exemple de cette pédagogie affûtée : Pour faire apprécier aux Américains, sa lutte, il compare son action à l’un des hauts faits de gloire de l’histoire américaine : «A Seatlle pour me faire comprendre, j’ai comparé notre action à la Boston tea Party de la guerre d’Indépendance : les Américains avaient jeté à la mer les ballots de thé qui avaient été apportés par une compagnie anglaise. »

Face à un tel brio, il n’est pas facile de retracer une biographie largement réécrite. Y compris l’identité elle-même puisque José Bové ne s’appelle pas José, mais Joseph. C’est sous ce prénom que ses parents l’ont déclaré à la mairie de Bordeaux en 1953. Mieux, durant toutes ses premières années, il était appelé Josy.

A la différence ce la plupart des paysans avec lesquels il siège, il n’a aucune ascendance agricole enracinée. Aucune origine prolétarienne, même pas d’enfance misérabiliste. En revanche, il est d’origine étrangère à une génération : son grand-père était un maraîcher luxembourgeois. Son père, également luxembourgeois, sera naturalisé lorsqu’il deviendra directeur régional de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et membre de l’Académie des Sciences (la presse minimise largement en parlant de « chercheurs à l’INRA »).

La famille est athée (sous l’influence scientiste) mais de droite. Sa mère, professeur de sciences naturelles puis chercheur, aura trois garçons. Ses deux frères, aux antipodes de ses idées, sont respectivement ingénieur et informaticien. La famille détient toujours une résidence secondaire à Lacanau-Plage, où Bové deviendra un fin marin (ce qui lui servira à Mururoa contre la marine française). C’est là qu’il passait encore ses vacances en août 1999, après le saccage du Mc Do de Millau.

Dès ses trois ans, il part aux Etats-Unis où ses parents, brillants chercheurs, sont invités à l’université de Berkeley. C’est là qu’il apprendra couramment à parler l’anglais, ce qui a très largement participé à sa médiatisation internationale. Par exemple, c’est pour cette raison de langue qu’il sera le seul Français présent (au titre de la Confédération paysanne) sur le Rainbow Warrior, en 1995, lors de la reprise des essais nucléaires français.

A son retour, ses parents l’inscrivent dans un lycée bilingue près d’Athis-Monss tenu par des Frères, dont il sera finalement exclu pour « irréligion » en 1968 pour s’être livré à une apologie de la drogue dans une dissertation de français sur le thème « Les voyages forment la jeunesse » sur le thème : « Oui, mais à l’acide, au haschisch, à l’alcool et aux femmes » (Le Vrai papier Journal, septembre 2000, et Le Monde, 1er janvier 2000).

Il est très jeune acquis au pacifisme et à l’antimilitarisme : sa première arrestation remonte à ses 15 ans pour une manifestation contre la prison militaire d’Aiton en Savoie. Sa première manifestation, en tant qu’organisateur, sera la projection, à 17 ans, du film antimilitariste de Peter Watkins, La Bombe.

Il sera en particulier marqué par la fréquentation, dès ses 14 ans, de la Communauté de l’Arche de Lanza del Vasto, philosophe et poète à l’inspiration utopique et écologique (à l’image d’un Giono ou d’une certaine idéologie vichyssoise). Ayant effectué (avant les « routards ») un « voyage initiatique » en Inde où il avait rencontré Gandhi en 1937, il fonda l’un des premières communautés de France en 1848. Par la suite, il s’impliquera dans la lutte en faveur, menant une grève de la faim dès mars 1972. En 1974, deux familles de la communauté essaimeront d’ailleurs au Larzac, dans la ferme des Truels (toujours en activité, elle est animée par Thierry Castelbou).

De cette époque, Bové a retenu le principe de la « non-violence active » : « démonter » le Mc Do afin d’éviter d’être accusé de « saccage », même si cela revient au même quant au résultat.

« Il est physiquement violent, a confié le député RPR local Jacques Godfrain, dont Bové a saccagé, s’opposant à la réforme de la PAC en 1992, la permanence (on frôlera la catastrophe, l’une de ses collaboratrices ayant eu un malaise cardiaque). C’est sa seule façon de s’exprimer lorsqu’il souhaite contrer une décision qui lui est défavorable. » Paris-Match (juin 2000) indique que «Guy Tarlier, le leader historique du Larzac, aujourd’hui décédé, disait de lui qu’il était incontrôlable » et même son camarade François Dufour admet qu’il est « un homme de caractère, malin et filou » (Témoignage chrétien, 7 octobre 1999).

C’est qu’aux idées pacifistes, se sont ajoutées les idées anarchistes et libertaires, Bové se reconnaissant notamment dans le groupe Anarchisme et non-violence (éditant la revue toulousaine du même nom). Dans La Révolte d’un paysan (Golias), il assure ses « fidélités » à Bakounine, révèle qu’il continue à acheter ses livres à la librairie du Monde libertaire et se reconnaît dans la CNT espagnole (qui décréta la grève nationale en 1931, tenta des essais de vie libertaire, c’est-à-dire la collectivisation des terres, la socialisation des usines, etc.) : « Je suis un anarcho-syndicaliste. Mes références, ce sont la fondation de la première Internationale au siècle dernier et la CNT espagnole en 1936 ».

Toutefois, quand il s’agit du grand public, il rejette le mot « anarchie ». Il explique ainsi au Vrai Papier Journal (septembre 2000) : « Dire que tu es libertaire ou que tu viens des idées libertaires, c’est immédiatement le repoussoir à cause de cette bande de branques qui en ont fait un repoussoir. Si être anar, c’est faire uniquement référence aux pensées du XIXe, comme l’ont fait les marxistes, ça ne rapporte rien. Aujourd’hui, agir passe par une réflexion sur l’Etat, sur la technique, sur la façon dont ce système devient de plus en plus totalitaire, sur la façon de l’économie à s’autonomiser. »

Demeuré seul à Paris, à la suite de la mutation de ses parents à Bordeaux, il profite d’une vie de bohème dorée, passant quand même son bac, option économie, avec mention : « Je passais beaucoup de temps dans les galas libertaires » (Le Monde, 1er janvier 2000).

« Début 1970, j’ai 18 ans au Quartier latin, Léo Ferré et Bakounine en tête. Je suis pacifiste et antimiltariste » (Le Vrai Papier Journal, septembre 2000). Il milite également dans des mouvements hostiles à la guerre du Vietnam. Pensant devenir professeur de philosophie, il rejoint sa famille et s’inscrit en hypokhagne et en faculté à Toulouse.

C’est à ce moment, en 1971, qu’il rencontrera sa compagne, Alice Monier, fille d’un riche poissonnier de Bordeaux. L’idylle se nouera alors qu’il peignait une banderole pour appeler à une manifestation contre « la militarisation de la société ».

Etudiante en sciences politiques, cette catholique de gauche milite alors à la Jeunesse étudiante chrétienne. Elle en est demeurée très proche, ce qui explique sans doute que ce soit le groupe Golias, animé par Christian Terras, administrateur du Réseau Voltaire qui ait obtenu un ouvrager d’entretiens avec Bové : José Bové, la révolte d’un paysan (nettement plus intéressant que son autre livre d’entretiens).

Par ailleurs, le coauteur de ce livre, avec Terras, est Paul Ariès. journaliste, écrivain et sociologue. Collaborateur très régulier de la revue Golias, il a notamment signé Les Fils de Mc Do, La Mc Donaldisation du monde (L’Harmattan, 1997) et plusieurs ouvrages édités par les Editions Golias.

Symptomatiquement, il avait animé, à Millau, une conférence sur Mc Donald, à l’invitation de la Confédération paysanne, quelques mois avant le saccage, et figurait parmi les « témoins de moralité » de Bové lors de son procès.

Beaucoup moins médiatisée que son mari, Alice Monier, généralement présentée dans la presse comme fatiguée des vaticinations de son mari, est en réalité elle-aussi très engagée : elle est ainsi la directrice de publication de Gardarem Lo Larzac, mythique revue éditée par les Comités Larazc (qui avaient essaimé dans toute la France) et vient de fête son 232e numéro (encore un millier d’abonnés).

Le comité de rédaction comprend notamment Marlise Tarlier, Christiane Burguière, Elisabeth Baillon, Christine Thelen. Cette dernière, trésorière de l’Association pour l’aménagement du Larzac, fut envoyée à Seatlle, tout comme Gilles Gessoin, larzacien de fraîche date, Françoise Barbier, ou Christelle Combes, employée du Syndicat des producteurs de lait de brebis.

N’ayant plus à défendre la cause antimilitariste, GLL traite d’actualité locale, d’environnement, de « solidarités nationales et internationales », comme par exemple avec la «Kanaky », comprendre la Nouvelle-Calédonie exploitée par le néo-colonialisme français. Le FLNKS dispose d’ailleurs, depuis 1985, année de la venue de Jean-Marie Tjibaou, de son propre terrain, où une case aborigène a été construite.

Comme nombre de «néo-ruraux », Alice Monier a abandonné la ferme pour devenir permanente d’associations subventionnées, s’occupant notamment d’éducation populaire en milieu rural. Elle a fondé et dirigé notamment le Centre d’initiatives rurales, puis le Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural, dont elle est salariée.

Au début des années 70, à Sciences-Po, enseigne un certain pasteur théologien de gauche Jacques Ellul qui instruit « une critique radicale de la technique et de l’Etat ». Il aura une très profonde influence sur elle et Bové, d’autant qu’il habite à proximité de chez eux, à Talence : «En 1981, j’ai retrouvé cette analyse (avec Bernard Lambert) dans le rapport sur le productivisme. Il ne suffisait plus de remettre en cause les conséquences du productivisme mais d’abord sa logique propre. »

Cette juxtaposition de diverses théories utopiques et fumeuses, à la manière d’un patch-work, agrémentée de quelques mois de faculté et toute absence de diplôme, est commune à nombre des activistes entourant Bové : « Cette culture politique éclectique, issue de la branche non violente et antimilitariste de mai 68, indique Libération (30 juin 2000), José Bové la partage avec les autres leaders de la Confédération paysanne. » Ils se revendiquent « agriculteurs », éventuellement « paysans », mais jamais « exploitants agricoles ». «Tous continuent de travailler avec des professeurs d’université, poursuit Libération, de nouer des liens avec des paysans du tiers-monde ou des activistes américains, de participer à la galaxie “radicale” […] Habitués aux actions spectaculaire, ces agitateurs- là sont pourtant d’abord des agitateurs d’idées. » De là un étonnant entrelacement d’associations, une nébuleuse libertaire, apte à attirer nombre d’élément apolitiques.

C’est ainsi que François Dufour, principal dirigeant de la Confédération paysanne jusqu’à ce printemps, est également vice-président d’ATTAC, l’association qui lutte pour la taxe Tobin (taxation de la spéculation internationale). C’est lui qui a cosigné, avec Bové, Le Monde n’est pas une marchandise (La Découverte, avec Michel Luneau, collaborateur du Nouvel observateur et animateur du journal de la Confédération paysanne).

Cette vieille rengaine soixantehuitarde, visant à associer intellectuels et paysans, sera appliquée au Larzac, avec la création, en 1975, de Larzac- Université. « Dans la maison qu’elle achète alors (devenue aujourd’hui un gîte rural), se dérouleront des stages consacrés aussi bien à la génétique qu’à l’agriculture bio, à la médecine vétérinaire des ovins qu’à la mémoire populaire, à la flore du Larzac qu’à l’impérialisme français contemporain » (Politis, 29 juin 2000). On verra même des objecteurs de conscience construire une maison en balles de paille crépies, alimentée en énergie par une éolienne.

C’est ce qui explique sans doute le profil très particulier des « néoruraux » inculpés en même temps que José Bové, tranchant sur celui des agriculteurs interpellés dans des manifestations paysannes classiques :

-Né en 1951, Raymond Fabrègues, éleveur ovins lait et bovins viande, est le porte-parole de la Confédération paysanne de l’Aveyron.

– Né en 1944, Léon Maillé, cet éleveur ovins bio est membre de la Confédération paysanne et des Verts. Il a été directeur de publication de Gardarem Lo Larzac jusqu’en 1995. Il fut incarcéré en 1976 après l’intrusion de militants pro-Larzac et antimilitaristes au service des Domaines de l’Armée. Il maniait la tronçonneuse au Mc Do.

– Né en 1954, Christian Rouqueirol, cet éleveur ovins et bovins viande est responsable de la Confédération paysanne et membre de la commission nationale des producteurs fermiers. Il a été condamné avec dispense de peine en septembre 1998 pour entrave à la navigation des aéronefs lors des émeutes antinucléaires de Faa’a (Polynésie) en septembre 1995.

– Né en 1957, Jean-Emile Sanchez-Mateo, éleveur ovins viande d’origine espagnole, est responsable de la commission ovine de la Confédération paysanne et membre de son comité national. Il fut arrêté (mais non condamné) lors de la destruction d’un stock de maïs Novartis à Nérac (Lot-et-Garonne). Fondateur du Syndicat des Paysans- Travailleurs de l’Hérault en 1982-1983, il s’est installé au Larzac en 1984, où il avait déjà oeuvré en 1982. Ancien membre de la Fédération anarchiste, il se définit toujours comme « libertaire ». Fondateur, en 1986, du premier groupe de rock rural, Taxus Baccata.

– Né en 1945, Jean-Paul Delaitte, permanent environnemental, est porte-parole départemental des Verts. Il préside l’association Bon Vent opposé au projet de centrale éolienne sur le Larzac-Nord (alors que la première éolienne avait été offerte en 1978 par les Amis de la Terre et installée derrière la fermes des Homs).

– Né en 1966, Richard Maillé, éleveur ovins lait, appartient à la Confédération paysanne. Il milite à l’Alternative rouge et verte. Objecteur de conscience et déserteur en 1987, il fut condamné à quinze jours de prison avec sursis avant que son dossier ne soit clos en 1995.

– Né en 1957, Gilbert Fenestraz, ouvrier agricole, a cofondé le Syndicat des travailleurs paysans au début des années 80. Militant anarchiste, il appartient à l’Alternative rouge et verte de Millau.

– Né en 1954, Alain Soulié, éleveur ovins lait et accueil à la ferme est porte-parole suppléant du Syndicat des producteurs de lait de brebis et délégué au conseil d’administration de la Confédération générale de roquefort. Il a participé au Somment anti-mondialisation de Seattle en novembre 1999.

– Né en 1956, Frédéric Libot, éleveur ovins lait, appartient au comité départemental de la Confédération paysanne de l’Aveyron. Responsable du Comité Larzac-Millau, il a participé au Somment anti-mondialisation de Seattle en novembre 1999. Ancien routard, il a rejoint le Larzac il y a seulement sept ans.

Dans la même lignée, José Bové est évidemment un ancien objecteur de conscience. S’étant vu refuser ce statut, il engage un recours devant le Conseil d’Etat.

Avec Alice Monier ; il abandonne alors l’université et partent, par hasard, au Larzac, déjà un haut lieu de lutte pour l’extrême gauche activiste en France depuis qu’André Fanton, secrétaire d’Etat à la Défense nationale, a annoncé, le 30 octobre 1970, à l’issue d’un congrès départemental de l’UDR, que la superficie du camp militaire du Larzac serait portée à 17 000 ha.

Vaste plateau des Causses, presque totalement aride, où seuls subsistent quelques troupeaux transhumants, est alors pratiquement un désert vide de toute population. Dans les années soixante, il ne demeurait par exemple qu’un seul éleveur au village de Saint-Sauveur. 103 paysans seulement sont concernés pour près de 10 000 ha, largement payés au prix de leur valeur réelle.

L’extrême gauche se met en branle, surtout à partir de 1972, lorsque les « 103 » font le serment de ne jamais vendre leurs terres (dont certaines seront quand même rapidement revendues à des Groupements fonciers agricoles, afin de les rendre plus difficilement expropriables, avec plusieurs milliers de petits porteurs de parts). Suivront les renvois de livrets militaires, les marches vers la capitale (les 103 montent en tracteurs dès le 8 janvier 1972), le refus de payer tout ou partie de l’impôt, et surtout les grands rassemblements d’été.

A Pâques 1973, José Bové et Alice Monier découvrent donc le Larzac, et font la connaissance de Bernard Lambert, leader des Paysans Travailleurs, mouvement issu de mai 68 et du Centre national des jeunes agriculteurs. Il est l’auteur d’un « livre fondateur », Les Paysans dans la lutte des classes, pondu dans la foulée de 1968… et préfacé par un certain Michel Rocard, alors secrétaire général du PSU. « C’est le hasard militant » reconnaît Bové lui-même (Libération, 17 septembre 1999) qui l’a donc transformé en agriculteur.

Ils participent, aux côtés d’étudiants de toutes tendances (marxistes, trotskystes, chrétiens de gauche, etc.) à la reconstruction de la ferme de la Blaquière, pratiquement une ruine. En 1973, ils participent au premier grand rassemblement du Larzac (30 000 personnes), organisé par Bernard Lambert.

L’année suivante, à l’été 1974 (50 000 participants), ils participent à l’opération Moisson pour le tiers-monde.

C’est alors que José Bové joue de chance : il est parmi les quelques militants qui évitent à François Mitterrand, candidat socialiste battu quelques semaines auparavant, d’être pratiquement lynché par les groupuscules maoïstes. Le futur président de la République ne l’oubliera jamais : dès le 3 juin 1981, il rend aux paysans les 6 300 hectares occupés par l’Armée (il se rendra encore au Larzac en 1987, rencontrant Bové). Il faut dire que pour appuyer son propos, Bové avait menacé de faire une grève de la faim devant l’Elysée. Il avait surtout rencontré, avec sa femme, Pierre Mauroy, dont la mairie de Lille était jumelée avec les trois ou quatre hameaux de Montredon, l’endroit même où le couple Bové s’était installé en 1976.

Il s’agissait alors d’un village abandonné… depuis 1920. Ils squattent des terres appartenant déjà à l’armée. L’électricité n’arrivera qu’en 1983, le téléphone en 1984 et l’eau courante en 1987. Le couple se lance dans l’agriculture d’élevage et la fabrication de tommes, une incongruité au pays du roquefort.

Aujourd’hui, le GAEC compte 560 brebis, dont 340 élevées pour le lait vendu aux caves de roquefort et 220 pour la viande, 10 vaches et 40 cochons (autre exemple de ferme, la ferme-accueil de la Salvetat, récupérée aux militaires).

Sur place, petit à petit les « babas cools » et autres gauchistes s’installent, faisant de ce plateau une véritable réserve ethnologique, comme par exemple Alain Desjardin, installé sur la ferme de la Salvetat, également récupérée aux militaires. Ancien militant du PSU, coorganisateur des grands rassemblements, il a cofondé la Gauche ouvrière et paysanne dans les années 70. Il est aujourd’hui responsable de la commission agriculture et développement rural des Verts.

Déjà en pointe, Bové fait partie des 22 personnes qui investissent cette même année 1976 le camp militaire et s’emparent de documents attestant de la vente de terrains par divers paysans. Il est arrêté, passe trois semaines de prison préventive, et sera condamné à quatre mois avec sursis et privation de ses droits civiques (Alternative L’Impatient, juillet 2000).

L’année suivante, il est au volant de l’un des 90 tracteurs qui pénètrent au champ de tir avec, sur le garde-boue, un soldat contestataire en cagoule, délégué par les comités de soldats (contrôlés en fait par la Ligue communiste révolutionnaire).

En 1978, Alice Monier et José Bové fondent un Centre cantonal des jeunes agriculteurs, (CCJA), dont Alice devient vice-présidente.

Au cours des années, la lassitude s’installe sur le plateau, d’autant que Valéry Giscard d’Estaing est largement donné comme gagnant en 1981. C’est alors que cette année-là, sans prévenir, deux syndicats agricoles (FDSEA et CDJA), en février 1981, s’apprêtent à accepter un compromis de mini-extension du camp. A l’issue du rapport présenté, Alice Monier et tout le CCJA démissionnent en plein congrès départemental.

Arrive la victoire de François Mitterrand, la vague rose… et la victoire des jusqu’auboutistes. Via un bail emphytéotique de soixante ans avec l’Etat, celui-ci remet les terres acquises à la Société civile des terres du Larzac, composée d’associés, personnes physiques ou morale, utilisateurs à titre agricole ou non agricole, fermes, terres et bâtiments.

«La SCTL a toute de suite fonctionné comme un vrai phalanstère (Libération, 30 juin 2000). » Le Nouvel Observateur (2 septembre 1998) précise qu’il s’agit de « surmesure pour garder collectivement le pouvoir sur le Causse ».

Le plateau récupéré, Bové peut se consacrer à la construction d’un syndicalisme agricole offensif. Dès septembre 1981, il fonde le Syndicat des Paysans-Travailleurs de l’Aveyron, où se retrouvent les membres du CCJA. A la première élection à la chambre d’agriculture, en 1983, il obtient 15 % (la Confédération paysanne a obtenu 30,33 % en 1995). En 1987, il est cofondateur de la Confédération paysanne, fusion des Paysans Travailleurs de Lambert et de dissidents de la FNSEA, regroupé dans la Fédération nationale des syndicats de paysans (née en 1982). Il en devient aussitôt l’un des huit secrétaires nationaux. Leur programme développe «une vision de plus en plus anarcho-syndicale » (Le Point, 23 juin 2000).

La reconnaissance syndicale officielle est essentielle dans ce combat : en 1991, il participe à empêcher l’atterrissage de l’avion de Lionel Jospin à Millau, qui avait refusé, sous la pression de la FNSEA, de recevoir une délégation de la Confédération paysanne. Les relations seront donc très froides avec ce dernier, y compris après l’affaire du Mc Do, où le Premier ministre ironisera dans les premiers temps sur cet « Astérix » qui se prendrait pour un «nouveau Tarzan ». Finalement, elles se réchaufferont grâce au suppléant de Jospin, le député de Haute-Garonne Patrick Lemasle, ancien membre de la Confédération paysanne.

Outre de multiples manifestations et actions, notamment contre le GATT et la PAC, il développe sur place un syndicalisme très revendicatif, s’appuyant sur les petits producteurs de lait de brebis, indispensable aux caves de roquefort. Cogérant de la Société civile des terres du Larzac, il fonde et dirige le Comité Roquefort, devenu, en 1987, le Syndicat des producteurs de lait de brebis, affilié à la Confédération Roquefort. Il ne sera reconnu qu’après des luttes, occupations et divers saccages, par l’interprofession, qu’en mai 1993.

En 1995, il est le seul Français présent à l’opération de Greenpeace contre la reprise des (derniers) essais nucléaires français dans le Pacifique. Des zodiacs sont mis à l’eau dans la nuit du 31 août au 1er septembre quelques heures avant le premier essai, tentant d’échapper à la Marine nationale dans la passe de Mururoa. Les images feront la une des journaux américains du Pacifique. Dans les jours qui suivent, des émeutes suivront en Polynésie française où interviennent des Français de métropole.

Le 8 janvier 1998, c’est la première destruction d’un stock de maïs transgénique en France, au centre Novartis de Nérac. Il sera condamné à huit mois de prison avec sursis et 500 000 F d’amende. L’opinion au cours de ces années s’avère de plus en plus favorable aux thèses protectionnistes de la Confédération paysanne : poulet à la dioxine, OGM (organismes génétiquement modifiés), retrait des canettes de Coca-Cola, succession de scandales à propos de la « vache folle », etc. C’est alors qu’éclate l’affaire du McDo de Millau, qu’il est indispensable de replacer dans son contexte.

Le 19 février 1999, un permis de construire est délivré à Mc Donald’s France pour la construction d’un restaurant franchisé de 373 m2. Le 11 mars, avec Raymond Fabrègues et deux autres délégués de la Confédération paysanne, José Bové séquestre deux chargés de mission de Jean Glavany à la préfecture de Rodez, tandis que les CRS chargent les manifestants à l’extérieur. Il ne sera pas poursuivi.

Au printemps, visite et conférence du sociologue Paul Ariès. Quelques semaines plus tard, les Etats-Unis, dans le cadre de la bataille économique du boeuf aux hormones, décident de taxer à 100 % divers produits agricoles français, dont le roquefort. Un préjudice d’environ 14 millions de F pour les seuls producteurs et beaucoup plus pour le Syndicat. A noter que les producteurs de roquefort avait déjà soutenu directement les activités antimilitaristes au Larzac dans les années 70 (cf notamment L comme Larzac, Alain Moreau) tant le lait de brebis est recherché (une bonne part est importée par avion de Corse !).

Le 12 août, au lendemain de l’éclipse qui aurait risqué de faire passer sous silence l’opération comme l’avouera Bové, 200 éleveurs et sympathisants « démontent » le Mc Do en construction, provoquant pour environ 400 000 F de dégâts. Les renseignements généraux départementaux ont été prévenus à l’avance. La police a même proposé à la Confédération paysanne de faire semblant en brûlant des planches de chantier et autres matériaux. Dans le dossier d’instruction, la somme finale s’élèvera à 768 000 F mais aucune expertise n’étaille le dossier, seul un constat d’huissier a été réalisé. En outre, les parties civiles, dont Mc Do, préféreront finalement se désister afin d’éviter des problèmes.

Juste après, afin de faire rebondir le dossier et de ne pas passer pour anti-américain, une ferme provisoire est installée à côté du Festival du film américain de Deauville. Après interpellation des comparses, quatre jours après les événements, un mandat d’arrêt est délivré, le 17 août, par le juge Nathalie Marty. En plein été, où les nouvelles politiques font défaut, le magistrat transforme ainsi l’affaire en feuilleton national pour une manifestation qui n’aurait fait que quelques lignes dans les journaux parisiens. Bové est le nouveau « Robin des champs ».

Comme l’écrira Le Midi libre (27 juin 2000), « pour cet “irréductible”, le Mc Do de Millau n’était pourtant qu’une étape, un peu plus spectaculaire que les précédentes, sur un parcours de militant chevronné. »

« Lorsque la juge Marty a lancé un mandat d’arrêt contre lui, indique Paris-Match, il a retrouvé les vieux réflexes de clandestinité de sa jeunesse militante. “Il s’agissait pour moi de me présenter libre, sans me faire prendre par les gendarmes.” » Son idée de lever les poings menottés, l’oeil rigolard et l’air goguenard, face à deux photographes qui s’étaient faufilés dans le palais de justice de Millau font dès lors de lui une vedette. «On a utilisé les fautes de l’adversaire, On a fait de l’aïkido syndical » (Libération, 30 juin 20000). D’autant qu’il récidive en refusant de payer une caution, estimant sa lutte juste. Le gouvernement socialiste se divise sur ce nouveau Mandrin : le ministre Verts Dominique Voynet lui envoie un télégramme de soutien, ainsi que Danielle Mitterrand, veuve de l’ancien président de la République.

Rien n’est laissé au hasard : un comité de soutien est aussitôt monté, rapporte Libération (24 août 1999) « à l’initiative d’Annick Coupé, responsable du syndicat SUD-PTT, et de la LCR ». La Confédération paysanne est en effet pénétrée par la Ligue communiste révolutionnaire (Thierry Martin dans l’Eure ou Joël Lainé dans la Creuse). Après Coluche, Arlette Laguiller ou Pierre Bourdieu, la gauche « alternative » s’est enfin trouvée un hérault. Très vite, il est donné comme possible candidat à l’élection présidentielle, même s’il a toujours rejeté vigoureusement cette possibilité. La « josébovémania » se développe, d’autant que l’intéressé multiplie les coups d’éclat médiatique, cette fois au niveau international.

Fin novembre 1999, il est aux Etats-Unis. Les télévisions s’arrachent ce French guy, parlant un anglais excellent, arrivé avec 200 kilos de roquefort, nouvelle incarnation du pavé, à distribuer sur son passage. c’est la revanche des « fromages qui puent » sur la «World Company ». As du marketing contestataire et soutenu par les médias, il devient la mascotte des manifestants. Son objectif est dès lors l’installation d’un Observatoire de la mondialisation à Genève, en relation avec les réseaux mobilisés lors du Sommet de Seattle.

Vrai rock-star, il est célèbre dans le monde entier : « Aujourd’hui José Bové n’est plus tout à fait un éleveur de brebis. Un salarié financé par son syndicat le remplace dans sa bergerie. Il sillonne le pays pour vendre son livre, écoute durant des heures les doléances de ses lecteurs, s’envole pour la Colombie le 6 juillet » (Libération, 30 juin 2000).

C’est qu’entretemps, le 29 janvier 2000, alors qu’il était officiellement invité au Forum économique mondial de Davos, cette réunion secrète des dirigeants des multinationales, il a retourné le compliment en arrivant avec une petite délégation d’une quinzaine de paisibles paysans. La police suisse a vu rouge, tiré une bombe lacrymogène dans le visage du leader paysan, avant de tirer sur lui, une fois à terre, à bout portant, des balles en caoutchouc dures comme des écrous. Des images qui ont scandalisé le monde entier.

En avril, il se rend à Nouméa, à l’invitation du FLNKS. Il s’emploie aussitôt à mettre de l’huile sur le feu : « Je suis sidéré par la provocation policière qui règne ici. A mon retour, je vais témoigner de cette compromission de l’Etat français en Nouvelle Calédonie […] La Kanaky doit disposer d’elle-même » (sur Radio France Outremer, rapporté par Rivarol, 2 juin 2000).

En avril, il est devenu le premier des trois porte-parole de la Confédération paysanne, remplaçant François Dufour. Profitant de l’« effet Bové », aux élections des chambres d’agriculture de janvier 2001, ce syndicat minoritaire, qui ne contrôle que quatre départements (Finistère, Loire-Atlantique, Réunion, Guyane), devrait largement se renforcer face à la FNSEA. Il gagne, depuis décembre 1999, 4 000 F par mois net versé par son GAEC, le reste de son salaire (7 500 F net) étant complété par la Confédération à raison d’une indemnité journalière de 350 F.

Même la droite lui trouve des qualités, l’ineffable Christine Boutin allant jusqu’à le qualifier de « résistant ». En réalité, tout au long de ses déclarations, Bové n’a jamais cessé de se proclamer internationaliste, pro- Européen et pro-Américain, seulement hostiles aux multinationales qu’il faut réformer. En bon révolutionnaire, pour lui c’est l’internationalisme qui prime avant tout.

A propos du Mc Do, il estime : « Pas question d’accepter d’être condamné pour avoir participé à la création d’un droit international. »

Il déteste aussi l’image du gaulois braillard et antiaméricain : « Je ne suis pas Astérix, qu’on se le dise » (Journal du Dimanche, 21 novembre 1999). De même il indique (Paris-Match, décembre 2000) : « Je suis né Français par hasard, je me sens près des gens avec qui je partage une conviction quel que soit leur pays d’origine. »

Interrogé sur l’immigration et les expériences conduites par Daniel Cohn-Bendit, ancien élu municipal de Francfort, il déclare (Le Vrai Journal, septembre 2000) : «C’est vachement intéressant, sur l’immigration, sur la drogue. Mais là, à mon avis, on n’est qu’au début de ce qui va se passer. L’immigration chez nous ne peut qu’augmenter. Les pays occidentaux vont être obligés d’ouvrir leurs frontières, ne serait-ce que par la pauvreté qui gagne et par le fait qu’ils sont incapables de gérer les histoires de sécu, de retraite. Il va se passer des choses, en termes de cultures, d’organisation sociale… Il va bien falloir que ça bouge, là aussi. »

Evidemment hostile à Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret ou Philippe de Villiers, il dit même de ce dernier : « Nous n’avons rien de commun avec ces gens-là, tout nous sépare (Le Journal du dimanche, 21 novembre 1999). » Dans Ras l’front (février 2000), il rejette tout amalgame (pourtant possible) entre culture enracinée et nationalisme (« Nous nous fondons sur des valeurs, pas sur la préférence nationale ») et se déclare contre tout « souverainisme » ou « repli identitaire ».

Pour une fois, on laissera la conclusion au Canard enchaîné ‘(13 octobre 1999), qui montre toute l’ambiguïté de ce combat sans doute justifié quant au fond (c’est d’ailleurs là la raison de son succès) : «C’est un paradoxe du combat de Bové et de ses amis : ces croisés de l’antimondialisation «standardisée » vivent dans l’univers le plus préservé du monde, le plus «parc naturel régional» du monde. Bové lui-même a rebâti un plaisant hameau, Montredon, dûment signalé et célébré dans tous les guides qui se respectent. Les restaus de Millau ne parlent que de « ravioles de chèvre» ou de « filets de truite en crépinette », et autre, preuve des duretés de la vie millavoise, dès cinq heures de l’après-midi, des dizaines de deltaplanes s’envolent des hauteurs du causse. Un panorama assez éloigné de “l’horreur ultra-libérale” que décrit notre homme dans son dernier article en date : la dernière page du Monde diplomatique, publication désormais autant citée dans les bistrots du coin que le plus traditionnel Midi libre.»