novembre 2007



[Alain Gresh – Le Monde Diplo – 29/11/2007]
A écouter les journalistes sur les chaînes de radio le mercredi 28 novembre, un fait émergeait : personne ne citait précisément la déclaration israélo-palestinienne adoptée lors de la réunion d’Annapolis. Il était donc bien difficile de se faire une opinion précise, au-delà des envolées émues sur la relance de la paix. Même pour ceux qui, comme moi, pensaient qu’Annapolis allait ressembler à « un village Potemkine » de la paix, la lecture de ce texte est pourtant un choc. Nous nous engageons, affirment Israéliens et Palestiniens dans des négociations vigoureuses, continues et deploierons tous les efforts possibles pour parvenir à un accord avant la fin 2008. Dans ce but, il a été conclu qu’un comité de pilotage mené conjointement par le responsable de la délégation de chaque partie se réunira régulièrement Les deux parties s’engagent aussi à faire appliquer la feuille de route :« Les parties s’engagent également à remplir immédiatement leurs devoirs respectifs édictés par la « feuille de route » sur une solution permanente à deux Etats résolvant le conflit israélo-palestinien telle qu’elle a été mise en place le 30 avril 2003 par le Quartette, et conviennent de former une structure américano-palestino-israélienne, dirigée par les Etats-Unis, destinée à suivre l’application de la Feuille de route. » Mais la feuille de route prévoyait la création d’un Etat palestinien avant la fin 2005 ; pourquoi ce qui a été décidé à l’époque n’a jamais été appliqué ? Pourquoi le serait-il maintenant ?

Mais le plus inquiétant, dans la déclaration commune, c’est l’absence de toute base juridique ou légale aux négociations ; il n’y a aucune référence au droit international ni même à la résolution 242 du Conseil de sécurité et à l’idée d’échange de la paix contre les territoires. Les deux parties s’engagent à « des négociations bilatérales en toute bonne foi ». En toute bonne foi ? Mais que signifie ce terme ? Ehoud Olmert pense, « en toute bonne foi », que Jérusalem, y compris sa partie arabe conquise en 1967, est « territoire israélien » ; il pense « en toute bonne foi », que les grands blocs de colonies doivent être annexés à Israël. Il pense aussi, « en toute bonne foi », que la sécurité des Israéliens est plus importante que celle des Palestiniens.

Une nouvelle exigence est apparue, appuyée par le président Bush dans son discours, la reconnaissance d’Israël comme « un Etat juif ». Comme l’explique Jeff Halper, sur le site Counterpunch, dans un texte intitulé « Israel’s Strategy for Permanent Occupation » ((28 novembre 2007) : (suite…)

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Mission accomplie, l’Empire a réussi à créer une nouvelle base permanente. Le reste du pays peut s’enfoncer dans la violence, les US tiendront les puits de pétrole et au diable le reste…

Les Etats-Unis resteront en Irak
[Le Monde Diplomatique – 30/11/2007]
« US paves way for long-term stay in Iraq » (les Etats-Unis se préparent à rester sur le long terme en Irak », tel est le titre d’un article du Financial Times du 27 novembre écrit par Steve Negus, Demetri Sevastopulo et Andrew Ward. Le quotidien des milieux d’affaires britannique indique que le président Bush et le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki ont signé une déclaration qui prépare à une présence à long terme des troupes américaines en Irak. Ces troupes ont reçu un mandat des Nations unies qui s’achève l’année prochaine. Les deux gouvernements demanderont le prolongement de ce mandat, mais informeront aussi qu’ils négocient un accord bilatéral.

Le général Douglas Lute, le conseiller de la Maison Blanche pour l’Irak et l’Afghanistan, a déclaré que cet accord autoriserait « une présence permanente des troupes américaines et des autres troupes de la coalition, sans mandat des Nations unies ». Remarquons que les pays appartenant à la coalition sont de moins en moins nombreux, que les Britanniques ont retiré la majorité de leurs forces et que la défaite de la droite en Australie ouvre sans doute la voie à un retrait des troupes australiennes.

http://blog.mondediplo.net/2007-11-30-Annapolis-suite-et-sans-doute-fin


[ACRIMED – Marie-Anne Boutoleau et Yves Rebours – vendredi 30 novembre 2007]

Dans les jours qui ont suivi la tenue de la coordination nationale étudiante à Rennes les 10 et 11 novembre derniers, la plupart des médias ont déploré, avec un bel unanimisme, l’accueil qui leur avait été réservé : un « climat de méfiance », un « climat hostile ».

Protestations et condamnations

Ainsi, le 12 novembre, France 3 Bretagne, Le Télégramme, Le Figaro, Libération et Le Nouvel Observateur se mettent au diapason pour dénoncer l’interdiction faite aux journalistes d’entrer dans le bâtiment de Rennes 2 où se tenaient les débats de la coordination. Dans un article intitulé « Médias non grata à Rennes-II », Pierre-Henri Allain correspondant de Libération à Rennes s’interroge gravement : «  Paranoïa ? Posture radicale ?  » Et rapporte : « Pour certains étudiants de la coordination, la presse était manifestement indésirable ce week-end à Rennes. » [1]

Le lendemain, Ouest-France s’y met. Le quotidien régional publie un encart de la rédaction : « Insultes, menaces, interventions pour gêner les interviews, difficultés à couvrir les assemblées générales… A Rennes et à Nantes, des acteurs du mouvement étudiant cherchent à nous empêcher de travailler. Heureusement, une grande majorité d’entre eux n’ont pas cette attitude antidémocratique. Le débat et les critiques sont normaux. [sic] Nous ne laisserons personne influencer nos écrits et nos photos. Nous continuerons à informer, en respectant nos principes professionnels, honnêtement et dans l’indépendance.  »

Le même jour, son principal concurrent dans l’Ouest de la Bretagne, Le Télégramme, publie un « point de vue » d’Hubert Coudurier qui, sous un titre qui dit tout – « Refuser le nihilisme conservateur » – fulmine contre la mobilisation et explique : « La dictature des glandeurs ou des agitateurs qui les empêchent [les étudiants] de travailler apparaît comme la survivance de systèmes totalitaires , incongrus au XXIème siècle. La preuve : les médias sont malvenus dans des réunions où l’on tente désormais d’interdire le vote à bulletins secrets. »

Le 14, le site « indépendant » d’information rennais Rennesinfhonet [2] donne largement la parole aux journalistes. Ceux-ci témoignent anonymement, à l’instar de ce « journaliste d’un grand média national » qui déclare : « C’est une petite minorité d’extrême gauche, même fasciste d’extrême gauche qui cultive la désinformation à des fins de propagande. » « Fasciste d’extrême gauche » ? Rennesinfhonet d’ajouter : « Ce journaliste ne mâche pas ses mots et pourtant il les pèse » ! Plus loin, le site donne la parole à un « localier » qui « tempère » : « Ce n’est pas non plus Bagdad mais quand même… »

Et puis… Le Monde paraît !… Le 17 novembre, dans son édition datée du lendemain, le quotidien vespéral publie un éditorial adossé à un article (et réciproquement) : un sermon solennel contre les acteur des mobilisations sociales, dont nous nous sommes délectés ici même.

Le 20 novembre, l’AFP publie un article de Juliette Collen qui permet de relativiser tous ces cris d’orfraie. Il montre que, dans bien des cas, les rapports entre étudiant(e)s et médias sont beaucoup moins tendus que ne le laissent entendre généralement les journalistes, que ce n’est pas pire que lors du CPE et que bien souvent les journalistes peuvent faire leur travail normalement. Ce sont pourtant des journalistes de France-Info, d’I-télé, de Libération, de France 3 qui témoignent. Autrement dit, les mêmes qui se plaignent de « persécutions » ailleurs !

La suite : http://www.acrimed.org/article2774.html


[Reuters – 30/11/2007]

Un employé de Toyota Motor Corp est mort d’épuisement après avoir fait plus de 106 heures supplémentaires en un seul mois. Un tribunal japonais a confirmé que la mort de cet employé était bien due au surmenage – invalidant ainsi une décision du ministère du travail de ne pas payer de compensation à sa veuve. Le ministre ainsi que Toyota avaient jugés qu’il n’existait pas de preuve d’un lien entre le surménage de l’employé et la cause de son décès.

http://links.reuters.com/r/P65EH/4XZ7M/OJPN2/NFIUF/TM27O/YT/t


En France c’est (presque) pareil, avec la loi Sarkozy qui interdit les rassemblements de plus de trois personnes dans les halls d’entrée…

[Gregoire Seither – IES News Service – 29/11/2007]

Question : quand est-ce qu’une manifestation démocratiquement légitime devient un rassemblement interdit sur la voie publique ? Quand une deuxième personne vient se joindre à la manifestation.

C’est ce que déclare Viktor Shenderovich, journaliste satirique russe qui avait organisé une manifestation solitaire devant le quartier général de la police de Moscour, brandissant une pancarte qui disait « Libérez Garry Kasparov. »

« Puis un agent provocateur, tenant un drapeau rouge à la main, est sorti du commissariat de police et s’est placé à côté de moi, Immédiatement la police, qui se tenait dans une voiture juste à côté, s’est précipité sur moi et m’a arrêté.

Légalement il est permis de protester dans la rue, à condition d’être seul. Il n’est pas nécessaire de déposer une demande d’autorisation et la police n’a pas le droit de vous en empécher.

Par contre, dès qu’on est deux à le faire, cela devient un rassemblement illégal ».

Les autorités russes surveillent de près toute manifestation, fixant à l’avance le nombre personnes pouvant y participer ainsi que le lieu et la date et l’heure de tout manifestation.


[29/11/2007  – L’Expansion.com]

Les candidats républicains à la présidence ont été soumis par CNN au gril de questions vidéo iconoclastes posées par des internautes sur YouTube. Un débat surprenant, parfois dur, mais au final réussi.

«You asked, they will answer » (« Vous avez demandé, ils répondront ») : c’est par ce slogan accrocheur que CNN a introduit le débat très attendu entre candidats républicains organisé hier avec le site communautaire YouTube. « Toutes les questions viennent de vous », insistait l’étoile montante de CNN, Anderson Cooper, chargé d’animer le deuxième exercice «de démocratie directe » du genre (après celui des démocrates en juillet). Le style peu conventionnel et empathique de cet excellent intervieweur, découvert pendant le cyclone Katrina, collait bien avec le format original de l’événement. 5.000 Américains avaient soumis leurs questions par le biais de vidéos sur YouTube, dont une quarantaine avaient été choisies par CNN pour passer à l’antenne.

C’est à contre-cœur que les huit Républicains en course pour la Maison Blanche ont accepté ce rendez-vous imprévisible, repoussé depuis septembre en raison de leurs réticences. Au lieu des interrogations convenues sur l’Irak, la crise de l’immobilier ou l’éducation, les internautes, souvent jeunes, leur ont imposé deux heures de questions précises et décalées: quels seraient les trois programmes publics à sacrifier pour ré-équilibrer les finances publiques ? Faut-il créer une « flat tax » ? Combien d’armes possède chaque candidat ? Que faire pour enrayer la criminalité dans les quartiers noirs ? Si l’avortement devenait illégal, quelle peine pour la femme et son médecin ? Quelles tortures tolérer pour les présumés terroristes? Ainsi que ces deux perles qui n’ont pas manqué de déstabiliser les participants : Faut-il croire chaque mot de la Bible ? Que dirait Jésus de la peine de mort ?

Les candidats ont souvent tenté de masquer leur embarras en se livrant entre eux à des attaques encore plus personnelles et frontales que d’habitude, notamment sur le sujet brûlant des clandestins. Une agressivité également justifiée par le fait qu’à un mois du premier vote des militants dans l’Iowa, le camp républicain n’a toujours pas de leader incontesté. La bagarre pour départager les prétendants fait donc rage…

Au delà du débat CNN-YouTube, tous les sites sociaux tentent d’intéresser leur public jeune à la présidentielle. MySpace organise, avec MTV, des débats avec les candidats comme le Républicain John McCain le 3 décembre. Et FaceBook vient d’annoncer un partenariat avec ABC pour permettre à ses 56 millions de membres d’exprimer leur soutien à leur candidat favori et leur point de vue sur la campagne.

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high-tech/cnn-et-youtube-cassent-le-moule-du-debat-politique-aux-etats-unis_134789.html 


[Sébastien Fontenelle – 29/11/2007]

(…) klaxonner la voix des maîtres du pays, pour l’anticiper au besoin – et quand deux gamins crèvent dans leurs banlieues, pour ne pas questionner, surtout, la « version policière », un peu comme si le seul fait de l’interroger valait crime de lèse-forces de l’ordre.

Mais quant à nous, camarades?

Est-ce que nous ne savons pas, depuis 2005 et la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, qu’en de telles tragédies la parole officielle n’est (certes) pas d’évangile?

2005, ce n’est pas vieux: et nous n’avons certainement pas oublié qu’alors, un homme qui était, comme disait la presse, « le premier flic de France », Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, a vite présenté, c’était la version policière à son plus haut niveau, Zyed et Bouna, morts, comme des cambrioleurs – et ce n’était pas vrai (2).

(…) En sorte que deux ans plus tard, quand de nouveau deux gamins crèvent dans l’une de ces banlieues où rien n’a changé (3), nous nous sentons assez fondés à vérifier deux fois la version officielle, avant que de l’applaudir: non parce que la vérité serait ailleurs, comme dans une série conspirationniste, mais parce que nous avons retenu que Nicolas Sarkozy avait, par son empressement de novembre 2005, un peu discrédité la parole des autorités.

Or donc.

La version autorisée de la « collision » de Villiers-le-Bel, telle qu’elle fut d’abord diffusée par la presse, mentionnait, rappelle-toi, qu’une « voiture de police » avait été « heurtée sur l’aile gauche » par la moto des gamins, Laramy et Mouhsin – mais dans le même temps un journaliste de l’AFP observait sur la voiture « des traces » d’un violent « choc frontal ».

Et là, nous nous sommes, c’est vrai, demandé, au risque du complotisme, si cette voiture, percutée sur l’aile gauche, n’aurait pas dû porter des traces d’un violent choc sur l’aile gauche, plutôt que d’un violent choc frontal?

Mais cette question, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) se l’est aussi posée – puisqu’elle a très vite répondu, « en se fondant notamment sur le témoignage d’un major pompier présent sur les lieux » (4), que la voiture avait « subi des dégradations à coups de barre de fer après l’accident ».

Cette première évolution de la version policière n’est pas (du tout) anodine: elle montre que l’IGPN a voulu trouver ailleurs que dans la collision une explication aux traces de violent choc frontal relevées par le mec de l’AFP.

Un peu comme si l’IGPN doutait qu’une collision sur l’aile gauche puisse laisser de telles traces.
La suite, géniale comme toujours, sur Vive Le Feu ! (blog indispensable) :

http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/archive/2007/11/29/un-temoignage-precis-et-concordant-mais-par-essence-fragile.html

(suite…)

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