LA BASE DE DONNÉES WHOIS POURRAIT DISPARAÎTRE
[Gregor Seither – IES News Service – 29/10/2007]

Véritable institution d’Internet, la base de données WHOIS (http://www.afnic.fr/outils/whois) pourrait bien disparaître si une proposition étudiée demain Mercredi devant le conseil de l’ICANN est adoptée. Les avocats de la vie privée trouvent qu’elle fournit trop d’informations tandis que les avocats du « kitétoi » veulent conserver le seul outil permettant de savoir à qui on a à faire sur lé réseau.

Annuaire des noms de domaine sur Internet, la base de données Whois contient les informations telles que les noms et numéros de téléphone des personnes ayant enregistré un nom de domaine, le serveur sur lequel réside la page d’accueil du domaine, le registrar etc. Librement accessible sur Internet, cette base de données permet à quiconque de savoir qui se cache derrière un nom de domaine.

La police, les avocats dans le domaine du copyright ou encore les journalistes et les spammeurs s’en servent quotidiennement. « La base de données WHOIS est indéniablement le meilleur outil dont nous disposons pour savoir à qui nous avons à faire sur Internet » explique Marc Bohannon, avocat pour la Software and Information Industry Association. « Même si la personne ayant déposé le nom de domaine a fourni un faux nom et adresse, on peut au minimum remonter jusqu’à son contact technique et à l’adresse de son serveur, ce qui permet déjà d’aller très loin dans le pistage. Et c’est bien plus rapide et moins cher que d’envoyer des lettres recommandées ou demander à un juge le droit d’aller consulter les logs – quand il s’agit d’un pirate logiciel par exemple« .
Mais aujourd’hui, un groupe de défenseur de la vie privée propose de faire disparaître cette base de données, car il estime que les propriétaire de noms de domaine ne disposent de pas assez d’options quand ils s’enregistrent – par exemple ils ne peuvent pas désigner des tierces parties pour la gestion de leur domaine.

Pour Ross Rader, membre de l’agence de gestion des noms de domaine sur Internet (ICANN) et principal pourfendeur de la base WHOIS, « il n’est pas normal que des gens soient obligés de divulguer publiquement des informations personnelles telles que leur nom, prénom, numéro de téléphone et adresse mail simplement pour avoir le droit de posséder un site Web. »

La proposition de fermeture de la base (désignée par le nom de code « sunset » – coucher de soleil) doit être examinée par l’ICANN, ce mercredi. Si elle devait être adoptée, elle pourrait bien causer un immense chaos sur Internet. Mais, en proposant une mesure aussi radicale, les défenseurs de la vie privée sur Internet veulent aussi montrer leur exaspération face au blocage de ce dossier depuis six ans, dans les négociations de l’ICANN.

Pour Ross Rader, « les négociations n’avancent pas parce que la plupart des gens chez ICANN se satisfont de ce statu quo bancal qui leur permet de continuer à exploiter les informations de la base. Le respect de la vie privée n’est pas leur tasse de thé. »

Cadre dirigeant chez Tucows Inc., société d’enregistrement de noms de domaine sur Internet, Ross Rader explique qu’il n’est pas opposé à la base de données WHOIS en tant que tel, mais qu’il veut forcer toutes les parties concernées à réparer un système défectueux. « Si nous faisons sauter la base, tout le monde devra réagir et on va enfin sortir du statu quo. Cela vous obliger tout le monde a être dans le même bateau et à négocier cartes sur table. »

Pour Marilyn Cade, ancien cadre chez AT&T et conseil légal dans les domaines liés à Internet, la « proposition sunset » est une absurdité. « Ces gens là ont passé de longues heures à étudier la question, à réfléchir à des solutions et ils ont fini par se convaincre qu’ils sont les seuls à savoir ce qui est bien pour le réseau. Mais ils n’ont pas le monopole des bonnes solutions et il y a de nombreux faits qui contredisent leur proposition. « Sunset » n’est rien d’autre qu’une hyper-réaction émotionnelle qui a fini par se figer dans une proposition de réforme. Elle sera probablement rejetée. »

Cade n’est pas non plus satisfaite du statu quo actuel. « Aujourd’hui les utilisateurs sur Internet ne sont plus des organisations établies comme au début du réseau, lors de la fondation de WHOIS. Aujourd’hui les utilisateurs veulent plus de protection de leur vie privée, voire même veulent pouvoir bénéficier de l’anonymat. De plus, nous sommes en conflit avec certaines législations nationales et supra-nationales, comme par exemple le lois communautaires en Europe. »

Pour Vint Cerf, président de l’ICANN, « le débat se focalise plus autour de la question « Qui a le droit de consulter cette information ? » Nous devons concilier deux choses : fournir une information fiable à ceux qui en ont légitimement besoin et en même temps protéger la vie privée des gens« .

Pour l’instant, les personnes voulant enregistrer un nom de domaine doivent fournir leur pré,nom, nom, organisation, adresse postale et électronique ainsi qu’un numéro de téléphone.

En Mars dernier l’ICANN avait envisagé d’autoriser les enregistrement de noms de domaine au nom de tiers – ce qui permettrait à une entreprise « d’héberger » un nom de domaine qui appartiendrait en fait à une autre personne. Mais le groupe de travail sur cette question s’est retrouvé bloqué sur la question de la mise en place et la gestion de cette mesure :

« Un certain nombre de parties impliquées dans la discussion n’arrivait pas à se mettre d’accord sur le fait qu’il puisse y avoir des usages légitimes de la base de données WHOIS » explique Margie Milam, membre du groupe et conseil légal de la société de protection des droits des marques MarkMonitor.

Si la proposition « Sunset » est adoptée, les entreprises enregistrantes n’auraient plus à fournir d’informations à la base WHOIS dès janvier 2008. « Ce serait un choc immense pour tout le monde, et les réactions seraient rapides et immédiates » explique Milton Mueller, professeur de droit à la Syracuse University et membre du groupe de travail WHOIS. « Je pense que la menace d’une disparition de la base WHOIS va forcer tout le monde à se mettre d’accord rapidement sur une solution efficace et satisfaisante« .