[Gregor Seither – IES News Service – 24/10/2007]

La « liste des personnes suspectes de terrorisme » maintenue par le gouvernement des Etats-unis dépasse désormais les 755 000 noms, auxquels viennent s’ajouter les listes des « interdits de vol » de la TSA et celles des différents organes de police… en tout et pour tout, l’agence anti-terroriste aux USA a près d’un million de personnes dans le collimateur.

Bourrée d’erreurs, source de centaines de milliers de déni de justice et d’atteintes aux libertés, la liste doit encore être étendue… Et le FBI veut qu’elle puisse être consultée par des patrons d’entreprise, des banques, des agences de crédit, des loueurs de voitures….

Cette liste, utilisée généralement pour vérifier les noms des personnes désirant entrer aux Etats-unis via les passages frontières, ports et aéroports, a augmenté d’environ 200 000 noms par an, depuis 2004. Certains avocats, experts en sécurité et défenseurs des droits civiques lancent un cri d’alarme : outre le fait que cette liste est trop volumineuse pour être d’une quelconque d’utilité, elle risque de plonger de nombreux innocents dans un univers kafkaïen duquel il sera très difficile de sortir.

« N‘oublions pas que les établissement bancaires, certains employeurs travaillant dans des domaines sensibles ainsi que certaines administrations peuvent consulter cette liste. Vous risquez de ne pouvoir emprunter de l’argent à une banque, acheter une voiture, trouver du travail ou prendre l’avion simplement parce qu’un homonyme à vous se trouve sur la liste. Le simple volume de cette liste fourre-tout le décrédibilise totalement » explique Lisa Graves du Center for National Security Studies. « Quelle que soit l’étude consultée, il n’existe aucune justification rationnelle pour une estimation aussi haute du nombre de terroristes potentiels dans notre pays. C’est absurde ! »

Le Government Accountability Office (GAO) dénonce le fait qu’il soit si difficile de connaître le nombre exact de personnes inscrites sur cette liste, mise en place après le 9 septembre 2001 pour aider la lutte contre le terrorisme en interdisant à certaines personnes l’accès aux Etats-unis . Certaines personnes y figurent peut-être plusieurs fois, à cause de variations dans l’écriture de leur nom. D’autres personnes sont victimes d’un homonyme ou tout simplement d’une erreur de transcription.

Le Sénateur Démocrate conservateur Joe Lieberman, qui préside le comité de supervision du Homeland Security au Sénat des US, a annonce une commission d’enquête car « si nous voulons que cette liste serve à protéger notre pays, elle doit éliminer tous les obstacles à son efficacité : or la croissance rapide de la liste nous amène à poser des questions sur la qualité des informations qu’elle contient. »

Depuis 2004, selon le GAO, au moins 53 000 personnes figurant sur cette liste ont été interceptés et interrogés lors de leur entrée aux Etats-unis- et il semblerait que la majorité ait été relâchée et autorisée à entrer au pays. Mais le département Homeland Security ne publie pas de statistiques sur le nombre de personnes interceptées qui ont été relâchées.

Leonard Boyle, directeur du FBI Terrorist Screening Center, qui est chargé de la mise à jour de la liste, a déclaré devant la commission du Sénat que, au cours de l’année 2006, un total de 269 s’est vu refuser l’accès aux Etats-unis sur la base de cette liste.

Boyle a également critiqué le fait que la Transportation Security Administration (TSA) est incapable de recouper sa propre liste « d’interdits de vol » avec celle, plus vaste, des suspects de terrorisme. En conséquence, certaines personnes fichées ont pu prendre l’avion sur des vols vers les Etats-unis. Ces vols ont été détournés quand il est apparu que des personnes figurant sur la liste du FBI s’y trouvaient.

Enfin, Boyle recommande que les entreprises du secteur privé puissent avoir un accès facilité à cette liste, notamment dans des secteurs ou des personnes malveillantes pourraient se faire embaucher et causer des dégats. « Il y a des entreprises qui doivent pouvoir filtrer leurs embauches, car elles sont dans des secteurs où leurs employés sont en mesure de perpétrer des attaques contre notre infrastructure vitale qui pourraient porter atteinte à un grand nombre de personnes ou bien causer un dommage économique immense. »

Mais la totalité des experts en sécurité interrogés sont inquiets devant cette mise en public de la liste des suspects. Le risque d’erreur dépasse de loin l’avantage espéré.

« La liste a dépassé le million de noms, cela veut dire que la vie, la carrière, le travail, l’accès aux soins et aux services de millions de citoyens de notre pays est suspendu à une liste mal faite, mal renseignée, mal entretenue et bourrée d’erreurs, d’homonymes et de malentendus juridiques. Par exemple, nous y avons trouvé les noms de personnes victimes de viol, fichées comme étant le violeur. Une personne qui a été blessée lors d’un attentat à Paris est fichée comme étant impliquée dans l’organisation de l’attentat… c’est du n’importe quoi. Cette liste ne sert à rien. » explique Tim Sparapani de la American Civil Liberties Union.