Une lectrice nous écrit, furax (elle a du voter Sarko) : « Et Chirac, hein ? Vous fouillez dans la vie de l’actuel Président mais vous ignorez les constantes escapades du Grand Sympatoche »…

Non, on ignore pas, on s’en fout, c’est tout… mais c’est vrai que, dans l’affaire des coucheries de Jacques Chirac, la presse avait déjà apporté la preuve de sa servilité et de sa veulerie. Mais – contrairement à l’affaire Sarko – avec Chirac on a quand même eu, en 2001, un bouquin d’anthologie : 25 ans avec lui, le chauffeur de Chirac parle (Ramsay) par le désappointé Jean-Claude Laumond, chauffeur et compagnon de virées de notre Jacquot, finalement viré par la « vieille ».

Quelques morceaux choisis – je dois avouer que l’idée de Chirac couchant avec cette distilleuse de venins qu’était Marie-France Garaud me donne des frissons de malaise… Mais Claudia Cardinale, là je dis chapeau ! Surtout pour un éjaculateur précoce !

On a dit, paraît-il, de Goethe qu’il avait quatre types de maîtresses : le tout-venant, étreintes anonymes dans les auberges ; les femmes célèbres, celles au bras desquelles il fait bon être vu, ou qu’on se flatte d’avoir couchées sur sa liste ; les muses, avec lesquelles le sexuel, quand il existe, est moins important que l’intellectuel ; et les passions enfin, sans lesquelles un poète ne saurait souffrir, donc exister.

Chirac a eu, jusqu’à l’écoeurement, le tout venant.Les militantes du parti, les secrétaires de l’organisation, toutes celles avec lesquelles il passait cinq minutes affairées au sixième étage du 123 rue de Lille, redescendant l’oeil vif et les chaussettes tirebouchonnées.

Je me suis toujours demandé s’il prenait le temps de renfourner, comme il en avait toujours l’habitude, sa chemise dans son slip. Une plaisanterie courait parmi le personnel féminin de la rue de Lille : « Chirac ? Trois minutes, douche comprise ! »

Il a connu, comme on dit dans la Bible, des actrices, italiennes (Claudia Cardinale ?) ou autres, des journalistes, dont certaines ont fait d’intéressantes carrières (Elisabeth Friederich ? Francoise Varenne ? Anne Fulda ?), car l’homme a la reconnaissance du ventre. Bref, des femmes dont il est flatteur d’être dit l’amant, puisqu’elles font l’envie du petit peuple.

Marie-France GaraudAvec Marie-France Garaud, il a eu la Muse définitive, celle qui vous propulse vers la gloire, celle pour laquelle on se transcende. Une relation à la fois maternelle et amoureuse.

Et quelques passions, raisonnablement destructrices, qui ont bien failli désorienter sa carrière.

Heureusement, Bernadette veillait.

L’érotisme et la mort, dit-on, sont liés. Bernadette, elle a choisi la mort. Sa carrière sensuelle s’est arrêtée à la production de ses enfants. Inutile de lui prêter des aventures avec tel ou tel des sbires dont elle avait affecté son mari : pourquoi vouloir du mal à ces pauvres gens ?

Elle n’est intervenue, à ma connaissance, que trois fois dans les aventures extraconjugales de son héros. Deux fois au moins, elle a tué.

Qui se rappelle telle ministre, « jeune louve » au profil délicat ? (Anne-Marie Couderc ? Michelle Aliot-Marie ?) Elle eut pour le Grand une passion aveugle, menaçante. On se chargea de prévenir le mari, de lui fournir des pièces à conviction, d’étayer le dossier de sa procédure de divorce afin qu’il obtienne une séparation « aux tords », et la garde de ses enfants.

Mais qui ne se souvient de cette conseillère de Paris, mère de famille nombreuse, fine et racée ? (Panafieu ?) « Vous me prenez pour une conne ! » lança devant moi Bernadette à un Jacques Chirac dépassé. « Vous ne serez jamais président si je ne suis pas avec vous ! » Je compris ce jour-là que les choses étaient allées très loin – jusqu’aux marches du divorce.

Et puis il y eu celles qui ont résisté. Ainsi, le chef avait jeté son dévolu sur une secrétaire qui trouva intelligent de rester fidèle à son mari. Elle fut harcelée, traitée de « dingue », selon le mot maison, et acculée à la démission.
(Vingt-cinq ans avec lui, Le repos du guerrier, p. 127-129.)