« LES JOURNAUX ATTENDENT LA PERMISSION DE L’ELYSÉE », si, si, vous avez bien lu !Si les journalistes n’ont pas les couilles de parler de ce genre d’information mineure sans l’aval du pouvoir, est ce que vous pensez vraiment qu’il auront le courage de parler de sujets plus embarassants et plus sérieux ? Aujourd’hui on a même plus besoin de censure et de Peyrefite, le contrôle des médias fonctionne tout seul… et comme en plus « les grands patrons de presse sont tous amis du Président »….La prochaine fois qu’un journaliste français vous parle de « liberté de presse » et de « quatrième pouvoir », riez-lui au nez et bottez lui les fesses !

[Olivier Bonnet – Agoravox – 11/10/2007]

Trois semaines que Cécilia Sarkozy aurait quitté son président de mari, à en croire la presse suisse ! La Tribune de Genève et 24 heures ont publié cette nuit le même article, à une phrase près. Le premier journal ajoute une information du Canard enchaîné d’hier : que le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, « a fait chercher dans les annales quels sont les présidents français ou étrangers qui ont divorcé » en cours de mandat.

Pour le reste, le texte est identique, qui démarre en boulet de canon : « La presse hexagonale est prête à officialiser la séparation du couple présidentiel. Les rédactions sont dans les starting-blocks. Les journalistes attendent un communiqué de l’Elysée ou une déclaration de Cécilia Sarkozy pour faire leurs gros titres.

« Les pages sont déjà montées », confirme le rédacteur en chef d’un grand magazine. » La Tribune est plus explicite encore dans la légende de la photo illustrant le papier : « Cécilia et Nicolas Sarkozy ne vivent plus ensemble. Les journaux attendent la permission de l’Elysée pour annoncer leur séparation.« 

Conclusion identique dans les deux médias : « Les ennuis de couple présidentiel ne sont plus du domaine de la sphère privée. Pourtant, la presse française ne sait toujours pas comment les aborder. Une question d’éthique ? Pas seulement. Les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas. Cécilia et Nicolas Sarkozy ne vivent plus sous le même toit. Est-ce suffisant pour pouvoir parler de séparation ? Quelques journaux commencent à s’y aventurer. Beaucoup attendent une « permission » élyséenne pour pouvoir l’écrire. D’autres spéculent encore sur un nouveau rabibochage de dernière minute. »

En France, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, s’offusquait lundi dans les colonnes de son journal, dans un éditorial titré Cécilia, la rumeur et l’internet.

Sa thèse : les journaux sont sérieux, donc ils ne parlent pas d’une rumeur, au contraire des blogueurs, qui devraient avoir honte de la colporter. Un peu court : s’il n’est pas avéré que la rupture soit définitive, est-il interdit d’en faire état ? On peut objecter que l’information serait sans importance – c’est évidemment ce que prétendent les sarkozystes, sur l’air indigné du « c’est leur vie privée, ne fouillez pas dans les poubelles ».

Mauvaise foi : qui a constamment mis en scène sa famille, s’étalant en sa compagnie dans la presse people ? Qui met sans cesse en avant sa femme, allant même jusqu’à la dépêcher en mission officielle en Lybie, s’extasiant ensuite à plusieurs reprises de son travail « remarquable » ? De cela, on aurait le droit de parler, et l’on en est d’ailleurs abreuvé dans tous les médias, mais silenzio stampa dès que le couple ne correspond plus à l’image idyllique que Sarkozy veut en donner ? De qui se moque-t-on ?

Et si les protestations de Joffrin, mettant la déontologie journalistique en avant, n’étaient qu’une pitoyable tentative de cacher la vérité : que les médias français tremblent de froisser le locataire de l’Elysée et s’autocensurent tant que celui-ci ne leur donne pas le feu vert ? Est-ce ainsi que doit se concevoir une information libre ?

 

Jean-Marc Lech, président d’Ipsos évoquait l’information sur BFM, où il a été interviewé le 10 octobre par Hedwige Chevrillon.

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30197