De toute façon, aller à la manif, c’est comme aller à la messe. On se sent bien, on a l’impression qu’on a fait quelque chose, on arrive à s’endormir le soir. Mais ca ne change pas grand chose à la situation de la repression en Birmanie. Si vous voulez aider les Birmans à lutter contre la répression, allez faire un blocus de la tour TOTAL à La Défense.

Dans la logique de la thèse défendue dans son livre l’Imperialisme humanitaire (Aden), Jean Bricmont avec la rigueur intelletuelle qu’on lui connait refuse de se rendre à la manifestation contre la répression en Birmanie. Je dois dire que je partage son point de vue, tant que les mêmes feront silence sur ce qui se prépare en Iran, sur ce qui s’est recemment passé au Pérou, acceptent l’innomable en Palestine, et justifient quasiment le blocus sur Cuba, il n’est pas question de cautionner leurs opérations politiciennes. Comme le démontre Bricmont dans son livre le pire est l’intervention occidentale sous des prétextes humanitaires. (Danielle Bleitrach)

Jean Bricmont : (….) A partir du moment où une “cause” est soutenue par les Etats-Unis, et par tous les médias des pays occidentaux, comme celle-ci, ou, dans le temps, les rebelles afghans (à l’époque soviétique) , Solidarnosc, les Kurdes en Irak ou les Kosovars, elle n’a pas besoin de l’aide de ma modeste personne. Je préfère réserver mon temps et mes efforts à des causes que les grandes puissances ne soutiennent pas : les Palestiniens, l’opposition libanaise, les Irakiens, et le droit pour l’Iran à l’énergie nucléaire.

3. Je pense que ce serait une excellente “initiative citoyenne” de boycotter délibérément les manifestations auxquelles nous invitent nos médias. Quand on voit la quantité de manipulations auxquels ils se livrent, jouant sur les bons sentiments pour nous faire adhérer à l’agenda occidental du moment, la vraie résistance consiste par commencer en leur disant : Non.

Par “manipulation” je ne veux pas dire que la situation n’est pas terrible en Birmanie, mais la question des priorités se pose. Pourquoi focalisent-ils leur attention sur la Birmanie, dont nous ne sommes pas responsables, et pas sur l’Irak, qui est la plus grande catastrophe humanitaire de notre temps (d’après les rappport les plus récents, un million de morts, trois à quatre millions de réfugiés), et dont nos alliés américains sont directement responsables ? A quand une manif pour demander que les Américians se retirent du Moyen Orient, cessent leurs menaces contre l’Iran et leur soutien à Israël ? On peut être certain qu’aucun média ne serait favorable à celle-ci. Et, étant donné les rapports de force, dans lesquels la soumission intellectuelle des progressistes à l’agenda médiatique joue un grand rôle, personne ne se risquerait à organiser une telle manif. Pourtant, en étant dirigée contre nos alliés et pas contre nos “ennemis” (la Chine), elle aurait au moins le mérite de l’honnêteté.

Jean Bricmont le vendredi 28 septembre 2007 à 08h24.