Les Suisses repus et confortables se suicident, les Palestiniens de Gaza et les Irakiens bombardés de Bagdad se cramponnent…Souvenez-vous de « Soleil Vert » et des « Portes du Départ »… ou des « Grands Voyages » dans « Les Enfants de l’Homme »… quand une société ne sait plus répondre aux attentes de ses citoyens devenus inutiles, elle les incite à prendre la porte.

[24 heures – Suisses – 26/09/2007]

La plupart des médias ont fort justement loué la mémoire du philosophe André Gorz et celle de sa femme Dorine – atteinte d’un mal irréversible – qui ont décidé lundi de terminer ensemble leur vie. L’écrivain et journaliste Jean Daniel – qui a fondé l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur avec Gorz – a résumé cette émotion générale en évoquant «l’écrasante beauté d’une communion dans le suicide de deux amoureux octogénaires.»

Cet amour absolu, André Gorz, comme l’a souligné Libération hier, en avait dévoilé l’intense lumière à la fin de son livre ultime, Lettres à D., une ode à Dorine: Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.

La Suisse particulièrement concernée

Il y a une semaine à peine, un autre suicide retenait l’attention des médias: celui de Maïa Simon. Frappée par une maladie incurable, l’actrice française a décidé de mettre fin à ses jours à Zurich. A cette occasion également, son courage a été salué.

Rendre hommage à ces belles figures humaines et à leur lucidité ne doit pas pour autant occulter la détresse insondable qui atteint la plupart des femmes et des hommes qui décident «d’en finir». La mise en valeur médiatique de la «beauté» de ce geste cache la douleur qui l’a provoqué. Et la Suisse est particulièrement touchée, puisqu’elle figure au sixième rang dans les statistiques mondiales du suicide. Selon l’Office fédéral de la santé publique, 1300 à 1400 personnes se donnent la mort chaque année dans notre pays. Le suicide est devenu la première cause de mortalité pour les hommes âgés de 15 à 44 ans.

Dans un domaine qui touche au tréfonds de l’être humain, il est malaisé de savoir ce qui induit un individu à se supprimer. Mais le poids de la solitude, le sentiment d’abandon, l’absence de relations denses, l’impression que plus aucune alternative ne s’offre, font parties des explications, comme le suggère cette autre statistique de l’Office fédéral de la santé publique. En effet, les femmes et hommes n’ayant ni compagne, ni compagnon présentent un risque de suicide 1,5 à 2 fois supérieur à celui des personnes vivant en couple.

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