On est encore en République là ? A lire la presse, j’ai l’impression d’être chez Ceaucescu ou en Corée du Nord. Le Conducator et sa famille, qui régentent tout en plaçant leurs copains courtisans…. et utilisent les pouvoirs de police pour faire leur petit flicage interne. Sarkozy avait déjà la presse à sa botte, maintenant c’est le tour des magistrats

ENTRE GAFFES ET MENACES, LES MANIES DE DATI
[Dominique Simonot – Le Canard Enchaîné – Mercredi 05/09/07]
L’hécatombe continue. Encore deux de ses conseillers vidés, après la démission de son chef de cabinet Michel Marquer … Trois de chute en une semaine! Et sept en trois mois. Officiellement, le chef de cab’ de Dati rejoint « un haut poste au ministère de l’Intérieur ». Officieusement, il en a plus que marre. « Il a du caractère, il a encaissé, mais il y a des limites, confie un député de la majorité. Se faire hurler dessus du matin au soir  »Vous n’êtes pas à la hauteur », ça lasse, évidemment. »

« Dati n’accepte au¬cune contradiction et c’est toujours la faute des autres. » La semaine dernière, donc, Jacques Carrère, magistrat chargé de l’organisation judiciaire, est convoqué par le directeur de cabinet. Il a droit à la rengaine: « Vous n’êtes pas fait pour ce boulot, vous le savez? Vous n’êtes pas à la hauteur. » Dehors!

Vendredi 31 août, c’est au tour de Valérie Bonnard, responsable du budget. Pas à la hauteur, non plus. Et la délicieuse appréciation s’agrémente de menaces: « Inutile de revenir lundi, et, si vous l’ouvrez, on se charge de faire savoir que vous êtes une bonne à rien ! » Du coup, rares sont ceux qui osent l’ouvrir: « Attention, on est tous branchés, tous sur écoute », dit, avant de raccrocher, un magistrat de la Chancellerie. « Dati est hyper¬protégée. Sachez l’adage, rigole un élu UMP: lui déplaire, c’est déplaire à Nicolas et, pire encore, à Cécilia, à qui elle cafte en permanence! Elle lui rapportait déjà tout quand Sarkozy était à l’Intérieur et que Cécilia avait disparu de la circulation. »

PROCÈS STALINIEN

Quand on a la main, ce serait dommage de la perdre. Et hop, une autre convocation en urgence, la même semaine. Celle du vice-procureur de Nancy, Philippe Nativel, qui a eu le culot de ne pas requérir une peine plancher lors d’une audience, le 27 août. La loi le lui permettait pourtant, mais aucune importance. Affront suprême, il aurait ajouté, ce qu’il nie : « Les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir. » Chez les magistrats, c’est la stupéfaction: la loi veut en effet que « la parole soit libre à l’audience ». L’émotion est telle que Philippe Nativel se rend, le 29 août, à la Chancellerie, accompagné de ses deux supérieurs et de deux membres de l’Union syndicale des magistrats (USM). Il veut s’expliquer. Il va comparaître.

Autour de la table, le directeur des services judiciaires, une greffière et le directeur adjoint de cabinet, Stéphane Noël. « C’était un véritable interrogatoire enregistré par la greffière sur procès-verbal ! Nous étions sidérés. Un vrai procès stalinien », enrage Laurent Bedouet, de l’USM. Les syndicalistes s’énervent: «Nous avons fait un scandale: c’est quoi ce PV ? » Réponse du directeur des services: « Je le transmets à la garde des Sceaux, qui décidera des suites. » Traité en « délinquant », le procureur n’en a même pas eu la copie …

Au point que le président de la Conférence des procureurs – pas vraiment un rebelle – dénonce d’une plume furieuse un incident « d’une importance gravissime ».« Une tentative de verrouillage de nos collègues », renchérit la présidente du tribunal de Nancy. Quant à la présence du directeur adjoint de cabinet à cet interrogatoire, c’est un pied de nez à la séparation des pouvoirs. Un peu comme si la ministre de la Justice assistait à une comparution chez un juge d’instruction. Une bourde de plus. A quand la prochaine?