Colin Powell présentant une “preuve” que Saddam Hussein détient des armes nucléaires. Powell avouera plus tard que ce tube qu’il brandit n’est qu’un accessoire qui ne contient que de l’eau.COLIN POWELL : LA BOMBE A RETARDEMENT QUI FAIT TIC-TAC AU COEUR DE LA MAISON BLANCHE
[IES NEWS SERVICE – 09/08/2007]

Parmi tous les experts dont l’Administration Bush a ignoré les conseils – avec les conséquence désastreuses qu’on connaît – lors de la préparation de l’invasion de l’Irak, Colin Powell est celui qui est resté le plus stoïque et silencieux, refusant de participer au choeur des critiques qui pointent du doigt la mauvaise préparation et les graves erreurs stratégiques qui ont abouti à plonger l’Amérique dans un bourbier sanglant.

Mais un article paru Jeudi dernier dans le magazine SALON suggère que ce silence pourrait être rompu prochainement – au pire moment pour une Administration qui peine à annoncer des résultats positifs suite à l’envoi de troupes supplémentaires au début de l’année. Pour les équipes autour du Président Bush, la peur est réelle de voir soudain la figure imposante de Powell, qui a gardé toute sa popularité auprès du public américain, émerger comme une voix forte et critique vis à vis de la guerre en Irak.

« Powell est une bombe à retardement qui fait tic-tac au coeur de la Maison Blanche, » écrit le célèbre journaliste états-unien Sidney Blumenthal dans SALON. « Il tenait le rôle du Général Petraeus avant que Petraeus n’existe, il était le bon soldat avant qu’on ne parle des bons soldats, il était le stratège de service avant tous les autres. Les équipes autour de George W. Bush ont peur de Powell car il leur renvoie leur mauvaise conscience, leur sentiment de culpabilité vis à vis de la manière dont ils l’ont traité. Powell a été pressé comme un citron, on a exploité sa crédibilité avant de le ruiner et de le jeter par dessus bord. On a ignoré ses avertissements, on a abusé de sa loyauté, et quand Bush a estimé pouvoir se passer de ses services, il l’a mis au rancart comme une vieille chaussette. »

Pour les proches de Powell, le Général n’a toujours pas digéré, 4 ans après, sa prestation infamante du 5 février 2003 devant l’Assemblée des Nations Unies.

Ce jour là Powell avait présenté des « preuves » de la culpabilité de Saddam Hussein. Photos aériennes, Présentations Powerpoint, Schémas… mais le clou du jour fut quand Powell extirpa de sa poche un petit tube qu’il brandit sous le nez des délégués tétanisés. Que contenait ce tube ? Un virus développé dans un laboratoire souterrain irakien ? Du matériau radioactif permettant à Saddam de fabriquer une bombe ? Des cristaux de Zyklon B dont Saddam n’allait pas tarder à bombarder Israël ? Pas du tout, Powell avoua deux ans plus tard que ce petit tube ne contenait que de l’eau et qu’il s’agissait « d’un effet théatral » destiné à renforcer son argumentation. 600 000 personnes sont mortes à cause de petit tube en plastique…. ça c’est de l’arme de destruction massive.

« Il savait à l’époque qu’il mentait, mais il pensait le faire pour une cause noble. Aujourd’hui il réalise que sa prestation sera inscrite dans les Annales du Mensonge et que chaque argument présenté ce jour là s’est avéré être faux. » Le proche conseiller de Powell, Richard Armitage a témoigné à plusieurs reprises que Powell s’est régulièrement révolté contre les scripts que l’on voulait lui faire lire: « Sur les armes de destructions massive, plus d’une fois il s’est énervé contre Rove et Perle en disant, « mais c’est n’importe quoi ça, je vais pas lire ce truc ». Mais il a toujours fini par s’incliner devant les arguments de Bush et de son entourage. Il pensait mentir pour la bonne cause. »

Dans un documentaire récemment présenté à la télévision, « No End in Sight, » trois des anciens assistants de Powell – le chef d’état major Col. Lawrence Wilkerson, son adjoint, Richard Armitage et l’ancienne ambassadrice U.S. Barbara Bodine – critiquent en de termes vifs l’invasion de l’Irak et la gestion catastrophique de l’après-guerre. Ces critiques pourraient préparer le terrain d’une prise de position publique de la part de l’ancien Ministre de la Défense.

Pour Blumenthal, « Ce sont notamment les propos tenus par Armitage qui ont mis la Maison Blanche en rage et lui font craindre qu’elles signalent l’émergence imminente de Powell comme critique de la guerre, juste au moment ou la machine de la propagande tournera à plein régime pour convaincre l’opinion publique de la nécessité d’envoyer encore plus de troupes en Irak. »

Le Conseiller à la sécurité nationale, Stephen Hadley a notamment laissé entendre à la presse que le Président et le Vice-président Cheney sont en colère contre Powell et craignent de le voir surgir sur la place publique. « Ils ont peur de ce que Powell pourrait bien dire, et préparent déjà des scénarios pour contrer une situation qui serait un cauchemar pour les communicants de la Maison Blanche« .