Méchant terroriste achetant des armes sur Second LifeEST-CE QUE LES TERRORISTES UTILISENT SECOND LIFE POUR PRÉPARER LEURS ATTENTATS ?

Comme aux débuts des BBS puis d’Internet, les phantasmes abondent en ce qui concerne l’univers virtuel « Second Life ».

Entre la fondation des Familles de France qui voulait nous faire croire qu’un avatar pouvait se faire violer (j’aimerais bien qu’on m’explique) et le FBI qui nous parlait de casinos clandestins et (gasp !) de baisodromes où l’on pratiquait de la zoophilie (quel effet est ce que cela peut bien faire de sodomiser un mouton électronique en faisant des mouvements répétitifs de sa souris ?).

Et voici que le respectable News Corp en Australie veut nous faire croire que Second Life est devenu un camp d’entraînement pour les terroristes préparant le prochain attentat contre le monde occidental.
Et – comme vous le montre l’image ci-contre – ils n’ont pas peur de mobiliser le 11 Septembre 2001 pour forcer le trait. Mais n’oublions pas que News Corp est la propriété de Murdoch, fidèle manipulateur de cerveaux au profit de la guerre des civilisations du clan Bush.

http://www.news.com.au/story/0,23599,22163811-2,00.html

Degré zéro du journalisme, Natalie O’Brien (qui devrait réviser un peu avant d’écrire sur des choses qu’elle ne connaît pas) nous détaille un certain nombre « d’actions terroristes » commises par des membres de Second Life (y compris par l’avatar de notre compère Yan qui manifeste régulièrement devant le stand virtuel du FN) comme s’il s’agissait de vrais attentats.

Si je dois demander un permis de port d’arme chaque fois que je joue à « Wings ‘n Guns » alors on peut aussi considérer que chaque adolescent boutonneux qui joue à CounterStrike est entrain de faire sa prépa militaire et son stage commando.

Mais Natalie va encore plus loin (toutes les citations sont traduites par Grégoire Seither) :

Il y a un côté obscur de SL. On y trouve des armureries, des endroits où les gens peuvent se procurer des amres, y compris des fusils mitrailleurs et des AK47. Et quand on fait une recherche sur le site Web de SL, on y trouve trois terroristes djihadistes parmi les membres ainsi que deux groupes figurant parmi l’élite du djihad terroriste.

Vous vous rendez compte ! On trouve des armureries sur SecondLife !!! Ben oui, comme dans n’importe quel bled des Etats-unis. Et dans les Wal-Mart des USA, les balles qu’on vous vend font plus de mal que celles des magasins virtuels de SecondLife.

Petite note à l’attention du lecteur : dans le contexte du Web, il faut toujours se méfier d’une phrase du genre « quand on fait une recherche sur le site Web de XXX, on trouve…. » et qui n’est pas immédiatement suivie d’un ou plusieurs URL attestant de la véracité de ce que l’on a trouvé. C’est tellement facile de fournir ses preuves sur le Web, qu’il faut être méfiant quand l’auteur de l’affirmation ne le fait pas.

Quand aux « terroristes djihadistes », je ne savais pas qu’il existait un annuaire du Djihad qui permettait à Mlle O’Brien d’identifier des terroristes parmi les membres de Second Life, mieux encore, de distinguer entre « l’élite du djihad terroriste » et le vulgum pecus barbu, kamikaze à ses heures perdues. Tu peux nous donner l’URL, Natalie ?

Le sensationnalisme et la manipulation sont tellement gros dans cet article, qu’il est difficile de paraphraser :

Ce développement sinistre d’un jeu anodin à première vue fait réagir les experts en terrorisme, qui craignent que Second Life pourrait avoir des ramifications dans le monde réel. Tout comme les terroristes du 11 septembre se sont entraînés au pilotage d’avion sur des simulateur afin de préparer leur attaque meurtrière contre des bâtiments US, les pouvoirs publics australiens pensent que ceux qui ont organisé certaines attaques terroristes sur SecondLife sont en fait des Djihadistes australiens, des petits gars de chez nous qui s’entraînent ainsi pour préparer des attentats contre des vrais cibles.

Traditionnellement, les organisations terroristes comme Al-Qaïda et la Jemaah Islamiah envoient les candidats au djihad s’entraîner dans des camps au Pakistan, en Afghanistan et en Asie du Sud-Est. Mais le renforcement de la lutte contre le terrorisme et la surveillance renforcée par les services de sécurité les gène dans leurs déplacements. Alors ils utilisent des camps d’entraînement virtuels, en ligne, afin de former leurs combattants sans se faire remarquer et inculper. ».

Je ne savais pas qu’ils avaient le haut-débit à Torra Borra ou à Kandahar. Et puis, moi je suis super bon pour flinguer des méchants dans « Medal of Honor », mais alors, quand je vais chasser avec mes cousins solognots, je suis incapable de toucher un sanglier à deux mètres… alors je doute un peu de l’efficacité de « camps virtuels d’entraînement militaire ».

Et bien sûr, tout article visant à susciter la peur ne serait pas complet sans le témoignage d’un « expert », généralement auteur d’un livre :

« Rohan Gunaratna, auteur de l’ouvrage « Inside al-Qaeda », explique qu’il s’agit d’un nouveau phénomène, dont la communauté du renseignement n’a pas encore pris la pleine mesure….’Ils utilisent Second Life pour s’entraîner à commettre leurs attentats terroristes, parce qu’ils n’ont plus les moyens de s’entraîner dans la réalité, sans se faire repérer.”

Comme disait un bloggeur : Seuls les faucons volent, les vrais restent au sol (et sont souvent journalistes).

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