[Editorial – The New York Times – 29/07/07 – Trad. Grégoire Seither]
Le président Bush insiste souvent sur le fait qu’il a le dernier mot pour toutes les décisions — refusant de s’encombrer de l’avis du Congrès des Etats-unis ou de l’opinion publique quand il faut prendre de lourdes décisions sur la guerre, la lutte contre le terrorisme, la torture, ou même des choses plus locales, comme par exemple décider si un simple citoyen en Floride a le droit de laisser mourir sa femme dans la dignité. Mais il semble que cette obligation ne s’applique pas au fonctionnement d’une des institutions les plus vitales pour le gouvernement de notre pays, le Ministère de la Justice.

Cela fait des mois que les citoyens américains attendent que le président Bush renvoie le Ministre Alberto Gonzales, qui a prouvé depuis longtemps sa parfaite incompétence et plus récemment nous a apporté la preuve qu’il est incapable de dire la vérité. M. Bush a refusé de virer Gonzales quand il est apparu que Gonzales avait menti au Congrès et à l’opinion publique en prétendant qu’il n’avait joué aucun rôle dans la purge qui avait vu le renvoi de neuf procureurs fédéraux [NdT : ayant émis des critiques vis à vis de la constitutionalité des actions du gouvernement]. Et le président Bush continue à refuser de se séparer son procureur malgré le fait que le directeur du F.B.I., Robert Mueller, a clairement prouvé que M. Gonzales a menti au Congrès quand il a justifié les opérations de mise sur écoute sans mandat juridique, pratiquées par l’administration Bush.

Mr. Gonzales a répété à deux reprises au Congrès qu’il n’y avait eu aucune voix dissidente pour protester contre la décision du président Bush d’autoriser la National Security Agency à espionner, sans aucun mandat juridique, les conversations téléphoniques et les émails des citoyens américains. Le directeur du F.B.I., Robert Mueller et James Comey, lui-même ancien procureur général, affirment que cette déclaration de Gonzales est fausse. Ils ont déclaré sous serment qu’ils se sont non seulement opposés à cet espionnage, mais qu’ils ont failli en remettre leur démission.

(…) C’est assez clair comme déclaration. Et cela confirme les conclusions auxquelles sont parvenues bon nombre d’Américains : Le ministre Gonzales est plus intéressé par couvrir et occulter les actes illégaux commis par M. Bush que par l’exercice de la justice. Prétendre que le Département de la Justice ne s’est jamais opposé à un programme d’espionnage clairement illégal est au mieux un travestissement de la vérité, au pire un mensonge éhonté. Dans les deux cas la Maison Blanche devrait en tirer les conséquences. Au lieu de cela, elle continue à le défendre.

(…) Les élus du Parti Démocrate demandent la nomination d’un enquêteur spécial pour examiner les actes et les propos de M. Gonzales. L’avocat général Paul Clement tient là une dernière chance d’apporter la preuve que le Département de la Justice est encore en état de fonctionner, en approuvant cette requête et en déclenchant une enquête.

S’il ne le fait pas, alors le Congrès des Etats-unis doit lancer une procédure de destitution contre Alberto Gonzales.

http://www.nytimes.com/2007/07/29/opinion/29sun1.html?_r=1&oref=slogin