[Transcription du discours de la député travailliste britannique Clare Short, ancienne secrétaire d’état au développement international du gouvernement de Tony Blair, le 26 juin 2007 devant le parlement anglais – Trad. Grégoire Seither]

Cela fait de nombreuses années que je m’intéresse avec beaucoup d’attention aux développements au Moyen-Orient, et j’étais tout à fait consciente, avant ma récente visite là-bas, à quel point la situation est mauvaise pour le peuple Palestinien. Néanmoins, j’ai été profondément choquée par l’annexion brutale, systématique et sans la moindre retenue des terres palestiniennes par Israël, par les démolitions arbitraires de maisons palestiniennes et enfin par la création volontaire d’un système d’apartheid dans lequel les Palestiniens sont enfermés dans quatre Bantoustans, encerclés par une muraille contrôlés par de gigantesques checkpoints qui réglementent tous les mouvements palestiniens entrant et sortant de ces ghettos.

Il ne fait aucun doute à quiconque se donne la peine d’observer la situation, que les Israéliens poursuivent une politique visant à s’approprier un maximum de terres et d’en chasser un maximum de Palestiniens. A l’heure qu’il est, Israël s’est approprié 85% des terres qui formaient jadis la Palestine « historique », ne laissant que 15% pour les ghettos palestiniens.

Plus choquant encore est le fait que la communauté internationale, y compris la Grande-Bretagne et l’Union Européenne ne fait rien pour obliger Israël à respecter le droit international – et ce malgré les affirmations répétées de l’Europe qu’elle milite en faveur des droits de l’homme et du respect du droit international.

Face à cette situation, ma conclusion est pessimiste, et la vision même d’une solution à deux-Etats est entrain d’être détruite sous nos yeux. Au lieu d’encourager une solution pacifique et viable, nous laissons faire et permettons la création d’un régime d’apartheid dans lequel les Palestiniens sont regroupés dans des ghettos, utilisés comme main-d’oeuvre bon marché par les colons

La prise de pouvoir par le Hamas à Gaza n’est pas la cause du problème, elle en est la conséquence. Le refus, par la Grande-Bretagne et l’Union Européenne, d’apporter son soutien à l’Autorité Palestinienne suite aux élections qui ont vu la victoire du Hamas ont permis la création de ce problème. Quand les Etats-unis et Israël ont décidé d’armer le Fatah afin de lui permettre de lutter militairement contre le Hamas dans la Bande de Gaza, la prise de pouvoir de ce dernier est devenue inévitable. Aujourd’hui il semble que des efforts sont faits pour fournir des moyens financiers et des incitations au Président Abbas afin qu’il accepte ces monstrueux ghettos comme étant l’Etat Palestinien qui avait été promis. Comme l’a dit l’infatigable militant pour la paix, Uri Avnery, ce que l’Occident tente de faire c’est de transformer Abbas en un Quisling des temps modernes, et cela n’apportera pas la paix.