[The Independent – UK – 24.07.07 – Trad. Grégoire Seither]
Une des constantes de la vie politique américaine est le fait que les actions des hommes et des femmes servant dans l’armée des Etats-unis sont au-delà de toute critique. Tant chez les Démocrates que chez les Républicains, si l’on se permet de critiques les politiques militaires, on n’osera jamais « salir l’uniforme ». Même le très critique Michael Moore reste dans les lignes blanches sur ce sujet. Bien sûr, il y a, ici et là, des cas isolés, des « pommes pourries dans le panier », comme à Abou Ghraib par exemple. Mais dans son ensemble l’armée US en Irak est jugée comme faisant un travail héroïque dans des circonstances difficiles. Il serait suicidaire pour tout politique ou média d’affirmer le contraire.

Cette image d’Epinal va être sérieusement écornée par la publication, dans l’hebdomadaire de gauche états-unien, « The Nation » d’un ensemble d’interviews approfondis avec 50 vétérans de la guerre en Irak, originaires de toutes les couches de la société US. Dans ces interviews, les vétérans décrivent des actes de violence et d’inhumanité dans lesquels des soldats US ont humilié, torturé et tué des irakiens innocents, hommes, femmes et même enfants, en toute impunité.

La série d’articles ne s’attarde pas sur les cas largement connus, comme par exemple le massacre de Haditha, en 2005, mais se concentre plutôt sur une tendance générale des troupes à commettre des violations des droits de l’homme. « Il ne s’agit pas simplement de pointer tel et tel atrocité » explique le soldat spécialisé Garett Reppenhagen, sniper au 263rd Armor Battalion. « Le fait est que, la guerre dans son intégralité est une suite d’atrocités ».

De cette combinaison de récits d’actes bravaches, mêlés aux actes criminels souvent fruits de la panique, émerge l’image d’une armée qui commet de manière routinière des atrocités, de sang froid, sans remords et faisant tout pour les cacher. De nombreux témoignages affirment que la politique standard des officiers commandants est d’accuser des civils innocents, présents sur les lieux, de faire partie de la résistance, afin de masquer le fait que les soldats paniqués ont ouvert le feu sur des civils désarmés.

Les vétérans affirment qu’en de nombreuses occasions les soldats raflent tous les hommes présents sur les lieux d’une attaque, les accusant de faire partie des insurgés, tandis que d’autres déposent des fusils mitrailleurs Kalashnikov AK47 parmi les corps pour faire croire que ce sont des combattants tués au combat. . .

Les pires abus semblent être commis lors de raids sur des maisons privées, quand des soldats traquent des insurgés. Des milliers de ces raids ont lieu chaque semaine, généralement en pleine nuit. Tous les vétérans interrogés mentionnent le fait que, à leur avis, la majorité de ces raids ne servent à rien d’autre qu’à terroriser la population civile… et à générer encore plus de sympathie pour la résistance.

http://news.independent.co.uk/world/americas/article2758829.ece