[Gregor Seither – IES News Service –  27/07/2007]

En Octobre 2006, la chaîne de télévision Al-Arabiya avait diffusé une vidéo qu’elle prétendait avoir reçue de la part de l’organisation « Al Qaïda en Irak ». Sur cette vidéo, un individu masqué se présentait comme étant Abu Omar al-Quraischi al-Hussaini al-Baghdadi, « Commandeur des Croyants » et dirigeant de « l’Etat Islamique Irakien », récemment instauré par Al-Qaïda avec la bénédiction d’Ousama Ben Laden lui-même. Il appelait tous les Djihadistes à s’unir derrière lui pour faire la chasse aux impies, aux croisés et aux juifs.

Le communiqué vidéo avait été amplement repris par les agences de presse occidentales – notamment aux Etats-unis, trop contentes d’y voir l’illustration de ce que l’Administration Bush répétait à longueur de journée : Al-Qaïda est bien implanté en Irak, la guerre contre le terrorisme a toute sa justification à Bagdad, parler de retrait des troupes US est impensable…

Ce ne fut pas la dernière apparition d’Abu Omar – régulièrement des communiqués étaient fournis aux agences de presse occidentales, tous plus alarmants les uns que les autres. Juste avant Noël 2006 il déclarait ainsi que ses « ingénieurs » avaient mis au point la fabrication d’un missile de moyenne portée, nommé « al-Qaida 1 » – missile que nul ne vit jamais voler.

En Février 2007 il annonça avoir crée un gouvernement islamique en Irak, y compris un ministre de la pèche. Tous les membres de ce gouvernement fantôme étaient totalement inconnus, à l’exception de Abu Hamsa al-Muhadschir alias Abu Ajjub al-Masri, qui s’était préalablement autoproclamé « commandeur d’Al-Qaïda à Bagdad ».

Dans la foulée le nouveau « gouvernement islamiste irakien » déclarait la guerre à l’Iran, appellant les « vrais croyants » (Sunnites) à s’unir contre les impies chiites. A cette occasion le « commandeur » Abu Omar avait d’ailleurs ajouté « al-Quraishi » à son nom, afin de faire croire à une filiation avec la lignée des Quraishi, la famille du prophète Mahommet, pedigree cher aux yeux de la communauté Sunnite.

Mis à part la presse occidentale, personne en Irak ne prêtait vraiment attention à ces déclarations. Et à raison : il s’avère en fait que Abu Omar al-Baghdadi n’existe pas. Les vidéos sont fausses, tournées par un acteur irakien.

Comme le relate le journaliste irakien Rahul Mahajan, l’armée US a publié l’interrogatoire de Mahmud al-Mashhadani, soi-disant « cadre d’Al-Qaïda », et qui affirme que Abu Omar al-Baghdadi n’a jamais existé, son personnage étant joué par un acteur et ses communiqués étant totalement fantaisistes.

Si l’armée US en conclut que Al-Qaïda a voulu, en inventant un « leader irakien », cacher le fait que la majorité de ses combattants sont étrangers, les commentateurs irakiens sont plus enclins à voir dans cette fiction la main de la propagande du gouvernement irakien, qui a besoin de l’épouvantail Al-Qaïda pour convaincre les troupes étrangères de rester. Le gouvernement Maliki utilise d’ailleurs régulièrement la menace Al-Qaïda pour justifier son refus du départ des troupes d’occupation.

Pour Khali Sadiq, enseignant à l’université de Bagdad, « dès le lendemain de l’invasion les troupes US et les autorités irakiennes ont fait circuler des fausses informations pour manipuler l’opinion. Certaines de ces informations étaient des montages très élaborés, utilisant des techniques sophistiquées. Les vidéos de Al-Qaïda ressemblent beaucoup à ces montages. »

En mars 2007, le blogeur irakien « Bagdad Burning » avait déjà remarqué que de nombreux graffitis sectaires et vengeurs qui fleurissaient sur les murs de Bagdad et appelaient à la violence interconfessionnelle n’étaient pas écrit par des personnes maîtrisant l’arabe, certains étaient même de toute évidence issues de logiciels de traduction automatique sur Internet.

Un peu auparavant – au plus fort des attentats contre les chiites – la police irakienne avait arrêté des soldats britanniques déguisés en arabes et dont la voiture était bourrée d’armes et d’explosifs. L’armée britannique était intervenue violemment pour libérer leurs camarades, retenus dans un poste de police de Bassrah.