LA NOUVELLE LOI PÉTROLIÈRE, IMPOSÉE PAR LES ETATS-UNIS, EST « L’ÉQUIVALENT D’UN VOL A MAIN ARMÉE » DISENT LES SYNDICATS IRAKIENS ET LES LAURÉATS DU PRIX NOBEL

[IES News Service 09/07/2007]

Le gouvernement irakien s’apprête à voter – sous la pression des forces d’occupation états-uniennes – une loi pétrolière qui permettrait aux compagnies pétrolières occidentales de s’accaparer environ 50% de la production au titre de la « participation au coût de la reconstruction de l’appareil de production ». Pour le principal syndicat des travailleurs du pétrole, il s’agit là « de l’équivalent d’un vol à main armée sur les ressources nationales ».  Cet avis est partagé par six lauréats du Prix Nobel de la Paix, qui ont publié un communiqué dans ce sens.

En Irak, tant dans le camp Sunnite, Chiite et Kurde, la mobilisation s’accroît contre une proposition de loi sur la reconstruction de l’industrie pétrolière, présentée par le gouvernement irakien mais intégralement rédigée par les cabinets conseil à Washington. Cette loi pourrait être soumis au vote du parlement cette semaine. Pour le premier ministre Nouri al-Maliki, cette législation est « la plus importante jamais passée en Irak ».

Le gouvernement U.S. fait pression sur le parlement irakien afin que celui-ci approuve le texte, certains sénateurs et députés Républicains à Washington allant même jusqu’à conditionner le vote des futurs budgets militaires en Irak au vote de cette loi. Mais les critiques, tant en Irak qu’aux Etats-unis affirment que ce texte aurait pour principale conséquence de permettre le dépeçage de l’industrie pétrolière nationale au profit des grands groupes privés occidentaux. Il est probable que les parlementaires Chiites et Sunnites boycotteront la séance consacrée à son vote afin d’en retarder l’adoption.

A l’international, la mobilisation a pris une dimension particulière quand six lauréats du Prix Nobel ont publié une déclaration s’opposant à la législation. Les signataires incluent Betty Williams, Mairead Maguire, Rigoberta Menchu, Jody Williams, Shirin Ebadi et Wangari Maathai. La déclaration dit, entre autres, « La loi pétrolière irakienne profitera avant tout aux entreprises étrangères, au détriment du peuple irakien, privera le peuple irakien de sa sécurité économique, augmentera l’instabilité et éloignera encore plus le pays de la paix et de la stabilité. »

Le mois dernier les travailleurs du secteur pétrolier se sont mis en grève pour protester contre ce projet de loi. Ils ont délégué deux dirigeants pour se rendre aux Etats-unis afin de rencontrer des parlementaires et participer au Forum Social des Etats-unis, qui s’est tenu à Atlanta. Il s’agit de Faleh Abood Umara, secrétaire général de la Fédération irakienne des syndicats de l’industrie pétrolière et de Hashmeya Muhsin Hussein, la présidente du Syndicat irakien des travailleurs de l’électricité, première femme à jamais avoir dirigé un syndicat en Irak.

Pour ces syndicalistes, invités de l’émission de télévision ‘Democracy Now! » de Amy Goodman, « le point le plus important dans nos revendications est de bloquer la tentative du gouvernement irakien en place de passer en force avec cette nouvelle loi pétrolière. Ce loi ne sert pas les intérêts du peuple irakien. Nous sommes donc venu demander à nos amis aux Etats-unis, aux élus qui sont contre l’occupation et aux mouvements sociaux, de se tenir à nos côtés et de faire connaître les effets néfastes de cette loi, afin d’en bloquer l’adoption par notre parlement. »

Selon Faleh Abood Umara : « l’Article 111 de la nouvelle constitution irakienne précise que toute les ressources naturelles de l’Irak, tout particulièrement les ressources en pétrole et en gaz, sont la propriété collective du peuple irakien et que le peuple irakien à le de droit d’en contrôler l’exploitation. Mais si vous regardez les détails de cette nouvelle loi, vous trouverez bon nombre d’articles qui entrent en conflit avec la constitution, notamment sur la question des accords d’exploitation partagée qui permettent aux compagnies pétrolières internationales, notamment Américaines, d’exploiter les champs pétroliers sans que nous ayons le moindre droit de regard sur la manière ni la quantité de pompage. Et la loi va leur accorder de droit 50% de la production pétrolière, ce qui, à notre avis, est l’équivalent d’un vol à main armée.

Nous rejetons également la procédure à travers laquelle ces sociétés se voient attribuer les contrats d’exploitation pétrolière, car cette procédure permet de se faire attribuer des contrats par l’intermédiaire de cabinets de consultants étrangers. Nous exigeons que les seuls habilités à représenter des sociétés demandeuses de contrats d’exploitation soient des experts irakiens et que la décision d’attribuer ou non ces contrats soit prise par des organismes indépendants irakiens, au lieu de cabinets conseils à Washington ou Londres. »

http://www.alternet.org/waroniraq/56301/