[Ethan Rabin, Ma’ariv, 11/05/2002 – Traduit de l’hébreu à l’anglais par l’équipe de The Other Israel, puis traduit en français par Ana Cleja]

Un village spécial de réhabilitation a été installé afin de prendre soin de soldats ayant combattu et qui souffrent de crise psychologique profonde. Une centaine est sous traitement. Certains souffrent de cauchemars et sont incapables de surmonter les faillites des opérations et d’avoir fait du mal à des civils.

Des vétérans d’unités d’élite sont traités par une équipe dont plusieurs sont des officiers de réserve, dans le village de réhabilitation «Izun» près de Caesarea. Le projet est soutenu par Orit Mofaz, femme du ministre de la Défense. Le traitement est financé par les parents d’anciens soldats.

Aujourd’hui, quatre nouveaux patients vont être admis, anciens membres de Duvdevan (Forces spéciales déguisées en Arabes et responsables des arrestations et assassinats). Ils ont rejoint l’unité la plus prestigieuse, pleins de motivation. Ils ont servi pendant trois ans et plus, se sont battus dans les batailles les plus dures de l’Intifada, mais ont aussi dû affronter la population civile palestinienne. Maintenant qu’ils sont démobilisés, les difficultés ressortent avec les problèmes personnels et les crises. Des dizaines d’entre eux sont partis, sac au dos, faire des voyages en Extrême-Orient, devenant drogués (héroïne, cocaïne ou autres drogues dures…) Certains ont essayé de se suicider. Devant cette situation difficile, Omri Frish,…. colonel de réserve, ancien officier de combat et travailleur social de formation, a pris l’initiative d’essayer d’aider ces soldats «sac au dos». Lui et d’autres officiers de réserve ont mis sur pied le village de réhabilitation «Izun» près de Caesarea. «De fait, nous savions, quand nous avons créé ce village, que de plus en plus de jeunes Israéliens partis en Extrême-Orient, Inde, Thaïlande et d’autres places, revenaient dans un état de collapsus total et avaient besoin d’aide d’urgence. Mais quand nous avons commencé à les aider, nous nous sommes rendu compte que dans la majorité des cas, le phénomène était lié à leurs expériences pendant le service militaire, avant leur départ. Nous avons donc décidé de nous occuper de tous les cas d’anciens soldats de combat en crise, y compris ceux qui n’avaient pas fait de voyage en Extrême-Orient. On a fait connaître le village de réhabilitation, et avons été surpris du nombre de coups de téléphone que nous avons reçus d’anciens soldats et spécialement de parents – plus de 900 jusqu’à présent. Les parents ont raconté des histoires douloureuse de fils devenant drogués et essayant de se suicider. Beaucoup étaient des vétérans des plus prestigieuses unités d’élite, telles que Sayeret Matkal, les Commandos de la Marine, et Duchifat.» Un des principaux sujets abordés lors des conversations avec les soldats est l’Intifada. «Les soldats éclatent en sanglot et s’accusent d’avoir maltraité et humilié les Palestiniens. Après leur démobilisation, la vision de leurs actes leur revient en mémoire comme un film non-stop.. Tout à coup, le soldat, le rude combattant surnommé «Rambo», part en Inde. Là, il est confronté à une autre réalité, une situation tranquille et paisible. Quand il revient, il se rend compte de ce qu’il a fait. Il essaye d’échapper à la réalité, s’échappe par les drogues, et sa vie tombe en ruines, dit un des docteurs. Il est difficile d’établir des catégories exactes des dommages mentaux des soldats. «Ce n’est pas exactement un traumatisme dû aux bombardements (shell shock), ce n’est pas non plus une condition post-traumatique, c’est juste une crise mentale très sévère. La situation est une bombe à retardement», dit un officier supérieur de l’armée. Un des problèmes principaux, spécialement quand on traite les anciens membres des unités d’élite, est la peur de l’échec. «On n’a pas appris à ces personnes que l’échec est possible. Dans ces unités, on leur dit que l’échec est inacceptable, qu’un succès de 90% est considéré comme un échec. Quand vous avez 18,19 ou 20 ans, vous pouvez accepter de tels standards. Plus tard, on devient plus réaliste – mais c’est trop tard. Quand vous dites à des soldats que l’échec est inacceptable, et qu’ils ont quand même échoué, ils s’effondrent. Ils s’enfoncent alors dans une crise mentale et dans les drogues. Les drogues les aident à réarranger la réalité.» Un des grands problèmes de l’équipe soignante est le sentiment du patient que ce n’est pas légitime de s’effondrer, de pleurer ou de demander de l’aide. «On leur dit qu’ils sont des ‘superman’, et des ‘superman’ ne demandent pas de l’aide. Superman doit résoudre ses problèmes lui-même. Mais ils n’arrivent pas à résoudre tous leurs problèmes, alors ils se sentent coupables et pensent qu’ils ne valent rien.» S., un ancien parachutiste qui est sous traitement depuis trois mois, a dit: «Nous sommes entrés dans des maisons. Nous avons vu des enfants et des vieillards pleurer. Nous avons tiré dans leurs TV. À ce moment, on ne ressent aucune pitié, on a juste un boulot à faire et nous le faisons. Mais plus tard, tu es chez toi et commences à réaliser ce que tu as fait, et cela fait très mal.» Depuis que ce village a ouvert, des centaines de parents ont demandé que leurs fils y soient soignés. Jusqu’à présent, 120 personnes ont été traitées, dont environ 100 sont des soldats démobilisés. «Les problèmes sont graves. Des soldats qui ont tué des Palestiniens, des soldats qui par erreur ont tué un des leurs, des soldats qui n’ont pas réussi leur mission militaire. Quand nous leur demandons: pourquoi avez-vous fait cela, ils répondent: je ne sais pas, c’est comme si quelqu’un d’autre était en moi», dit Omre. «Il y a des cas où la demande d’aide arrive trop tard. Il y avait un officier de Sayeret Matkal qui s’est battu contre les Palestiniens pendant deux ans. Après sa démobilisation, il est parti en Thaïlande et est devenu un drogué. De retour en Israël, il continua à prendre de la cocaïne en grande quantité. Ses parents nous ont appelé et demandé que nous l’aidions. Nous avons accepté mais, la veille de son arrivée, il a été retrouvé mort dans sa chambre.» Un autre ancien combattant était parti en Amérique Latine et devint assujetti à la drogue San Pedro (un dérivé de cactus). Il le buvait et se terrait sous la table, refusant d’en sortir: «Non, non, je ne peux pas, je suis embusqué». Il refusait de manger et de boire disant qu’on ne mangeait ni ne buvait quand on est embusqué. Ce cas semble être un des cas réussis de réhabilitation dans le centre: il essaye maintenant de trouver en travail et de reconstruire sa vie. Un ancien combattant de l’Unité des Forces Spéciales Duvdevan récemment démobilisé, a raconté: «Nous sommes entrés dans les maisons et avons affronté les Palestiniens. Beaucoup étaient innocents. Mais sur le moment, cela nous était égal. On nous a dit que c’était notre tâche, que nous devions faire notre boulot, et nous l’avons fait. Maintenant je regrette certaines choses que j’ai faites. Je ne peux rien faire. Je n’ai pas de travail, je ne parle à personne. Je reste assis toute la journée à regarder à la télé des dessins animés sur la chaîne pour enfants. De temps à autre, je me lève et commence à me taper la tête contre le mur. Je ne sais pas pourquoi.» Un autre soldat a raconté: «J’ai servi pendant trois ans dans les Territoires. Nous avons tué des dizaines de terroristes. J’ai vu mes amis se faire tuer. Cela me rendait très nerveux. Il y a quelques mois, je me suis baladé dans la voiture de mes parents. Quelqu’un m’a dépassé et cela m’a rendu furieux. Je l’ai pris en chasse, l’ai attrapé à un feu rouge, ouvert sa portière et sorti de la voiture. Puis j’ai commencé à le tabasser…» Tout un groupe de soldats qui ont eu besoin d’être soignés, sont ceux responsables de la «liquidation», il y a un an et demi, de Iyad Batat, un terroriste vétéran. «Au début, nous étions contents et enivrés par notre succès. Nous avons posé pour des photographes devant son corps mutilé, certains d’entre nous souriants et riants, tout en tenant ses organes arrachés dans nos mains. Quelques semaines plus tard, l’Officier des Opérations est venu, nous a réprimandé et demandé de lui remettre ces photos. Il les a brûlées devant nous et nous a averti de ne plus jamais prendre de telles photos. Nous avons commencé à réaliser ce que nous avions fait et nous nous sentions bouleversés. Un peu plus tard, deux d’entre nous sont allés à une soirée et ont pris de l’ecstasy. Ils sont revenus au camp complètement dopés. Nous avons dû leur enlever leurs armes et les enfermer dans une pièce jusqu’à l’arrivé des psychiatres qui les ont emmenés. L’un d’eux ne reconnaissait plus personne et criait tout le temps «Muhammad, Muhammad, Muhammad». Il est devenu complètement fou. L’Intifada l’a achevé…»