Le gros mot – par Uri Avnery

[Gush Shalom – 01/07/07 – Mondialisation.ca]

IL N’Y A JAMAIS eu de rencontre au sommet sur le Moyen-Orient aussi sinistre. La plus sinistre possible.

Les quatre dirigeants à Sharm-el-Sheikh ne se trouvaient pas ensemble à une table ronde conviviale. Chacun était assis à une énorme table individuelle. Cela assurait une nette séparation entre eux. Les quatre longues tables se touchaient à peine. Chaque dirigeant, ses assistants derrière lui, était comme une île solitaire dans une vaste mer.

Les quatre – Hosni Moubarak, le roi Abdallah de Jordanie, Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas – affichaient un air grave. Tout au long de la partie officielle de la conférence, on n’a pas vu un seul sourire.

L’un après l’autre, tous les quatre ont déballé un monologue. Exercice visiblement hypocrite, de tromperie vide de sens. Aucun d’eux ne s’est élevé au-dessus d’un marais de phrases sentencieuses.

Court monologue de Moubarak. Court monologue d’Abdallah. Monologue moyennement long d’Abbas. Monologue interminable d’Olmert : discours typiquement israélien, dominateur, donnant des leçons au monde entier, comme un sermon dégoulinant de moralité. Prononcé, bien sûr, en hébreu, dans le but évident de s’adresser au public israélien.

Le discours comprenait tout ce qu’il fallait : notre âme aspire à la paix, la conception des deux Etats, nous ne voulons pas diriger un autre peuple, pour le bien des générations à venir, bla-bla-bla. Le tout dans le plus pur style colonial : Olmert parlait toujours de « Judée et Samarie », utilisant la terminologie officielle de l’occupation.

Mais, pour « renforcer » Abbas, Olmert s’adressait à lui en l’appelant « President » et non  « chairman » (ce terme anglais ne désigne jamais un chef d’Etat – ndt), qui était le titre de rigueur (en français dans le texte – ndt) utilisé par tous les représentants israéliens depuis l’établissement de l’Autorité palestinienne. (Les sages d’Oslo ont contourné cette difficulté en donnant – dans les trois langues – au chef de l’Autorité le titre arabe de Ra’is, qui signifie à la fois President et chairman.)

Et quel est le mot que l’on n’a pas entendu tout au long de ce long monologue ?

« Occupation ».

OCCUPATION ? Quelle occupation ? Où l’occupation ? Quelqu’un a-t-il vu une occupation ?

L’occupation n’était pas à l’ordre du jour de ce sinistre sommet. Même dans leurs rêves les plus fous, les participants arabes ne pouvaient pas imaginer quelque chose de plus merveilleux que « l’allègement des restrictions ». Rendre la vie un peu moins difficile pour la population en détresse. Rendre aux Palestiniens leurs taxes douanières (ce qui veut dire qu’Israël peut rendre une partie de l’argent qu’il a empoché). Déplacer quelques-uns des barrages routiers qui empêchent les gens d’aller d’un village à l’autre (cela a déjà été promis de nombreuses fois et ne sera pas plus réalisé cette fois-ci, parce que l’armée et le Shin-Bet s’y opposent. Olmert a déjà annoncé que c’est impossible pour des « raisons de sécurité ».)…

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=AVN20070701&articleId=6208