J’ai souvent été en désaccord avec Malek ces 20 dernières années, mais là, je suis d’accord avec lui à 200%. Les bronzés au sein du PS, on les aime bien comme faire-valoir, comme colleurs d’affiches ou bien comme beurettes mignonnes sur lesquelles on phantasme… mais pas comme leaders ou comme élus… « les français ne sont pas prêts », c’est la mantra au Parti Socialiste.

Malek Boutih, membre du Parti socialiste : « Chez nous, c’est « Good Bye Lénine » ! »

[LE MONDE | 25.06.07 ]

Aucune personnalité issue de la diversité n’a émergé au PS à la faveur des élections. Comment expliquez-vous cet échec ?

Il existe un consensus de façade alors que cette question n’est pas pensée au PS – comme beaucoup d’autres d’ailleurs. Ma conclusion, à travers mon expérience d’ancien président de SOS-Racisme et à la direction du PS, c’est que tout ce qui a trait à la société dans laquelle nous vivons, la violence, le travail, le droit à l’émancipation sociale, l’identité, le parti n’a pas voulu les regarder en face. Il n’y a jamais eu de débat politique sur la diversité. Il s’agit à chaque fois de passer entre les gouttes, d’avoir quelques candidats sans déséquilibrer les enjeux de courants.

Vous étiez chargé des questions de société au PS. Pourquoi n’avez-vous pas porté ce débat ?

A la demande du bureau national, j’ai proposé un rapport sur l’immigration. Je l’ai remis à François Hollande. La première chose qu’il a faite c’est de le cacher et de prier pour qu’on n’en parle pas. Quand il a quand même émergé, il s’est empressé d’éteindre tout débat de fond en obtenant, il faut bien le dire, un certain consensus. La diversité ne se réduit pas à l’immigration, certes. Mais j’ai compris que des dirigeants du PS forment un cénacle qui n’aime pas la société telle qu’elle est, qui ne s’y projette pas et qui garde la mélancolie des années 1970. Chez nous, c’est Good Bye Lénine !

N’êtes-vous pas en colère parce vous avez été candidat en Charente mais devancé par une dissidente socialiste qui a été élue ?

Oui, j’ai une certaine amertume d’avoir été victime de mon propre parti et non pas d’avoir subi une défaite par rapport à l’adversaire. Je ne suis pas le seul. Fawaz Karimet (candidat dans l’Ain) n’a pas été parachuté, il a été désigné par les militants, et pourtant nous avons été traités de la même manière. Le summum, c’est que nos deux dissidents, qui ont gagné, vont être intégrés dans le groupe PS comme si de rien n’était. Tous les candidats de la diversité ont été envoyés à l’abattoir. Des défaites électorales, on s’en relève. Des défaites morales, c’est beaucoup plus difficile. Comme des milliers de militants de gauche, ça me fait tout drôle de voir la droite nous donner des leçons sur ce terrain.

Mais la droite n’a pas d’élus de la diversité non plus…

C’est vrai, mais son principal leader, Nicolas Sarkozy, ne subit pas le conservatisme de son camp et le pousse à évoluer. C’est l’inverse du PS. Après les émeutes de novembre 2005, on a lancé des appels pour arrêter la violence, on a dit aux jeunes « inscrivez-vous sur les listes électorales, faites-vous entendre dans le champ démocratique », et il n’y a aucun député de la diversité.

Vous avez salué l’entrée de Fadela Amara dans le gouvernement. Est-ce compatible avec un engagement à gauche ?

J’ai appelé Fadela pour la féliciter et l’encourager. Il y a des enjeux qui dépassent les clivages : lutter contre le racisme, la montée des intégrismes et du communautarisme. J’ai trouvé petit les accusations de trahison. La gauche est prise la main dans le sac avec un discours à l’opposé de ses actes. Deux exemples. Quand Bariza Khiari, dirigeante du PS, envoie une lettre de soutien à Fawaz Karimet et que le premier secrétaire de la fédération de l’Ain la traite de « gauche tajine », qu’elle va devant la commission des conflits du PS et qu’il ne se passe rien, c’est insupportable. Quand Michèle Sabban, au bureau national, propose que les collectivités socialistes suppriment les subventions à l’association Ni putes ni soumises parce que Fadela Amara est entrée dans le gouvernement, je remarque que cette idée n’a traversé la tête de personne pour Emmaüs quand son président, Martin Hirsch, l’a précédée. Ceci révèle que, pour toute une génération de dirigeants socialistes, le mouvement des associations de banlieue doit rester avant tout une courroie de transmission et qu’ils aiment Fadela quand elle colle des affiches, pas quand elle prend ses responsabilités.

La gauche a souvent accusé Nicolas Sarkozy de favoriser le communautarisme…

Il remporte une victoire nette dans les symboles et dans les actes, et cela va réduire sa diabolisation, mais la bataille sur le fond reste ouverte. Le PS n’imagine pas à quel point quand on est au bas de l’échelle, on a besoin de repères et de valeurs, de pouvoir choisir sa vie, et non pas qu’on la choisisse à sa place simplement en parlant des allocations. Ségolène Royal avait compris l’enjeu des quartiers. Elle leur a délivré un message presque affectif qui a permis une mobilisation exceptionnelle. Mais cela ne suffit pas. En 2008, le PS devrait présenter un candidat de la diversité comme tête de liste aux élections municipales, dans une grande ville. Nicolas Sarkozy a pris les devants. Pour le dépasser, il faut faire plus sur le fond, et plus sur la forme.

Propos recueillis par Isabelle Mandraud

Article paru dans l’édition du 26.06.07

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