LE RAPPORT SECRET SUR LES OPÉRATIONS ILLÉGALES DE LA CIA DANS LES ANNES 1970 EST ENFIN RENDU PUBLIC… pour le rapport sur 2001, faudra attendre 40 ans ?
[NATIONAL SECURITY ARCHIVES – 22/06/2007 – Trad. Grégoire Seither ]

La CIA (Central Intelligence Agency a violé sa charte d’engagement pendant 25 ans jusqu’à ce que les soient révélées, en 1973, les écoutes illégales, les violations systématiques de la vie privée des citoyens américains et les opérations d’assassinats politiques, déclenchant une enquête nationale. C’est ce que démontre un rapport de 693 pages sur les activités secrètes de la CIA – connu sous le nom de rapport Schlesinger (du nom du directeur de la CIA de l’époque) ou encore « La liste des bijoux de famille » , qui vient d’être rendu public et publié par le National Security Archive de l’université George Washington. Jusqu’ici, une dizaine de pages seulement – fortement censurées – avaient pu être consultées par des personnes sélectionnées, dont le journaliste Seymour Hersh.

James Schlesinger avait exigé une enquête interne le 9 mai 1973 après la révélation au public que les deux « cambrioleurs » du Watergate, E. Howard Hunt et James McCord (tous deux collaborateurs de la CIA depuis plusieurs années) recevaient un soutien actif de la part des services de l’Agence quand ils menaient des « opérations sales » pour le président Nixon. La directive ordonnait à tous les chefs de service de signaler immédiatement toute opération présente et passée qui n’entrerait pas dans les limites de compétence de l’Agence (qui n’a pas d’autorité sur l’intérieur des Etats-unis). . .

Ayant eu accès à des extraits du rapport, Seymour Hersh mit le feu aux poudres en publiant, le 22 décembre 1974, dans le New York Times un article qui détaillait la surveillance et les opérations de manipulation dont étaient victimes les militants du mouvement contre la guerre au Vietnam ainsi que d’autres mouvements contestataires (« Huge C.I.A. Operation Reported in U.S. Against Antiwar Forces, Other Dissidents in Nixon Years »). Suite à cet article, le procureur général des Etats-unis, Lawrence Silberman, convoqua le directeur de la CIA le 31 décembre 1974 afin d’examiner avec lui la liste des « opérations de la CIA pouvant tomber sous le coup de la loi ». Cette liste, qui forme la base du rapport Schlesinger inclut :

  • L’enlèvement d’un militaire soviétique et son interrogation, présenté ensuite comme une « défection »
  • La mise sur écoute quasi constante de deux journalistes, Robert Allen et Paul Scott.
  • La mise sur écoute et l’espionnage des journalistes d’investigation Jack Anderson et Britt Hume ainsi que leurs associés.
  • Surveillance et suivi du journaliste du Washington Post, Michael Getler.
  • Cambriolages des domiciles de journalistes et d’anciens employés de la CIA.
  • Cambriolages des permanences politiques et bureaux d’hommes politiques de l’opposition.
  • Ouverture systématique, entre 1953 et 1973, de tous les courriers envoyés vers et depuis l’URSS et la Chine (entre 1969 et 1972).
  • Expérimentations à l’aide de drogues, hallucinogènes et opérations psychologiques sur des citoyens US non prévenus afin de tester des méthodes de changement de comportement et de manipulation mentale.
  • Projets d’assassinat et soutien actif à des opérations d’assassinat contre Fidel Castro (plusieurs tentatives), Patrice Lumumba (Premier Ministre du Congo indépendant, assassiné par des mercenaires belges, suite au coup-d’état de Mobutu mené en 1961, avec le soutien direct de la CIA ) ainsi que le président Trujillo (le meurtre de ce dernier ayant été commis par deux hommes de main payés par la CIA).
  • Surveillance active et infiltration, manipulation de groupes dissidents entre 1967 et 1971 (Mouvements Anti-Guerre, Syndicats étudiants, Syndicats agricoles, Mouvements de droits civiques, Groupes pacifistes et solidaires religieux, Panthères Noires…).
  • Surveillance active et tentative de déstabilisation psychologique de Victor Marchetti, ancien officier de la CIA et critique virulent de l’agence.
  • Mise en place d’un fichier nominatif avec des renseignements sur plus de 10 000 leaders des mouvements anti-guerre et syndicaux.
  • Fabrique de faux papiers à échelle industrielle
  • Développement et utilisation d’équipements de surveillance sur les circuits téléphoniques intérieurs aux Etats-unis.
  • Collaboration à des entreprises criminelles (soutien actif au trafic de drogue dans le Triangle d’Or Asiatique et en Amérique Latine, ventes d’armes, traîte humaine…) afin de financer des opérations parrallèles ou bien corrompre des agents locaux.

http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB222/index.htm