[Ali Abunimah – The New York Times – 21/06/07 – Trad. Grégoire Seither]
Il est très intéressant de noter que ce matin les quotidiens The Washington Post et The New York Times ont chacun de leur côté publié une tribune d’Ahmed Yousef, une des principaux conseillers politiques d’Ismail Haniyeh, le premier ministre démocratiquement élu de l’Autorité Palestinienne et qui a été limogé de manière unilatérale par Mahmoud Abbas pour être remplacé par un « gouvernement d’urgence » mandaté et soutenu par les Etats-unis et Israël.

Chaque tribune développe un point de vue particulier et chacune doit être lue avec attention par toute personne curieuse de connaître les stratégies et les intentions du Hamas. Il faut aussi se souvenir d’une autre tribune, écrite l’an dernier par M. Youssef, dans laquelle il affirme que « le Hamas est intéressé par une trève durable et à long terme, un état de « non-guerre » qui permettrait de dégager l’espace nécessaire pour que les peuples israéliens et palestiniens se mettent d’accord sur une paix durable. » En arabe, ce type de trève, qui ne met pas fin au conflit mais le suspend dans l’attente d’une résolution, est appelé « houdna ».

Yousef ajoute, « Un tel concept – une période de non-guerre lors de laquelle le conflit n’est pas résolu – paraît étragne aux occidentaux et a été accueilli avec beaucoup de suspicion dans les milieux diplomatiques européens et états-uniens. Pour bon nombre de mes interlocuteurs occidentaux, il semble impossible de suspendre la violence sans mettre fin au conflit.

Je leur signale à chaque fois que ce concept n’est pas si étranger à leur culture qu’ils pourraient le croire. Prenez l’exemple de l’Armée républicaine irlandaise, elle a accepté de cesser ses actions militaires sans pour autant abandonner sa lutte. Les républicains irlandais continuent à lutter pour se débarasser de la tutelle britannique, mais ils ont opté pour le faire sans violence. Si on avait exigé de la part de l’I.R.A. qu’elle renonce à son objectif de réunification de l’Irlande avant d’accepter de négocier avec elle, la paix ne serait jamais survenue. Les radicaux se seraient radicalisés et chacun aurait campé sur ses positions.

Pourquoi s’obstiner à exiger la même chose des Palestiniens, exiger qu’ils tirent un trait sur leurs revendications et sur le retour des réfugiés, avant toute reprise des négociations ? Surtout quand on sait à quel point ce sujet est sensible et inaliénable dans l’esprit de notre peuple ? »

Si Israël et les Etats-unis sont vraiment intéressés par la résolution de ce conflit, ils feraient bien d’écouter ce que dit le Hamas à travers la bouche du conseiller d’Ismail Haniyeh.

[Ali Abunimah, est politologue à l’université de Chicago, commentateur régulier des événements du Moyen-Orient dans les grands quotidiens aux Etats-unis].

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