>>PALESTINE : CE SONT LES OCCIDENTAUX QUI ONT FAIT LE COUP D’ÉTAT
[The Guardian – 20.06.07 – Trad. Grégoire Seither]
Aujourd’hui, après des mois d’embargo financier du gouvernement Hamas par les Etats-unis et l’Europe, après la remise en selle financière et politique du président fourni par le Fatah, Mahmoud Abbas, après l’écrasement lent et méthodique de la société palestinienne qui a abouti à la désintégration sociale d’aujourd’hui, après tout cela… quelle est la situation ? Un guerre civile ) Gaza, la polarisation de la société palestinienne, un gouvernement élu démocratiquement dissout par décret unilatéral et un nouveau premier ministre palestinien, Salam Fayyad, nommé sur instruction expresses des Etats-unis.

Penchons nous un instant sur la légitimité démocratique de Fayyad, un économiste intelligent et convaincant, ayant – semble t’il – réussi à se tenir à l’écart de la corruption. Dans n’importe quelle autre circonstance il aurait pu faire un candidat parfait. Mais lors des élections de l’an dernier pour le renouvellement du Conseil législatif palestinien – les fameuses élections gagnées par le Hamas – la liste menée par Fayyad n’a reçu que 2.4% des voix. Cela ne lui donne pas vraiment une légitimité populaire pour diriger une société palestinienne en pleine déliquescence. Et ce n’est pas le seul problème avec Fayyad. Tous les analystes de la scène politique palestinienne vous diront que Fayyad n’est pas légitime uniquement à cause de son score inexistant aux élections. Ils ajouteront qu’il est quasiment inconnu de la plupart des Palestiniens, qu’il n’a pas d’appareil politique pour le soutenir et que son adjoint, Hanan Ashrawi, est violemment critiqué par bon nombre de Palestiniens.

La réalité est que les seules personnes qui soutiennent Salam Fayad sont les diplomates européens et états-uniens qui, depuis un an, chantent ses louanges à qui veut les entendre. (…)

Il est difficile de ne pas être cynique. La société palestinienne a été traitée avec un mépris incroyable. Pendant des années on a critiqué le manque de démocratie des Palestiniens. Puis, quand ils ont organisé les premières élections certifiées démocratiques (par des observateurs aussi réputés que l’ancien Président James Carter) l’occident a refusé de reconnaître le résultat, et puni collectivement les palestiniens d’avoir « mal voté ». Et quand l’explosion inévitable s’est produite la semaine dernière, Abbas a viré le Hamas, vainqueur des élections, comme ses mentors US le lui conseillent depuis des mois, pour le remplacer par quelqu’un qui n’a jamais réussi à se faire élire..

Alors, quel est le vrai putsch ? L’attaque sanglante du Hamas contre les QG des gangsters brutaux, qui terrorisent Gaza depuis des années, avec la bénédiction du Fatah ? Ou bien la décision anti-constitutionnelle de Abbas, prise avec l’accord explicite du gouvernement US ?

Dans les deux cas, ce sont encore les civils palestiniens qui vont payer les pots cassés.

http://observer.guardian.co.uk/print/0,,330040059-119093,00.html