Cachot du Fatah à Gaza>>DANS LES CACHOTS DE LA TORTURE DU FATAH
[DER SPIEGEL – Ulrike Putz – 20.06.07 – Trad. Grégoire Seither]

Détentions arbitraires, torture systématique, exécutions extrajudiciaires : l’immeuble des services de sécurité du Fatah à Gaza a été, pendant des années, un lieu d’épouvante pour la population civile et pour les militants des autres mouvements. Maintenant que les militants du Hamas en ont pris le contrôle, le bâtiment est visité comme un musée de l’horreur par des anciens détenus, des familles en goguette et des pillards.

Gaza – les cellules sont minuscules, elles font tout juste deux mètres, faiblement éclairées par un soupirail au plafond. Derrière un muret un simple trou dans la dalle de béton sert de WC. Les murs sont couverts de graffitis des détenus qui se sont succédés dans ces cachots : « Al-Qaïda à Jérusalem », « Jihad Islamique », un anonyme a gravé « Maman, oh ma maman » dans le crépi.

Le quartier général des services de sécurité du Fatah est ouvert aux visiteurs depuis jeudi dernier. Ici c’est tous les jours « portes ouvertes », des ribambelles d’enfants courent dans les couloirs, des couples bien mis visitent la maison de l’horreur comme on visite un monument.

Pendant des années ce complexe de bâtiments était un lieu symbole de la peur que faisaient régner les membres de la Sécurité palestinienne, une force paramilitaire directement sous les ordres du Président Palestinien Mahmoud Abbas et dont la tâche principale était de faire la chasse aux opposants politiques du Fatah. C’est ici que l’on emmenait les militants du Hamas fait prisonniers par le Fatah. Certains en ressortirent et se confiaient en cachette aux journalistes étrangers, parlant de torture et de conditions de captivité inhumaines. D’autres n’en ressortirent jamais et disparurent sans laisser de trace.

Les organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International dénoncent depuis des années les conditions de détention et les violations des droits humains dans les prisons des Services de sécurité palestiniens, tant à Gaza qu’en Cisjordanie. En ce sens, la prise de ces bâtiments par le Hamas la semaine dernière n’avait pas seulement une fonction stratégique, c’était un acte hautement symbolique.

« Cet immeuble est le symbole de l’injustice, gravé dans la pierre », explique Abu Mohammed. Il est officier dans les Brigades Qassan du Hamas et a dirigé l’assaut contre le bâtiment. Depuis, il l’occupe avec ses hommes, utilisant la loge du gardien comme bureau. « Nous sommes venus parce que nous voulions voir l’endroit où l’on a massacré nos frères, » explique t’il d’un air fatigué.

Il y a trois jours ses hommes ont découvert un charnier dans une cave, quatre cadavres enterrés dans une fosse peu profonde. Ils ont pu identifier l’un des cadavres comme étant un de leurs camarades de la brigade Qassam, un certain Nasser Al-Juju, assassiné récemment. « Les autres corps ne sont plus identifiables, cela fait trop longtemps qu’ils sont enterrés dans cette cave. »

Voilà qui explique peut-être pourquoi, dans la cour de ce bâtiment, la dizaine de miliciens du Fatah qui se sont rendus au Hamas après les combats a été exécutée d’une balle dans la tête par les nouveaux maîtres de Gaza….

http://www.spiegel.de/politik/ausland/0,1518,489649,00.html