DES CAS D’ANTISÉMITISME DANS L’ARMÉE ISRAÉLIENNE
[Le Figaro 22 avril 2007]
Un jeune Israélien d’origine française vient de porter plainte pour une série d’agressions à caractère antisémite survenues durant son service militaire sur une base de Tsahal. Cet appelé, qui a immigré en Israël pour échapper à l’antisémitisme en France, s’est retrouvé confronté à un groupe de nouveaux immigrants russes néonazis durant son entraînement.

Son cas, révélé hier par le quotidien Maariv, n’est pas isolé en Israël, qui se veut pourtant un refuge pour les Juifs persécutés à travers le monde. Ces dernières années, des croix gammées et des inscriptions antisémites ont été retrouvées sur des murs d’écoles et de synagogues en Israël.

Les faits se sont produits aux mois d’août et septembre derniers. Selon l’avocat de la victime, qui tient à conserver l’anonymat, les appelés d’origine russe ont dessiné des svastikas et effectué des saluts hitlériens en hurlant Heil Hitler devant lui. « Ils l’ont aussi traité de zhid (un mot russe injurieux pour les Juifs) et l’ont frappé, explique au Figaro son avocat, maître Eli Saban. Mon client s’est présenté à son service militaire en pleine santé et a subi un choc émotionnel important. Résultat de ce stress : il est maintenant diabétique et doit subir des injections d’insuline. »

Âgé de 19 ans, le plaignant a été démobilisé il y a deux mois, après seulement six mois de service militaire au lieu des trois ans obligatoires. Les faits sont survenus dans un camp d’entraînement spécial réservé aux nouveaux immigrés, où les exercices militaires sont accompagnés de cours de langue intensifs.

Dans sa plainte, le jeune homme écrit que « ces comportements ont fait ressurgir le sentiment de terreur qui m’accompagnait en tant que Juif lorsque je vivais en France. Cela me rappelle l’antisémitisme que j’ai laissé derrière moi et auquel je ne pensais pas être confronté dans l’État juif en général et au sein de Tsahal en particulier ». « Plusieurs centaines de néonazis »

L’incident antisémite le plus sérieux de ces dernières années en Israël s’est produit en mai 2005 lorsque la grande synagogue de Petah Tikva a été vandalisée et recouverte de croix gammées et de slogans antisémites. Un peu plus tard, un militaire a été condamné pour avoir créé le premier site Internet néonazi en Israël, comprenant des liens vers le livre Mein Kampf d’Adolf Hitler. Le site, « L’union des Israéliens blancs », affirmait représenter une communauté de « gens qui sont fiers d’eux et sont malades de vivre parmi des bâtards ».

La grande majorité de ces incidents sont perpétrés par des immigrants en provenance de l’ex-URSS, arrivés en Israël dans les années 1990, estime Zalman Gilichenski, responsable du centre Dmir, qui assiste les victimes d’actes antisémites en Israël. Sur près de 1,2 million d’immigrants venus des républiques de l’ex-URSS depuis le début des années 1990, plus de 300 000 n’étaient pas juifs, selon les chiffres du ministère israélien de l’Intégration. « Ces gens, qui ne se considèrent pas juifs, colportent les préjugés entendus dans les anciennes républiques d’Union soviétique, où l’antisémitisme est particulièrement virulent », explique-t-il.

Environ 500 incidents antisémites se produisent chaque année en Israël, selon les estimations de Zalman Gilichenski. D’après lui, il y aurait « plusieurs dizaines d’antisémites dans presque toutes les villes israéliennes. En tout, il y a plusieurs centaines de néonazis en Israël ».

Gilichenski affirme que les autorités israéliennes, promptes à dénoncer l’antisémitisme à travers le monde, sont embarrassées par ce problème qu’elles ignorent volontairement. « Israël veut ainsi protéger son image de refuge contre l’antisémitisme et les néonazis, affirme-t-il. Les autorités ne veulent pas mettre sur la place publique le moindre incident qui pourrait nuire à cette image. »
http://www.lefigaro.fr/international/20070422.FIG000000393_des_cas_d_antisemitisme_dans_l_armee_israelienne.html