Une nouvelle structure devrait naître des cendres d’Altern.org

[T. K. – Les Echos 25.07.00]
Suite à la décision de Valentin Lacambre de fermer son site d’hébergement Altern.Org, des projets de communautés virtuelles s’organisent sur Internet. Ils devront parvenir à se conformer à la loi sur la liberté de communication tout en gardant l’esprit « Altern ».

L’Internet français est décidément très vivace. Moins d’un mois après l’annonce de la fermeture définitive d’Altern.org, la succession s’organise dans le plus pure esprit d’Internet. Altern.org était depuis 1994 un hébergeur non-marchand de pages personnelles qui a alimenté la chronique judiciaire. Principale cause de la chute de l’hébergeur : un site qu’il abritait avait diffusé des photos d’Estelle Hallyday nue. L’arrêt de la cour d’appel de Paris (10 février 1999) avait donné lieu à une innovation jurisprudentielle avec un premier pas en direction de la responsabilité des professionnels de l’Internet. Sorti d’un rôle technique de fournisseur d’hébergement, Altern.org avait été reconnu responsable du contenu qu’il diffusait. Le fait d’assurer l’anonymat des sites qu’il hébergeait l’avait rendu, aux yeux de la cour, principal responsable de ce qui était diffusé, à l’instar d’un directeur de la publication en matière de presse.

Cette affaire, bien que retentissante, n’a été que le début d’une longue série de procédures qui n’ont pas encore toutes été tranchées. C’est dans cette ambiance que Valentin Lacambre, fondateur et gérant de ce serveur Web, avait décidé le 28 juin d’arrêter ses activités, le jour même du vote définitif de la loi sur la liberté de communication par l’Assemblée nationale. Les 15.000 sites revendiqués par l’hébergeur se sont retrouvés du jour au lendemain fermés au public. La relève, qui s’organise à travers les pages Internet et les forums de discussion, cherche une structure capable de réunir tous les internautes partageant l’esprit « Altern », entre liberté d’expression et respect de l’anonymat.

Mais ils devront dorénavant compter avec la nouvelle loi sur la communication. Celle-ci dispose notamment que les hébergeurs sont tenu d’empêcher la diffusion de tout contenu illicite s’ils ont été saisis par la justice ou un tiers dans ce sens. Dans le cas contraire, ils seraient reconnus « pénalement ou civilement responsables ». De plus, ceux-ci devront « détenir et conserver les données de nature à permettre l’identification » des créateurs de pages Web. Face à ce dispositif légal, deux « cyberchapelles » se sont constituées au fil des forums.

Le site Lautre.net préconise de continuer sur les traces d’Altern.org c’est-à-dire avec indépendance, gratuité et sans censure.

Le site d’hébergement s’organiserait autour d’un collectif de consommateurs qui financeraient eux-mêmes leur hébergement, le coût par hébergé baissant avec le nombre de participants. Selon les concepteurs de ce projet, 2.000 sites hébergés demanderaient une contribution de 20 francs par site et par an. Un autre projet avec une vision plus organisée et coopératrice qui permette de faire fleurir des petits serveurs. Des clones à une échelles plus petite d’Altern.org. Finalement, ces deux tendances ont décidé de créer  un Comité de liaison d’information et de promotion. Son but est d’offrir toutes les informations à ceux qui veulent monter leur site d’hébergement. Il intègre les principales dispositions de la loi sur la liberté de la communication.

T. K.
Les Echos 25.07.00