Une partie non négligeable des Juifs ne veut aucun lien avec Israël, ou est très critique de ce pays. Un antisionisme juif existe. Pourquoi eux peuvent et moi pas?
Victor Ginsburgh – Professeur de l’Université Libre de Bruxelles
J’ai eu la maladresse d’écrire qu’à mon goût, mon université était insuffisamment antisioniste. Elle ne l’est pas du tout; moi je le suis. Des amis proches, Moïse R. et Philippe W. ont eu la gentillesse de me demander ce que j’entendais par là. Ils le savaient, eux, mais ils m’ont ainsi donné l’occasion d’y réfléchir. D’autres le feront peut-être aussi, pour autant qu’ils m’adressent encore la parole. Voilà, je dois à Moïse et à Philippe les quelques explications qui suivent. Quant aux autres, aucune raison de me justifier.
Je suis devenu Juif à l’âge de 35 ans, lors d’un séjour à Cracovie alors que je passais devant un cimetière juif où les herbes étaient tellement hautes que l’on ne voyait plus les pierres. Je ne savais même pas qu’Auschwitz était là, à quelques kilomètres. Auschwitz, et ailleurs, où avaient disparu, disait ma mère, 56 personnes de la famille.
C’est quoi, pour moi, être Juif?
Mendès-France à qui l’on posait la question aurait répondu: «Je suis né Juif; les antisémites me considèrent comme Juif, et mes enfants savent qu’ils sont Juifs.» Freud se décrivait comme quelqu’un «qui est complètement étranger à la religion de ses pères» – aussi bien qu’à toute autre religion – et qui ne peut partager des idéaux nationalistes, mais qui cependant n’a jamais répudié son peuple, qui sent qu’il est un Juif dans sa nature essentielle et qui n’a aucun désir d’altérer cette nature. Si la question lui était posée: «Puisque vous avez abandonné toutes ces caractéristiques communes à vos compatriotes, que vous est-il resté qui soit Juif?», il répondrait: «Enormément et probablement sa véritable essence». Voilà pour mon état de Juif. Rien de plus, rien de moins.
C’est quoi, pour moi, être sioniste ou antisioniste?
Si c’est ce qu’écrivait, en 1914, Moshe Smilansky, qui était à la tête de l’Union des agriculteurs juifs de Palestine, alors je suis sioniste: «Il n’y a pas, à mon avis, d’antagonisme entre l’aspiration nationale arabe et l’aspiration nationale juive. Il n’y en a pas, parce que la terre de notre espérance n’est qu’un petit coin au milieu des vastes pays dans lesquels le peuple arabe est de par son nombre l’élément décisif. Il n’y en a pas pour nous, parce que la perspective dans laquelle nous envisageons notre avenir, n’est pas politique, ni étatique, mais bien économique et culturelle… Et la Palestine, du fait qu’elle est économiquement et culturellement le pays des Juifs, sera un rapport substantiel à la fédération turco-arabe à venir.» Et il faut reconnaître que la réussite dans ces domaines est éclatante.
Evidemment, depuis lors, il y a eu Auschwitz. Et aussi, en 1948, l’indépendance de l’Etat d’Israël. «Si l’on ne considère que l’objectif politique du sionisme tel qu’il fut défini par Herzl, à savoir la création d’un Etat juif souverain en terre d’Israël, cet objectif a été atteint avec la proclamation d’Indépendance.» Plus besoin de sionisme. Je souscris.
Ce qui serait oublier les deux autres objectifs du sionisme. Le premier, le «rassemblement des exilés» en terre d’Israël, devient l’objectif principal de l’Organisation sioniste. Comme je ne me suis jamais senti exilé, je ne suis pas sioniste.
Il devient cependant assez rapidement clair que certaines communautés (celle des Etats-Unis par exemple), se trouvent bien en Diaspora et n’émigreront pas, ou peu. On réaménage alors l’objectif: «est considéré comme sioniste tout Juif qui soutient et aime Israël, qui veut l’aider et le renforcer, et qui accorde une place centrale à l’Etat d’Israël comme vecteur de son identité juive.» Mais moi, j’aime aussi le Guatemala, pourquoi dois-je choisir entre l’Amérique Centrale et le Moyen-Orient et accorder à Israël le pouvoir de représenter mon identité juive. Je reste non-sioniste.
Suit, en 1967, la Guerre des Six Jours et l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie. Pour les sionistes religieux «la "libération" de Jérusalem et des terres bibliques constitue un pas de plus dans la Rédemption… (et) la continuation de l’oeuvre sioniste exigeait que l’on annexe ces territoires, qu’on les repeuple immédiatement de Juifs, qu’on y multiplie les colonies, qu’on y défriche la terre» et que l’on arrache les oliviers plantés par les paysans palestiniens. Ce qui est mis en oeuvre par tous les partis, y compris le parti travailliste. Là je ne me pose pas de question et deviens franchement antisioniste.
Mais la gauche israélienne veille…
Pour Shalom Archav, le mouvement de la paix, «les colons des territoires se trompent et trompent le reste de la population… Ils oublient les buts les plus fondamentaux du sionisme, (qui consistent) à créer une société juive morale et humaniste, juste et pacifique, soucieuse du respect de l’Autre». Me revoilà sioniste, voire «postsioniste».
Que disent les postsionistes? Ils remettent en cause «les valeurs et les références collectives de la société israélienne… (qui) ne sont plus nécessaires… Israël (devrait être) purgé des ses composantes sionistes et (devenir) un Etat pluraliste et démocratique comme les autres. La religion deviendrait l’affaire privée de chacun, l’Etat perdrait son caractère juif, la nation regrouperait des citoyens parfaitement égaux sans avoir besoin de mentionner leur origine». J’applaudis, fini le sionisme.
Mais il y a plus. Une partie «non négligeable des Juifs ne veut aucun lien avec Israël, ou est très critique de ce pays. Un antisionisme juif existe». Pourquoi eux peuvent et moi pas?
Pourquoi ne pas suivre ce que disait, déjà en 1965, Friedmann dans «Fin du Peuple Juif» :
«Gardons une petite place pour notre inquiétude; maintenons quelques îlots d’angoisse juive, au moins dans la Diaspora, comme il y a des parcs protégeant des espèces végétales ou animales, menacées par les stupides massacres des hommes, quelques réserves de féconde, de salutaire angoisse d’où pourront (peut-être) jaillir des explosions prophétiques dont ce monde aurait tant besoin».
Ou Hannah Arendt:
«La représentation par Herzl du peuple juif comme encerclé… par un monde hostile a conquis aujourd’hui le monde sioniste… Que cette évolution ne nous surprenne pas ne rend pas cette représentation plus exacte, mais seulement plus dangereuse. Si nous sommes vraiment face à des ennemis déclarés, ou dissimulés de tous côtés, si finalement le monde entier est contre nous, alors nous sommes perdus».
Pourquoi Freud serait-il le seul à pouvoir dire ce qui suit, et que j’emprunte à Peter Gay, «Freud, une vie» :
«Einstein, semble-t-il, avait demandé (à Freud) de prendre parti publiquement en faveur du sionisme, et Freud avait refusé: «Quiconque veut influencer la foule doit avoir quelque chose de retentissant, d’enthousiaste à dire, et mon jugement pondéré et nuancé sur le sionisme ne va pas dans ce sens… Je ne crois pas que la Palestine deviendra jamais un Etat juif, et que le monde chrétien ou musulman acceptera jamais de laisser leurs sanctuaires aux mains des Juifs. J’aurais mieux compris que l’on ait fondé une patrie juive sur un sol vierge, non grevé historiquement». Il regrette de voir «le fanatisme irréaliste» de ses frères juifs éveiller la méfiance des Arabes. «Je ne puis trouver en moi l’ombre d’une sympathie pour cette piété fourvoyée qui fabrique une religion nationale à partir du mur d’Hérode, et pour l’amour de ces quelques pierres, ne craint pas de heurter les sentiments des populations indigènes»».
Ceux qui me connaissent, ne fût-ce qu’un peu, savent que ce que je viens d’écrire sur mon «antisionisme» n’est pas en contradiction avec mon soutien de toujours à l’existence de l’Etat d’Israël. Avec, pour souhait cependant, qu’il soit peuplé de nombreux Amos Oz.
Bien sûr, il est possible de s’opposer à la politique israélienne sans pour autant être antisémite. Toutefois, cette distinction devient de plus en plus difficile à maintenir.
Jimmy Carter : La politique actuelle d’Israël dans les Territoires palestiniens constitue un “système d’apartheid” où un Etat hébreu “totalement dominant” réprime la violence “en privant les Palestiniens de leurs droits humains fondamentaux”, écrit l’ancien président américain Jimmy Carter dans son livre Palestine : Peace Not Apartheid, paru en novembre 2006. Cet ouvrage – qui figure encore, quatre mois après sa parution, dans la liste des meilleures ventes du New York Times – a déclenché une vive polémique aux Etats-Unis. On a beaucoup reproché au Prix Nobel de la paix 2002 son emploi abusif du mot “apartheid” pour qualifier le traitement réservé aux Palestiniens par Israël. Le livre a aussi provoqué la démission de Kenneth Stein, spécialiste du Proche-Orient et conseiller de longue date de Carter.
Sur Internet Le site du Comité juif américain (AJC), où l’on peut télécharger l’article d’Alvin Rosenfeld “Progressive Jewish Thought and the New Anti-Semitism” : www.ajc.org
Le site du groupe Independent Jewish Voices, animé par des Juifs de gauche britanniques : www.ijv.org.uk/
L’article très controversé des universitaires américains John Mearsheimer et Stephen Walt est disponibleen VO sur le site de la London Review of Books ou en traduction française sur le site Protection-Palestine.
![[Valid RSS]](http://www.libertes-internets.net/archives/images/valid-rss.png)












10 janvier 2010 at 12:07
MONSIEUR (si l on peut dire ) tenit des pareilles insanites de la part d un semblant d intellectuel semble que le sionisme a pris un grosse part d avance avec la shoa ce qui merite d etre respecte tout comme dans toute rekigion le sionisme n est pas un mouvement integriste mais celui de gens qui aspirent a un patrie dans la paix et la tranquilite je vous rassure je ne suis pas sioniste maisje les comprends
j ai le plaisir de ne pasvous saluer etant pourtant poli,car pour l intellectuel que vous semblez etre cel cole bien bas
4 août 2010 at 1:33
Je ne me prend pas pour un intellectuel et je ne vous cache pas que je ne me suis pas donné la peine de tout lire mais si la paix passe par tuer je préfère faire la guerre en passant par guérir.
Combien de mort à cause d’Israël ? 50.000 arabes dans les grands conflits, plus de 1000 palestiniens et encore plus de blessé depuis l’an 2000.
Étant humain et étant sensé je ne peux que être anti-Sioniste même si une part de mes origines sont juives. N’est-il pas écrit dans la Torah l’interdiction de se faire une place en faisant du mal à autrui ?
N’est-il pas annoncé la venue d’un nouveau messager ?
N’y a t’il pas eu de nouvelle religion depuis le judaïsme ?
Ne croyez-vous pas que le paradis se mérite ?
6 avril 2011 at 4:02
très bon exposé , je reviendrais sur ce qu’est être juif et ce qu’est être sioniste . être juif c’est être de confession juive comme être catholique , musulman ou bouddhiste
être juif n’est pas une race comme veulent le faire croire les sioniste ,sur terre les hommes n’ont pas de différences génétique donc parler de race c’est être déjà de fait raciste.
parler de peuple juif « peuple » s’entend être une communauté humaine partageant un territoire
on ne pourrait alors parler de « peuple juif » qu’en Israël.nous serions obligés de considérer que les Musulmans qui vivent en Israël sont également Juifs et il faudrait exclure de cette définition tous les Juifs de la diaspora.il n’existe pas plus de peuple juif que de peuple musulman, chrétien,bouddhiste ….
être juif c’est donc être de confession juive pour approfondir le sujet lire :http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/qu-est-ce-qu-un-juif-4080
et maintenant être sioniste c’est être d’accord ou faire sien une idéologie politique nationaliste conceptualisé par Theodor Herzl .Le mouvement sioniste est né à la fin du XIXe siècle, parmi les communautés ashkénazes d’Europe centrale et orientale."C’est là que le bât blesse"si ont peut dire ,Les Ashkénazes sont les Juifs provenant d’Allemagne, de Pologne, de Russie, de l’ancien Empire austro-hongrois et plus généralement d’Europe Centrale et Orientale.ces juifs sont pour beaucoup des convertis durant l’histoire et pourtant prônant pour certains, ceux qui "adoptent"le sionisme donc un retour à la terre d’Israël hypothétiquement la terre d’origine des juifs Séfarades, sémites donc arabe
bref une mystification qui trouve tous de même son origine dans les persécutions des personnes de confession juive au 19 eme et 20éme siècle mais force est de constater que les sionistes ont utilisés ces persécution pour parvenir à leurs fins et cela à n’importe quel prix dont celui de collaborer avec le national socialisme dés 1933 La « Haavara Agreement » est signée le 7 août 1933 entre l’Agence juive et le gouvernement du Reich.lien :http://www.fonjallaz.net/Film-Amen/nazi-sionisme/Haavara-Agreement.html
utiliser la Shoah pour justifier ce "retour"démontre le machiavélisme de cette idéologie , spolier un peuple le chasser,l’emprisonner ,le torturer,l’affamer ,l’emmurer et cela depuis 60 ans en le justifiant par un crime "la Shoah" qui n’a pas été commis par les palestiniens est totalement inintelligible
la lueur d’espoir dans tous ca c’est les juifs antisionistes qui nous l’apportent ces personnes sont vraiment courageuses parce qu ils ne sont pas obligés de résister c’est leur conscience qui leurs fait résister à cette monstruosité créée par le 20éme siècle pour le palestinien c’est une obligation résister ou immigrer sont ses seuls solutions
pour finir dans l’état actuel du conflit seul une solution type Afrique du sud sera viable avec une population de nationalité palestinienne de confession juive,musulmane,chrétienne… sur le même territoire avec des institutions laïc et démocratique , je pense que c’est la seule voie à suivre sortir la religion de la sphère politique et aller vers une réconciliation nationale
juif antisioniste: http://www.ijsn.net/atranslation/234/
je finirais en disant que je garde confiance en la capacité de l’homme et en l’humanité à surmonter "ses démons" souvent il s’égare mais grasse par son unité et sa solidarité inhérente à ses gènes il a toujours surmonté ses travers pour évoluer nous sommes développé et évolué parce que nous sommes des animaux sociaux et non pas parce que nous sommes des entités repliés sur nous même
vive la Palestine libre dans un monde libre "il y a du boulot"
7 septembre 2011 at 7:23
J’aimerais tout d’abord remercier Victor Ginsburgh, nombres de détails éclairent de nouvelles parties du puzzle qui fait partie de ma grande curiosité, j’ai confiance en ces dires et adhère parfaitement sur les différents points qui vous font vous sentir Sioniste ou pas, ça parle du cœur et des vraies directions pour arriver à une entente entre peuple (si cela est possible…)
Ensuite, remercier bien sur "Spartacus" pour la précision de la position dans le temps et l’espoir qui anime tous ceux qui cherchent à vivre heureux.
Malheureusement, comme le dit Spartacus : "Il y a du boulot", changer la mentalité de dirigeants des médias
4 octobre 2011 at 3:51
[...] à la politique israélienne sans pour autant être antisémite. Toutefois, cette distinction devient de plus en plus difficile à [...]
19 mai 2013 at 11:13
M. Ginzburg, Je viens de tomber sur votre commentaire déjà ancien. Je partage l’essentiel de ce que vous aviez écrit, sauf la conclusion pour laquelle je pense que vous vous trompez en vous déclarant pour l’existence de l’Etat d’Israël tout en vous déclarant "antisioniste" ce qui est contradictoire.
Vous donnez à ce terme une définition qui vous convient alors que l’acceptation générale est tout autre. Aujourd’hui est considéré comme "sioniste" le simple fait pour un juif d’être en faveur de l’existence d’Israël; l’antisioniste lui étant soit pour son remplacement par un état purement palestinien soit par un état binational éphémère. Je suis belge comme vous, je n’ai pas l’intention d’émigrer mais il me suffit de refuser la destruction d’Israël pour être traité de "sioniste" avec un accent péjoratif et haineux.
Je pense qu’en vous exprimant de la sorte, vous donnez une couverture de respectabilité aux antisionistes qui veulent la disparition d’Israël et aux antisémites qui utilisent le même terme pour exprimer leur antisémitisme. Les citations antérieurs au génocide et à l’existence d’Israël avaient du sens avant ces évènements mais plus après.
J’ajouterais que je ne suis pas par principe opposé à l’état binational, je le vois très bien comme l’évolution de deux états séparés évoluant en confédération puis en fédération mais au bout d’un long processus d’apaisement et probablement sur plusieurs générations.