2009 décembre
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24 décembre 2009
Il fut un temps ou les Palestiniens étaient l’alibi qui permettait aux régimes totalitaires du monde arabe d’écraser toute dissidence interne, au nom de la lutte contre l’ennemi sioniste.
Aujourd’hui les Palestiniens sont les révélateurs de l’hypocrisie de ces mêmes régimes, qui s’allient avec Israël tout en continuant à brandir la rhétorique combative pour se maintenir au pouvoir.
La contradiction de cette posture sera leur pierre d’achoppement. On peut espérer que, dans un avenir proche, les moujahid sauront régler leur compte à ces ordures compradores et tortionnaires que sont Mubarak en Egypte, Ben-Ali en Tunisie, Hussein en Jordanie, Hassan au Maroc, Assad en Syrie etc etc. etc.
[Mustapha Cherif - Philosophe - Journal l'Expréssion - Algérie - 24/12/ 2009 - Page 14]
Qui viole les conventions humanitaires en infligeant une «punition collective» à un peuple démuni? Israël.
Qui opprime, colonise et bafoue le droit international? Israël.
Qui refuse la paix et sabote tous les efforts diplomatiques? Israël.
Qui résiste en permanence de manière pacifique et souffre le martyre? Le peuple palestinien.
Un an après l’agression meurtrière de Ghaza, les Palestiniens continuent à mourir à petit feu. Etouffés par l’enfermement criminel de la soldatesque sioniste entre les mains de l’extrême droite.
Qui, parmi les puissances étrangères, porte assistance à peuple en danger? Personne.
Qui, parmi les Arabes aide, soutient et tente de délivrer Ghaza des griffes de son bourreau? Personne.
Ghaza en ruine:
Les voies de passage sont au contraire, fermées et filtrées. La situation est tellement tragique que 16 ONG du monde entier, un an après le début des massacres à huis clos, dénoncent la trahison de la communauté internationale. Ce groupe d’organisations humanitaires reproche, à juste titre, au monde entier d’avoir trahi la population de la bande de Ghaza en se montrant incapable de mettre fin au blocus israélien pour permettre l’entrée d’aide à la reconstruction. Ghaza est toujours en ruine.
Ce qui se passe à Ghaza est un signe avant- coureur de ce qui attend les autres peuples demain, s’ils ne réagissent pas.
En effet, l’occupant israélien et ses complices asphyxient les Palestiniens. Ils n’ont autorisé en 2009 l’entrée dans le petit territoire palestinien que d’une quarantaine de chargements de matériaux de construction alors qu’il en faut des milliers pour reconstruire Ghaza, souligne le texte. «Les puissances mondiales ont (…) trahi les citoyens ordinaires de Ghaza», déclare Jeremy Hobbs, le directeur général d’Oxfam international… Ils ont serré des mains et fait des déclarations, mais n’ont réalisé que peu d’actions significatives pour tenter de modifier une politique désastreuse qui empêche la reconstruction, le rétablissement individuel et la reprise économique.
L’agression israélienne, en trois semaines, avait fait 1400 morts, la majorité des femmes et des enfants, et provoqué des dégâts immenses dans le territoire tenu par la résistance de Hamas, peuplé de 1,5 million de personnes.
Ces Palestiniens vivent sans couverture médicale, sans eau et sans électricité la plupart du temps, de par les coupures opérées par les sionistes. Le chômage et la mortalité atteignent des records mondiaux.
Face à la gravité de la situation, les peuples arabes réagissent à peine, émotionnellement, et sont eux-mêmes paralysés de par les despotismes et les contradictions des systèmes internes. Personne n’appelle à la guerre, mais demandent l’arrêt de l’agression d’une population totalement démunie, soumise au blocus et à la féroce répression. Des régimes arabes, malgré leur histoire, sont paralysés par la crainte de voir une seule faction de la résistance, à l’idéologie contestée, profiter de la situation. Prisonniers de visions défaitistes, ils se retrouvent incapables d’une analyse historique qui permet de définir une stratégie.
La tragédie de Ghaza est celle de tous les pays arabes et les atteindra si l’inaction perdure. La priorité est à la mise en oeuvre de nouvelles alliances. L’arme de notre temps est avant tout informationnelle.
Il s’agit de communiquer, de comprendre les enjeux, de soutenir la coexistence entre les peuples, la logique du mouvement de libération, et d’amener les adversaires à s’inscrire dans la négociation sur la base du droit et non point de la loi de la jungle.
Au sein des Palestiniens, pour défendre leur intérêt fondamental, l’indépendance et la liberté, il y a une unité à fonder, une stratégie à concevoir et un coût à assumer. La lutte de libération en Algérie a triomphé sur ces bases.
La résistance palestinienne, durant la sauvage agression, malgré ses limites, a démontré qu’elle est capable de sacrifices. Le monde arabe et musulman, durant des décennies, n’a pas su gérer cette question centrale.
La proposition de paix, adoptée à l’unanimité des pays arabes depuis 2002, fondée sur la normalisation avec Israël, en échange des territoires occupés en 1967, est conséquente. Mais elle restera ignorée si des mesures concrètes ne sont pas prises.
Des régimes arabes et ces dernières années des groupes manipulés, ignorants des réalités du monde, alimentent la peur et la propagande islamophobe, dans le contexte de la mondialisation de l’insécurité. De leur côté, les Israéliens et des Occidentaux ne veulent pas voir l’injustice immonde que subissent les Palestiniens.
Il reste à tirer les leçons pour corriger les points d’aveuglement. Sans correction de l’autisme israélien et occidental, et sans correction des erreurs arabes par des actions constructives, contrecarrer la désinformation au sujet de la cause palestinienne restera une mission impossible, même si Ghaza est le symbole de l’impunité d’Israël.
La guerre perpétuelle s’annonce. La politique du deux poids, deux mesures, au détriment des Palestiniens, a pris des proportions inadmissibles. Elle est contraire aux intérêts des pays occidentaux. Cela ruine leur crédibilité, la sécurité de tous et l’idée d’un ordre mondial juste.
L’Europe n’est pas quitte avec son passé. Des pouvoirs en Occident, traumatisés par le génocide des juifs d’Europe, ont encore mauvaise conscience.
L’instrumentalisation de l’innommable, la Shoah, constitue le socle, du fait qu’Israël se place au-dessus de toute loi. Le sionisme mise sur le souvenir de la Shoah et la peur pour la mise au silence de toute critique à l’encontre de sa politique.
L’Israélien gère l’immense catastrophe qu’a été pour lui la Shoah, par son exploitation pour se réfugier dans l’impunité. La répression du peuple palestinien est le résultat de calculs liés à l’ambition d’hégémonie.
Pour obtenir l’aval de la communauté internationale en vue de coloniser, de réprimer, de dominer; la propagande stigmatise, alimente le «choc des civilisations», diabolise et inculque que tout musulman serait un extrémiste.
Elle fait diversion, même si l’opinion n’est pas dupe et que des courants dénoncent le bellicisme et les crimes de guerre. Comble de la partialité, les Occidentaux décident de désarmer le Palestinien, la victime, le colonisé, et lui demandent de reconnaître son bourreau.
L’Occident dit assurer la sécurité au colonisateur et évite de garantir au colonisé sa libération. Le cynisme a atteint un degré inégalé.
Ghaza impose une question: comment Israël et les USA, et des pays européens consentants, peuvent-ils s’imaginer obtenir sécurité et paix en violant les règles de la guerre et en semant la mort et la haine?
Ce n’est pas un simple aveuglement ou un racisme ordinaire. Israël et ses alliés considèrent que l’obstacle à l’hégémonie des USA et du libéralisme sauvage sur le monde, en premier lieu, est les peuples de culture musulmane.
L’invention d’un nouvel ennemi a pour but, non pas de lutter contre le terrorisme, mais de faire diversion, d’empêcher que les questions des crises et des inégalités que vit l’humanité soient abordées.
Diviser pour régner, multiplier les colonies, rendre irréversible la domination, est la ligne d’Israël, qui ne semble pouvoir exister que dans le bellicisme. Politique systématique de morcellement des territoires occupés, d’apartheid. Ghaza coupée du monde. Israël et ses complices imposent un ordre totalitaire, de murs et de contraintes.
C’est le refus de la réciprocité, base de la civilisation. Le tout est habillé par des stratagèmes et des faits accomplis, au lieu et place du droit international. S’allier, est un impératif. Personne ne peut, seul, faire face aux incertitudes. Dans ce contexte, dialoguer ce n’est point refuser la critique mais comporte des conséquences: droit à la dignité, à la démocratie pour tous.
La solution finale? La violence sioniste empêche de réinventer une nouvelle civilisation, qui fait défaut au monde.
Ce qui se joue en Palestine est l’avenir du droit à la différence, du droit des peuples, même si certains de ceux qui résistent ont une version réactionnaire de la religion et de la politique.
L’Occident ne doit pas se laisser bercer par les avancées significatives qu’il a réalisées, et encore moins influencer par les milieux acquis à la logique de l’exclusion.
Il doit faire le bilan sur son histoire et s’interroger sur les risques qu’il fait courir à l’humanité, de par les inégalités qu’il impose. Le monde musulman, sur le plan externe, ne peut céder face aux agressions, et, au niveau interne, il doit s’interroger sur les dérives des extrémistes «politico-religieux» et l’absence de pratiques démocratiques.
Cette double résistance sera salutaire si elle prend en compte ces enjeux. Ghaza est le trou noir qui appelle à la réflexion vigilante.
C’est une forme de solution finale nazie que les sionistes veulent imposer.
Tous les peuples sont concernés par ce qui se passe à Ghaza. Il est temps de se réveiller. L’Algérie, le pays de Novembre, à la lutte de libération la plus prestigieuse du XXe siècle, est à la fois la terre de la sagesse, de la dignité et de la culture de la résistance. Son parcours est une leçon que tous doivent méditer.
Mustapha CHERIF – Philosophe <intellectuels@yahoo.fr>
21 décembre 2009
L’article du journal Aftonbladet n’était donc pas "une fable antisémite" comme le gouvernement israélien avait prétendu, voulant même forcer le gouvernement suédois à sanctionner le journal qui l’avait publié.Comme quoi, les manoeuvres d’intimidation ne fonctionnent plus !
[The Guardian - 21/12/2009]
Doctor admits Israeli pathologists harvested organs without consent
Israel has admitted pathologists harvested organs from dead Palestinians, and others, without the consent of their families – a practice it said ended in the 1990s – it emerged at the weekend. The admission, by the former head of the country’s forensic institute, followed a furious row prompted by a Swedish newspaper reporting that Israel was killing Palestinians in order to use their organs – a charge that Israel denied and called "antisemitic".
The revelation, in a television documentary, is likely to generate anger in the Arab and Muslim world and reinforce sinister stereotypes of Israel and its attitude to Palestinians. Iran’s state-run Press TV tonight reported the story, illustrated with photographs of dead or badly injured Palestinians.
Ahmed Tibi, an Israeli Arab MP, said the report incriminated the Israeli army.
The story emerged in an interview with Dr Yehuda Hiss, former head of the Abu Kabir forensic institute near Tel Aviv. The interview was conducted in 2000 by an American academic who released it because of the row between Israel and Sweden over a report in the Stockholm newspaper Aftonbladet.
Channel 2 TV reported that in the 1990s, specialists at Abu Kabir harvested skin, corneas, heart valves and bones from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers, often without permission from relatives.
The Israeli military confirmed to the programme that the practice took place, but added: "This activity ended a decade ago and does not happen any longer."
Hiss said: "We started to harvest corneas … whatever was done was highly informal. No permission was asked from the family."
However, there was no evidence that Israel had killed Palestinians to take their organs, as the Swedish paper reported. Aftonbladet quoted Palestinians as saying young men from the West Bank and Gaza Strip had been seized by the Israeli forces and their bodies returned to their families with missing organs. The interview with Hiss was released by Nancy Scheper-Hughes, professor of anthropology at the University of California-Berkeley who had conducted a study of Abu Kabir.
She was quoted by the Associated Press as saying that while Palestinians were "by a long shot" not the only ones affected, she felt the interview must be made public, because "the symbolism, you know, of taking skin of the population considered to be the enemy, [is] something, just in terms of its symbolic weight, that has to be reconsidered."
Israel demanded that Sweden condemn the Aftonbladet article, calling it an antisemitic "blood libel". Stockholm refused, saying that to so would violate freedom of speech in the country. The foreign minister then cancelled a visit to Israel, just as Sweden was taking over the EU’s rotating presidency.
Hiss was removed from his post in 2004, when some details about organ harvesting were first reported, but he still works at the forensic institute.
Israel’s health ministry said all harvesting was now done with permission. "The guidelines at that time were not clear," it said in a statement to Channel 2. "For the last 10 years, Abu Kabir has been working according to ethics and Jewish law."
http://www.guardian.co.uk/world/2009/dec/21/israeli-pathologists-harvested-organs
21 décembre 2009
Dans cette vidéo, ce n’est pas l’humoriste qui est drôle, c’est les gens montent dans le bus…
Enorme : l’humoriste Olivier Perrin, vêtu d’une blouse blanche, armé d’une seringue et protégé par un masque, interpelle les passants dans un quartier de Paris et les oblige à se faire vacciner.Hilarant. Une vidéo de bakchich.info
21 décembre 2009
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Manipulation de l'opinion 1 Comment
[F. William Engdahl - trad. Nathalie Krieg - Voltaire - 16 /12/2009]
OMS : le « pape de la grippe A » accusé de corruption
On le surnomme « Dr Flu » (Docteur Grippe), le professeur Albert Osterhaus est le principal conseiller de l’Organisation mondiale de la Santé face à la pandémie de grippe H1N1. Depuis plusieurs années, il prédit l’imminence d’une pandémie globale et ce qui se passe aujourd’hui semble lui donner raison.
Cependant, le scandale qui a éclaté aux Pays-Bas et fait l’objet d’un débat au Parlement a mis en évidence ses liens personnels avec les laboratoires fabriquant les vaccins qu’il fait prescrire par l’OMS.
F. William Engdhal relate comment un expert peu scrupuleux a pu manipuler l’opinion publique internationale, surévaluer l’impact de la grippe H1N1, et faire la fortune des laboratoires qui l’emploient.
Dans le courant de cette année, le Parlement néerlandais [1] nourrissait des soupçons à l’encontre du fameux Dr Osterhaus et avait ouvert une enquête pour conflit d’intérêts et malversations. Hors des Pays-Bas et des médias néerlandais, seules quelques lignes dans la très respectée revue britannique Science firent mention de l’enquête sensationnelle sur les affaires d’Osterhaus.
Ni les références, ni l’expertise d’Osterhaus dans son domaine n’étaient remises en question. Ce qui est mis en cause, comme nous l’apprend la revue Science dans une simple dépêche, c’est l’indépendance de son jugement personnel en matière de pandémie de grippe A. Science publiait ces quelques lignes à propos d’Osterhaus dans son édition du 16 octobre 2009 :
« Aux Pays-Bas, ces six derniers mois, il était difficile d’allumer sa télévision sans voir apparaître le célèbre chasseur de virus Albert Osterhaus et l’entendre parler de la pandémie de grippe A. Du moins, c’est ce que l’on croyait. Monsieur Grippe, c’était Osterhaus, le directeur d’un laboratoire de réputation internationale au sein du Centre médical de l’Université Érasme de Rotterdam. Mais, la semaine dernière, sa réputation est descendue en flamme après que des soupçons ont été émis sur sa velléité d’attiser les craintes d’une pandémie dans le but de servir les intérêts de son propre laboratoire dans la mise au point de nouveaux vaccins. Au moment où Science mettait sous presse, la Deuxième Chambre du Parlement néerlandais annonçait même que la question serait débattue en urgence. » [2]
Le 3 novembre 2009, sans pour autant en sortir indemne, Osterhaus avait su éviter les dégâts. Sur le site de Science, on pouvait lire dans l’un des blogs : « La Deuxième Chambre du Parlement néerlandais a aujourd’hui rejeté une motion exigeant que le gouvernement rompe tout lien avec le virologiste Albert Osterhaus du Centre médical de l’Université Erasmus de Rotterdam, qui fait l’objet d’une mise en accusation pour conflit d’intérêts en tant que conseiller gouvernemental. De son côté, le Ministre de la Santé Ab Klink annonçait dans le même temps une loi [3] pour la transparence du financement de la recherche, contraignant les scientifiques à révéler les liens financiers qu’ils entretiennent avec des entreprises privées. » [4]
Dans un communiqué sur le site Internet du Ministère de la Santé, M. Klink, dont on sait qu’il compte parmi les amis personnels d’Osterhaus [5], affirmait par la suite que ce dernier n’était qu’un conseiller du Ministère parmi de nombreux autres sur les questions des vaccins contre la grippe A H1N1. Il s’est aussi dit « au courant » des intérêts financiers d’Osterhaus [6] : ils ne cachent rien d’extraordinaire, simplement le progrès de la science et de la santé publique. Du moins, c’est ce qu’on croyait.
Un examen plus poussé du dossier Osterhaus laisse entrevoir que ce virologiste néerlandais à la renommée internationale pourrait se trouver au centre d’une arnaque mettant en jeu plusieurs milliards d’euros autour de l’idée d’une pandémie. Un système frauduleux dans lequel des vaccins non-testés sont injectés à des humains, au risque —cela c’est déjà produit— de provoquer de sévères séquelles, de graves paralysies, voire des décès. (en savoir plus…)
19 décembre 2009
[Thierry Meyssan - Voltaire - 18/12/2009]
Alors qu’une gigantesque campagne de presse présente le sommet de Copenhague sur les changements climatiques comme celui de la dernière chance pour « sauver la planète », Thierry Meyssan estime que, malgré les apparences, les questions en débat ne sont pas d’ordre environnemental, mais financier. Selon lui, il ne s’agirait pas d’inventer un nouveau modèle de production écologique, mais de relancer le capitalisme anglo-saxon. Dans ce premier article, il souligne la méprise initiale : il n’y a pas, à l’ONU, de consensus scientifique. Simplement parce qu’il ne peut pas y en avoir en un tel lieu.
La venue annoncée de 110 chefs d’État et de gouvernement au sommet de Copenhague sur les changements climatiques semble créditer l’existence d’un consensus international : le climat de la terre se réchaufferait et ce changement serait imputable à l’activité industrielle.
Plutôt que de discuter le bien-fondé ce cette assertion, je voudrais montrer qu’elle n’a pas de base scientifique, mais ressort uniquement de la politique. Je traiterais dans un article ultérieur le profil des responsables actuels de la lutte contre ler échauffement climatique et leurs mobiles.
Pour comprendre ce que signifient les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) —l’instance de l’ONU qui a élaboré la doxa actuelle et qui a reçu pour cela le Prix Nobel de la Paix au côté d’Al Gore—, il faut observer que c’est la seconde fois qu’une organisation composée d’experts désignés par les États est créée au sein de l’ONU pour dire la Science.
L’IY2KCC
La première expérience de ce type d’organisation est le Centre de coopération internationale pour l’année 2000 (IY2KCC). Son histoire peut nous apprendre beaucoup sur ce qui se passe actuellement à Copenhague.
Dès 1996, l’idée que les logiciels informatiques tomberaient en panne en l’an 2000 a commencé à circuler. Le sénateur républicain Bob Bennett a attiré l’attention de ses collègues sur les implications dramatiques que cela pourrait avoir sur les marchés financiers, à une époque où les transactions boursières sont orchestrées par des programmes informatiques réagissant au millième de seconde à la moindre variation de cours. Le fait que Bennett soit une haute personnalité de l’Église de Jésus-Christ et des Saints des Derniers Jours (« les mormons ») laissait à penser que le danger évoqué n’était peut être qu’une peur millénariste. Cependant, le sénateur fut rapidement soutenu par des « experts ». Bientôt le Federal Financial Institutions Examination Council (FFIEC), qui regroupe les différentes instances fédérales régulant les marchés financiers, décida d’harmoniser ses systèmes informatiques en vue de l’an 2000.
En novembre 1997, Bob Bennett et son collègue démocrate Christopher Dodd présentèrent et firent adopter le Computer Remediation and SHareholder Protection Act (littéralement la loi sur la réparation des ordinateurs et la protection des actionnaires, mais l’important est que cela constitue l’acronyme CRASH Protection Act). Ils écrivirent également au président Bill Clinton pour qu’il prenne le leadership mondial pour résoudre ce problème.
Le vice-président Al Gore s’empara de l’affaire. Il s’était forgé, à tort ou à raison, l’image d’un milliardaire qui s’était engagé à équiper son pays « d’autoroutes de l’information » (c’est-à-dire de réseaux de communication donnant notamment accès à Internet). Il installa à la Maison-Blanche un Conseil présidentiel pour l’adaptation de l’année 2000 (President’s Y2K Conversion Council) [1]. La direction en fut confiée à Josh Koskinen, jusque-là chargé d’élaborer la politique fiscale à l’égard de l’industrie de l’informatique. La dénomination du Conseil utilise un mot ambigu « Conversion » (que j’ai traduis par « adaptation »). Dans le contexte de l’an 2000, il évoque aussi la nécessaire conversion que les chrétiens fondamentalistes doivent opérer pour conjurer la fin des temps. (en savoir plus…)
16 décembre 2009
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Revue de Web [3] Comments
C’est presque un compliment !
[Benjamin Bonneau - JDD - 10/12/2009]
Nicolas Sarkozy a de la mémoire. Et la rancœur tenace. Mardi, alors qu’il décorait Dominique Farrugia de la Légion d’honneur, le chef de l’Etat en a profité pour régler certains comptes. Devant un prestigieux parterre d’invités du monde médiatique, il s’est d’abord lancé dans un discours dithyrambique sur…l’humour des Nuls, parfois vulgaire, certes, mais qui avait le mérite de ne jamais s’attaquer à l’individu, selon lui. Tout le contraire, en somme, des Guignols de l’info.
La critique est à peine voilée -le chef de l’Etat n’a jamais prononcé le nom des célèbres marionnettes-, mais c’est bien vers elles que se dirigeait son courroux. On se souvient que le Canard Enchaîné avait raconté par le menu la colère présidentielle eu égard au traitement infligé par les marionnettes à son fils Jean dans l’affaire de l’Epad. Selon Le Point, il aurait fixé dans les yeux Bertrand Méheut, patron de Canal+, pendant tout son discours. Une manière de lui signifier de mettre la pédale douce. Des témoins racontent même qu’il aurait évité de lui serrer la main lors du cocktail qui a suivi. Une attitude habituelle chez Nicolas Sarkozy, qui n’en est pas à son coup d’essai. Patrick de Carolis et Patrice Duhamel, patrons de France Télévisions, tancés pour leur grille des programmes jugée insatisfaisante, ne diront pas le contraire. Julien Courbet, dans le viseur élyséen depuis son arrivée sur le service public, non plus. Quant à Marc-Olivier Fogiel, il est lui aussi entré dans ce cercle fermé.
Selon Le Parisien de jeudi, Nicolas Sarkozy aurait en effet profité de la présence de l’animateur vedette d’Europe 1 pour lui demander des comptes. De façon assez "virile" racontent des témoins de la scène. En septembre 2008, l’ancien animateur télé avait osé demander à sa femme si elle l’aurait épousé s’il n’avait pas été président de la République. "Je m’en souviendrai", a lâché Nicolas Sarkozy, choqué par cette question et ce qu’elle induisait. "Il a trouvé la question un peu abrupte, a raconté MOF. Je lui ai expliqué qu’elle était certes maladroite, mais qu’elle se posait." Visiblement pas selon Nicolas Sarkozy.
http://www.lejdd.fr/Medias/Television/Actualite/Sarkozy-epingle-les-Guignols-et-Fogiel-157049/
16 décembre 2009
A partir du moment où on valide cette fiction d’Israël comme étant un "Etat juif" (comme le dit la totalité de la presse) alors il n’y a pas de raison de s’offusquer des propos de Neeman. Dans un Etat caractérisé par un fait religieux (le judaisme) il est normal que la loi religieuse soit plus importante que la loi républicaine. Après tout, c’est ce qui se passe déjà dans les Emirats Arabes..
Mais dans ce cas là faut juste arrêter de nous bassiner avec la propagande du "Israël, état démocratique"….
[Adrien Jaulmes - Le Figaro - 10/12/2009]
Les Israéliens laïques voient avec inquiétude croître le poids des religieux.
Le ministre israélien de la Justice a déclenché un tollé en déclarant que la Torah devait progressivement remplacer la loi israélienne. «Petit à petit, nous imposerons aux citoyens d’Israël les lois de la Torah, et nous ferons de la Halakhah (la jurisprudence rabbinique) la loi régissant la nation , a déclaré lundi soir Yaacov Neeman lors d’une intervention publique devant une assemblée rabbinique à Jérusalem. «Nous devons imposer l’héritage des pères de la nation. La Torah donne la réponse complète à toutes les questions qui nous interpellent» , a-t-il ajouté. Le ministre a été vivement applaudi, notamment par le grand rabbin ashkénaze d’Israël, Yona Metzger, et le rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel du parti orthodoxe séfarade Shass.
Exclusivité juridique
Retransmis mercredi par la radio israélienne, ces propos ont très vite soulevé une vague de réactions indignées. Tzipi Livni, chef du parti d’opposition Kadima, juge que de tels commentaires devraient «susciter l’inquiétude de tout citoyen soucieux d’Israël et de ses valeurs démocratiques». Yossi Beilin, figure de la gauche et ancien ministre de la Justice, estime que Yaacov Neeman devrait être «immédiatement démis de ses fonctions». «Cette remarque reflète l’inquiétant processus de talibanisation en cours dans la société israélienne» , met en garde Haim Oron, le chef du parti d’extrême gauche Meretz. Le bureau du ministre de la Justice a tenté de faire machine arrière en publiant un communiqué embarrassé : «Le ministre tient à souligner que cette remarque n’était pas un appel à remplacer les lois de l’État d’Israël par la loi religieuse. Il n’a fait qu’évoquer en termes généraux l’importance de la loi juive dans la vie du pays.»
La question de la loi religieuse est sensible en Israël. Le judaïsme reste le principal ciment d’une société d’immigrants issus de différents pays, mais les Israéliens laïques voient avec inquiétude croître le poids des religieux et l’influence politique de leurs partis.
La Constitution n’a jamais été adoptée depuis la création de l’État, pour ne pas placer un texte législatif au-dessus de la Torah. L’État fait respecter la fermeture du sabbat et laisse des pans entiers du système légal aux autorités religieuses. Les tribunaux rabbiniques bénéficient de l’exclusivité juridique en ce qui concerne le statut des individus. Mariages comme divorces sont soumis aux autorités religieuses, et il n’existe pratiquement pas de cimetières laïques. Un système d’éducation religieuse reconnu par l’État et bénéficiant d’aides publiques coexiste avec le système national. Les ultraorthodoxes sont exemptés de service militaire.
Autrefois très minoritaires, les partis religieux sont devenus des acteurs clefs du jeu politique, faisant et défaisant les majorités dans un système où la proportionnelle donne un poids considérable aux petites formations. La coalition du gouvernement actuel repose en large partie sur les partis religieux, notamment le Shass, séfarade, et les partis ultraorthodoxes de la Liste de la Torah unifiée. Ces partis sont favorables à une extension de l’influence religieuse. Nétanyahou s’est abstenu de commenter les propos de son ministre de la Justice.
http://www.lefigaro.fr/international/2009/12/10/01003-20091210ARTFIG00548-et-si-la-torah-se-substituait-a-la-loi-israelienne8230-.php
16 décembre 2009
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Privacy,
Surveillance,
Vie privée 1 Comment
[L'informaticien - 11/12/2009]
Les données ne restent plus cantonnées dans le périmètre de l’entreprise. Pourtant de nombreuses données sensibles sont disséminées dans la nature lors de la fin de vie d’un matériel.
Malgré certaines obligations légales, le processus d’effacement des données est souvent oublié. Pour la plupart des utilisateurs, effacer des données, les mettre dans la corbeille et vider la corbeille suffisent à leur faire croire que la donnée est détruite.
Hélas c’est loin d’être le cas. Un formatage du disque ne détruit pas les données mais juste la table les reliant à l’endroit où elles on été inscrites. Pourtant 700 ordinateurs portables sont perdus ou volés sur le seul aéroport de Roissy chaque semaine.
Par an, 1600 téléphones mobiles sont volés avec violence suivant une statistique récente des services de police. Même la réécriture multiple ne permet pas réellement d’effacer des données inscrites sur le disque dur.
Il n’existe en fait que trois méthodes définitives, l’écrasement total des données d’un disque dur, la démagnétisation et le broyage du disque dur. Selon différents alinéas de l’article 226 du code pénal, les entreprises ont cependant l’obligation de détruire certaines données présentes sur les disques durs avant de les réutiliser, de les remettre sur le marché ou de les détruire.
Le non respect de ces mesures est passible de 5ans d’emprisonnement au maximum et d’une amende de 300 000 E. Cela éviterait quelques cas fâcheux comme celui d’un ordinateur acheté 77 £ sur EBay et qui contenait des informations sur des millions de clients de la RBS (Royal Bank of Scotland) et de sa filiale Natwest ou encore un disque acheté d’occasion en ligne qui comprenait des données sur les missiles déployés en Irak par l’armée américaine ! Une étude récente démontre d’ailleurs que 40 % des disques durs achetés d’occasion contiennent des données récupérables et que 30 % contiennent des données aussi sensibles que des numéros de cartes bancaires !
http://www.linformaticien.com/Actualit%C3%A9s/tabid/58/newsid496/7470/l-effacement-de-donnees-au-c-ur-de-la-securite-des-entreprises/Default.aspx
16 décembre 2009
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Revue de Web 1 Comment
Vous êtes en train de manifester. Vous êtes contrôlé par les forces de l’ordre, arrêté, accusé, jugé en comparution immédiate ou fiché. Et vous ne connaissez pas vos droits. Pour rappeler la loi et ses limites, le Syndicat de la magistrature a créé le "Guide du manifestant arrêté". A la première édition de 2005, vient s’ajouter une nouvelle version plus complète et actualisée.
"La situation s’est aggravée sur tous les fronts", s’indigne le Syndicat de la magistrature en guise d’introduction à ce guide, citant les arrestations de lycées, les intimidations de faucheurs d’OGM, ou encore le décret contre les cagoules. Le "Guide du manifestant arrêté" rappelle à propos de cette dernière disposition que, pour être condamné, il faut prouver "que vous avez dissimulé votre visage afin de ne pas être identifié (et non parce que vous avez froid ou pour ne pas transmettre la grippe) et que cette dissimulation faisait craindre des troubles à l’ordre public (et donc que vous vous apprêtiez à commettre du vandalisme).
Le "Guide du manifestant arrêté" propose également des conseils si votre nom apparaît dans les fichiers policiers et judiciaires. Ils "ont une tendance à se multiplier, sans que personne ne s’en inquiète vraiment", dénonce le Syndicat de la magistrature qui rappelle qu’il est possible de faire effacer certaines données.
Ce "Guide du manifestant arrêté" "n’a d’autre ambition que d’exposer les droits et devoirs des citoyens et de la puissance publique dans l’une des expressions majeures de la démocratie que constitue la manifestation", se défend au passage le Syndicat de la magistrature.
> Le "Guide du manifestant arrêté" est disponible sur le site guidedumanifestant.org. Il est également diffusé cette semaine avec le magazine Les Inrockuptibles.
16 décembre 2009
[Tijani Samoui - Metro 13-12-2009
Tour à tour, Google, Yahoo et Facebook viennent de montrer des signes inquiétants de mépris de la confidentialité des données.
Mercredi, Facebook, le réseau social qui compte 350 millions d’utilisateurs dans le monde, a changé son système de gestion des données personnelles.
Telle que décrite par le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, dans sa lettre ouverte aux utilisateurs, cette refonte des paramètres de confidentialité se voulait une simplification.
Elle viserait à offrir aux internautes un meilleur contrôle sur la visibilité de chaque donnée personnelle et de chaque information publiée sur sa page.
Ce n’est pas totalement faux, l’apparition d’un petit cadenas à côté du champ de saisie permettant désormais de choisir au cas par cas, pour chaque publication, à qui l’on souhaite permettre la lecture de son statut ou du contenu multimédia que l’on publie sur sa page.
Facebook et ses réglages alambiqués
Le hic, c’est qu’une fois ce paramètre ajusté, le cadenas vire au gris : il n’est plus possible de modifier son choix. En outre, la transition s’est accompagnée d’un tel changement de jargon qu’une chatte n’y retrouverait plus ses petits.
Beaucoup plus grave du point de vue de la protection des données, lors de la bascule d’un système à l’autre, proposée automatiquement dès la première identification sur le site, la plupart des réglages préexistants sont remplacés par une configuration beaucoup plus laxiste. A croire que la manoeuvre ne visait qu’à cela.
En soi, rien de très grave si l’on prend soin de faire un tour dans le menu "Confidentialité" pour y mettre bon ordre, mais cela pourrait être beaucoup plus embêtant pour qui ne le fait pas.
Désormais en effet, les contenus non "protégés" ne seront plus seulement accessibles de vos amis, des amis de vos amis ou encore de l’ensemble des utilisateurs Facebook, mais du monde entier. Sous l’apparente mesure de protection, on peut du coup douter de la noblesse des intentions de Facebook.
Google, le géant de la recherche ayant annoncé il y a quelques semaines qu’il indexerait bientôt en temps réel les contenus de Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, l’objectif non avoué du site de socialisation semblait à l’évidence de lui ouvrir le plus de pages possible.
Yahoo et les espions
La semaine dernière, le site cryptome.org, qui s’est fait une spécialité d’accueillir des documents impubliables ailleurs, a révélé une notice interne à Yahoo expliquant par le menu aux agences de renseignement gouvernementales comment utiliser leurs services.
Dans ce guide du parfait espion informatique, sobrement intitulé "guide de conformité pour l’application des lois", on découvre notamment la grille tarifaire que pratique Yahoo. Ainsi, pour un investissement de 20 à 60 dollars, la firme propose aux services de police américain un panel d’informations qui peuvent aller des seules coordonnées d’un internaute, au contenu intégral de sa boîte mail, voire à l’ensemble des données collectées à son sujet, c’est à dire aussi bien ses recherches sur le web, que ses messages instantanés, ses photos publiées sur Flickr, ou encore ses échanges sur les forums Yahoo Groups.
La firme n’a ni nié, ni confirmé l’authenticité de ce document, mais elle a bataillé pour en empêcher la publication… au nom de sa propriété intellectuelle.
Le regard qu’a Google sur la vie privée
A tout seigneur tout honneur, on ne peut évoquer ce sujet sans faire mention du moteur de recherche roi. A travers ses services de messagerie, de travail collaboratif ou encore de géolocalisation, Google détient potentiellement un dossier d’une redoutable précision sur chacun de ses utilisateurs.
Récemment interviewé par le site américain CNBC, Eric Schmidt, le PDG de Google a déclaré sous forme de boutade "si vous souhaitez que personne ne soit au courant de certaines choses que vous faites, peut-être que vous ne devriez tout simplement pas les faire".
Loin d’apporter aux internautes l’assurance que la firme respecte et protège la vie privée, Schmidt a expliqué sans faux semblant que Google, comme tout moteur de recherche conserve nécessairement des données personnelles au moins un certain laps de temps. Période durant laquelle, au moins aux Etats-Unis, les autorités peuvent s’enquérir de ces informations en s’appuyant sur la loi antiterroriste "Patriot Act". En somme, ce n’est pas son affaire.
Outre les réactions atterrées des associations de défense de la vie privée, on notera celle de hauts responsables de la fondation Mozilla qui édite Firefox, la principale alternative à Internet Explorer. "Oui, Bing respecte mieux votre vie privée que Google." a ainsi déclaré Asa Dotzler, le coordinateur des développements de Firefox. Ne mâchant pas ses mots, alors que sa fondation doit le plus gros de ses revenus à Google, il n’hésite pas à recommander de renoncer à ce moteur de recherche au profit du Bing de Microsoft, dont les règles de respect de la vie privée seraient selon lui plus scrupuleuses.
http://www.metrofrance.com/high-tech/internet-menaces-sur-votre-vie-privee/milm!7XASlEjqK8xWM/
16 décembre 2009
[Standblog - 11/12/2009]
Eric Schmidt, patron de Google, vient de commettre un superbe dérapage sur le thème de la vie privée[1] :
Je pense qu’il faut faire preuve de jugeotte. S’il y a quelque chose que vous faites et que personne ne doit savoir, peut-être qu’il faudrait commencer par ne pas le faire. Si vous avez besoin qu’on respecte à ce point votre vie privée, le fait est que les moteurs de recherche – y compris Google – enregistrent et conservent des informations pendant un certain temps. Il faut bien réaliser que nous, aux USA, sommes soumis au Patriot Act et donc qu’il est possible que toutes ces informations soient mises à la disposition des autorités à leur demande.
La réaction de l’excellent Bruce Schneier, expert en sécurité de renom, date de 2006, mais elle est toujours valable, et il vient de la publier à nouveau à l’occasion de la bévue du patron de Google :
La notion de vie privée nous protège de ceux qui ont le pouvoir, même si nous ne faisons rien de mal au moment où nous sommes surveillés. Nous ne faisons rien de mal quand nous faisons l’amour ou allons aux toilettes. Nous ne cachons riens délibérément quand nous cherchons des endroits tranquilles pour réfléchir ou discuter. Nous tenons des journaux intimes, chantons seuls sous la douche, écrivons des lettres à des amoureux secrets pour ensuite les brûler. La vie privée est un besoin humain de base.
(…) Si nous sommes observés en toute occasion, nous sommes en permanence menacés de correction, de jugement, de critique, y compris même le plagiat de nous-même. Nous devenons des enfants, emprisonnés par les yeux qui nous surveillent, craignant en permanence que – maintenant ou plus tard – les traces que nous laissons nous rattraperont, par la faute d’une autorité quelle qu’elle soit qui porte maintenant son attention sur des actes qui étaient à l’époque innocents et privés. Nous perdons notre individualité, parce que tout ce que nous faisons est observable et enregistrable. (…)
Voici la perte de liberté que nous risquons quand notre vie privée nous est retirée. C’est la vie dans l’ex-Allemagne de l’Est ou dans l’Irak de Saddam Hussein. Mais c’est aussi notre futur si nous autorisons l’intrusion de ces yeux insistants dans nos vies personnelles et privées.
Trop souvent on voit surgir le débat dans le sens "sécurité contre vie privée". Le choix est en fait liberté contre contrôle. La tyrannie, qu’elle provienne de la menace physique d’une entité extérieure ou de la surveillance constante de l’autorité locale, est toujours la tyrannie. La liberté, c’est la sécurité sans l’intrusion, la sécurité avec en plus la vie privée. La surveillance omniprésente par la police est la définition même d’un état policier. Et c’est pour cela qu’il faut soutenir le respect de la vie privée même quand on n’a rien à cacher.
A cette occasion, mon collègue Asa Dotzler explique comment faire pour que votre Firefox passe de Google à Bing, alors qu’il explique que la politique de respect de la vie privée est meilleure chez Microsoft que chez Google. Evidemment, ça fait couler de l’encre virtuel…
http://standblog.org/blog/post/2009/12/11/D%C3%A9rapage-d-Eric-Schmidt-de-Google
16 décembre 2009
[Benjamin Bayart - Blog FDN - mercredi 02 décembre]
Une information piochée dans la presse me pose un peu soucis.
Au moins plusieurs pistes de réflexion à partir de cet article:
- le côté "Big Brother" de Google Street View n’est pas nouveau, il a déjà fait couler beaucoup d’encre électronique;
- curieusement, un député qui se pose des questions pas complètement idiotes sur le fait que l’automatisation d’un procédé n’est pas une décision neutre;
- l’habitude qui veut que les politiques aient peur d’Internet, et donc cherchent à interdire un peu tout et n’importe quoi.
Big Brother ?
Sur le premier point, c’est le plus simple: Google Street View met en ligne une quantité énorme de photos prises sur le domaine public, donc qui sont à l’heure actuelle considérées comme publiables. Dés les débuts, la question s’est posée (reconnaître un visage, reconnaître l’immatriculation d’une voiture, voir l’intérieur d’un domicile privé, etc). Et Google y a répondu à sa façon, en faisant un peu de nettoyage automatique sur ses photos.
Mais la question reste, même si la façon de la poser de notre député n’est pas forcément la bonne. On revient à la question posée par Laurent Chemla, dans Confessions d’un voleur. Il compare l’arrivée d’Internet à l’invention du télé-porteur. Effectivement, Internet supprime en bonne partie les distances, et met les données publiques en accès instantané.
Exemple jugé positivement par tout le monde: tous les citoyens ont accès, en permanence, facilement, de partout, aux textes de loi en vigueur mis à jour. Impossible avant Internet. Autre exemple, jugé positivement par beaucoup, et négativement par certains élus: tous les citoyens peuvent suivre en direct ce qui se raconte dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, et répondre à leurs députés par mail, à peu près en direct. Et, de la même manière, des photographies géo-localisées avec précision (maintenant que les téléphones font aussi GPS et appareil photo) pullulent sur Internet. Google, qui en publie une quantité industrielle, fait l’effort de tenter de flouter les siennes. Mais voilà, en cherchant une adresse postale, on trouve facilement des photos du lieu, que Google industrialise ça, ça ne change pas grand chose, par rapport à tout ce qui se publie de photos partout sur le réseau.
Effectivement, le réseau ne dévoile rien. Ayant une adresse postale, j’ai l’absolue liberté de me rendre devant l’immeuble, pour voir de mes propres yeux. Simplement, je ne le fais pas, en général, parce que c’est loin, c’est long, c’est fatiguant, ça coûte de l’argent. Internet abolissant les distances, en la matière, je supprime la difficulté technique.
Décider que l’on n’a plus le droit d’automatiser ce procédé, c’est poser la question de savoir si c’est le traitement unitaire ou le traitement de masse, qui est interdit. Si ce n’est que le traitement de masse, alors il finira par exister des outils qui chercheront des photos, partout, sur critères de localisation géographique (ça existe déjà), couplés à des bases de données d’adresses (ça, pas encore). Ce sera interdit aussi? Mais quel bout? La publication d’une photo unique? Le fait d’associer une adresse à des coordonnées GPS, et donc l’interdiction des systèmes qui proposent des itinéraires, ou du GPS sur les téléphones, via Internet? Où est la limite?
Une approche enfin de la question des automatismes
Curieusement, monsieur le député se demande si la publication par Google, de façon systématique, de photographies par ailleurs parfaitement légales, et ne posant pas soucis individuellement (parce qu’il est évident que si je poste une photo sur flickr avec l’adresse du lieu, ça restera légal, si j’ai bien compris), doit être interdite.
Et il indique bien, si j’en crois la presse, que c’est l’automatisation qui pose problème. On pourrait faire le même reproche aux radars automatiques, genre, au hasard. Les radars ne font qu’automatiser une tâche de surveillance autrefois unitairement acceptée et dévolue aux forces de police. Maintenant, ce sont des automates qui effectuent un contrôle continu. Bien? Pas bien? Je ne suis pas sûr qu’il se soit posé la question en ces termes…
On peut élargir: tous les systèmes de détection automatique des infractions posent la même question. Ils constituent autant de systèmes de surveillance portant atteinte à la vie privée des citoyens. Ces systèmes ont été jugés acceptables quand on les mettait entre les mains éclairées de policiers humains, autorisés à faire preuve de discernement. Le sont-ils encore aux mains d’automates ?
D’ailleurs, la question de la surveillance pour détecter les infractions est aussi intéressante sous un autre angle. Si on me surveille, pour vérifier que je suis sage, c’est qu’on suppose que je ne le suis pas, a priori. N’est-ce pas une remise en cause, insidieuse mais réelle, de la présomption d’innocence ?
Finalement, c’est bien le fond de la question posée sur la vidéo surveillance: est-il légitime de mettre des vigiles automatiques à tous les coins de rues? Bin oui, des vigiles, les vidéos ne sont pas réservées à la Police sur réquisition de la Justice, mais le plus souvent à des sociétés privées, dans des conditions trop souvent floues.
La question de savoir si tout procédé accepté unitairement peut être automatisé sans autre forme de procès est intéressante. C’est simplement triste qu’elle ne ressorte pas quand c’est l’État qui porte atteinte aux libertés.
La peur d’Internet
Il y a, là, un clivage qu’on voit apparaître de plus en plus souvent. En caricaturant un peu, on arrive à ça…
D’un côté, les gens de l’ancien monde, qui n’aiment pas tellement la transparence des nouveaux usages. On y trouve les Séguéla, qui ont peur d’Internet parce que maintenant les petits moments délicats des personnes publiques peuvent finir en ligne, et circuler, vite, et de manière incontrôlable, sans passer par les filtres finalement assez amicaux de la presse. On y trouve les députés, effrayés à l’idée qu’un troupeau d’Internautes les regarde lire le journal dans l’hémicycle. Les anciens, pour les nommer comme ça, considèrent que c’est dramatique qu’on puisse se voir refuser un travail à cause d’une photo de cuite sur Facebook.
De l’autre côté, les gamins du nouveau monde, qui s’en fichent. Quand on leur décrit le dernier gadget à la mode sur le net, ils foncent regarder, et si les copains adoptent, alors ils adoptent. Ça étale leur vie privée en public? Bah, s’en fichent. Ça concentre le débat sur le buzz plutôt que sur le fond? Bah, pas grave, au moins c’est rigolo et pas prise de tête. Pas pris dans un boulot a cause d’une photo? Bah, ça évitera de travailler pour un débile.
Ce n’est pas un débat entre ceux qui ont compris et ceux qui n’ont pas compris. C’est un débat entre ceux qui sont nés sur Internet, et ceux qui l’ont appris, voire ceux qui ne l’ont toujours pas appris.
Tout comme Beaumarchais nous expliquait qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits
(Le Mariage de Figaro), on pourrait dire qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petites vidéos. Les anciens de l’époque avaient une vraie peur de la liberté de la presse, alors qu’aujourd’hui le plus obtu des politiques, le plus archaïque des hommes publics, a compris qu’il peut en jouer, et a appris à en jouer. Les gamins d’aujourd’hui, je n’en doute pas, deviendront des politiques qui sauront parfaitement utiliser la transparence imposée par Internet. Probablement avec pas mal de démagogie dedans, mais qui osera prétendre que les politiques de l’époque de la presse ou de la télévision ne recourraient pas à la même démagogie…
Forcément, quand on garde à l’esprit cette grille de lecture, on se dit que ce pauvre député, si au moins il s’est mis à réfléchir un peu sur les impacts du numérique au lieu de les nier (attitude qui était encore très en vogue il y a seulement quelques années), n’est pas encore sorti de sa peur. Il a commencé à comprendre la marque que le numérique impose sur la société, mais ce n’est pour le moment que pour en être fasciné (je cite ses propos repris de l’article), et en avoir peur.
L’idée de vouloir interdire de publier des photos de bâtiments est idiote. C’est une mauvaise réponse. Même si la question (vie privée, etc) était intéressante. La réponse qu’a choisi Google, peut-être pas idéale, est cependant plus intéressante.
16 décembre 2009
[William Blum - Le Grand Soir - 11/12/2009]
Que leur arrive-t-il à gauche, à verser leurs larmes sur Obama “le candidat de la paix” qui serait devenu “le candidat de la guerre” ? Où est la surprise ? Voici ce que j’écrivais en août 2008, lors de la campagne électorale :
Obama a menacé, à plusieurs reprises, d’attaquer l’Iran s’ils refusent de faire ce que les Etats-Unis exigent qu’ils fassent sur la plan nucléaire ; il a menacé à plusieurs reprises d’attaquer le Pakistan si leur politique anti-terroriste n’était pas assez ferme ou si un changement de régime devait s’y produire et qui ne serait pas à son goût ; il réclame une forte augmentation de troupes US en Afghanistan et une politique plus dure ; il soutient totalement et sans équivoque Israël comme si ce dernier était le 51eme état de l’union.
Pourquoi quelqu’un serait-il surpris par la politique étrangère d’Obama ? Il n’a même pas interdit la torture, contrairement à ce que ses supporters tentent désespéremment de nous faire croire. S’il fallait encore des preuves, voici un article du 28 novembre du Washigton Post : « Deux adolescents Afghans détenus par les américains au nord de Kaboul cette année ont déclaré avoir été battus par les gardiens américains, photographiés nus, privés de sommeil et maintenus en isolement dans des cellules en béton pendant au moins deux semaines tout en étant soumis à des interrogatoires sur leurs supposés liens avec les Taliban. » Ceci n’est que le dernier exemple en date de la continuation de la torture sous la nouvelle administration.
Mais les défaillances de Barack Obama et la naïveté de ses fans n’est pas le point important. Le point important est la continuation de l’escalade de la guerre américaine en Afghanistan, fondée sur un mythe selon lequel les personnes que nous qualifions de « Taliban » sont liés à ceux qui ont attaqué les Etats-Unis le 11 septembre 2001, que nous qualifions généralement d’ « Al Qaeda ». (en savoir plus…)
16 décembre 2009
[Eric Alterman - Le Monde Diplomatique - Décembre 2009]
Est-il possible de contrer le lobby le plus bruyant ? Des Juifs américains contre la droite israélienne
Les efforts du président Barack Obama pour relancer le processus de paix au Proche-Orient se heurtent au refus du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou d’arrêter la colonisation. Pourtant, résoudre le conflit israélo-palestinien reste au centre de la stratégie de l’administration américaine dans la région. Son succès pourrait dépendre, en partie, de l’influence d’un nouveau lobby juif opposé à la politique de la droite israélienne dont la première convention s’ouvre le 25 octobre.
Quand le président américain Barack Obama a reçu seize dirigeants d’organisations juives, à la Maison Blanche, en juillet 2009, la liste des invités comprenait des habitués — les présidents et présidentes de vieilles structures conservatrices telles que la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations, l’Anti-Defamation League (ADL), l’American Jewish Committee et, bien sûr, l’âme du lobby pro-israélien, l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac). Mais on comptait aussi un nouveau venu : M. Jeremy Ben-Ami, directeur exécutif du nouveau lobby juif pacifiste J Street (1).
Cette présence n’était certainement pas du goût de tout le monde. Dans les publications favorables au courant dominant et néoconservateur des organisations juives, J Street suscite aussi peu de sympathie que le Hamas. Ainsi, dans les colonnes de Commentary, Noah Pollak a jugé l’association « méprisable », « malhonnête » et « anti-israélienne » ; James Kirchick, du New Republic, l’a qualifiée de « lobby de la capitulation » (surrender lobby) ; Michael Goldfarb, du Weekly Standard, l’a accusée d’être « hostile » à Israël et de « lécher les bottes » des terroristes. Ce langage trahit la panique régnant chez ceux qui craignent que l’apparition de J Street, concomitante à l’élection de M. Obama, puisse signifier le commencement de la fin de ce qui fut autrefois leur quasi-mainmise sur la formulation de la politique américaine au Proche-Orient.
S’agissant du conflit israélo-arabe, une question s’impose d’emblée : pourquoi la politique américaine diffère-t-elle tant de celle des autres nations, et particulièrement de ses alliés européens ? La relation stratégique des Etats-Unis avec Israël est plus onéreuse qu’aucune autre pour la nation américaine, autant sur le plan humain que financier. Non seulement elle coûte aux contribuables trois milliards de dollars par an en aide, mais elle attise la haine dans la plupart des pays musulmans et nourrit la violence antiaméricaine à travers le monde. Aucune autre capitale, excepté Tel-Aviv bien sûr, ne perçoit le Proche-Orient dans les mêmes termes que les Etats-Unis : Israël est un « agresseur agressé » et les Palestiniens des « agresseurs irrationnels ». Pourtant, si controversée soit-elle, cette politique perdure, immuable, d’une administration à l’autre, d’un Congrès à l’autre.
C’est le reste du monde qui se trompe
Les partisans américains de la ligne dure israélienne — en grande partie des chrétiens évangélistes, en plus d’une base juive néoconservatrice — ne perçoivent aucun problème dans cette singularité de la politique de Washington. Selon eux, l’attitude européenne est dictée par un antisémitisme (chrétien) traditionnel mâtiné d’un désir d’apaiser les régimes arabes producteurs de pétrole. Ajoutez à cela le fait que les médias européens, présentés comme antisémites, prennent toujours le parti des opprimés — les Palestiniens étant par erreur considérés comme tels — et vous expliquez ce penchant propalestinien. La position américaine relève donc de l’évidence : c’est le reste du monde qui se trompe.
De tels arguments ne constituent qu’une des raisons, mineure au demeurant, pour lesquelles Israël a toujours le dessus au Congrès. L’autre tient à la puissance de l’Aipac — avec ses organisations auxiliaires —, dont l’influence et le pouvoir n’ont tout simplement rien de comparable avec aucun autre lobby de politique internationale (ni d’ailleurs de la plupart des autres groupes de pression).
Malgré les récents revers que l’Aipac a subis — les poursuites engagées en 2005 (maintenant abandonnées) pour espionnage contre deux de ses anciens hauts responsables, MM. Steve Rosen et Keith Weissman (2) ; la publication du livre de John Mearsheimer et Stephen Walt, Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (traduit en français par La Découverte) —, on peut trouver une preuve de la puissance de l’Aipac dans le désistement forcé de M. Charles Freeman, un « arabiste » typique, candidat à la présidence du Conseil national du renseignement (National Intelligence Council, NIC) de l’administration Obama. Bien qu’une virulente campagne ait été orchestrée contre lui — un journaliste l’a même accusé de liens avec des pédophiles —, l’Aipac a prétendu qu’il n’était pour rien dans cette entreprise de déstabilisation. Peut-être, mais sa puissance est telle que le groupe de pression peut contrarier les souhaits du président sans même avoir à mener campagne. Comme l’a écrit Jonathan Freedland dans The Guardian, même quand quelqu’un « écarte la mythologie du “lobby israélien”, ce qui est réel suffit pour inquiéter (3). »
Si certaines personnes ont voulu saboter cette candidature, c’est pour deux raisons qui ne s’excluent pas. Soit elles sont profondément et sincèrement soucieuses de savoir qui analyse les renseignements américains, parce qu’elles craignent que M. Freeman ne rende plus difficile une attaque américaine ou israélienne contre l’Iran (comme l’a fait le rapport publié par le National Intelligence Estimates en 2006 (4), qui affirmait que Téhéran n’avait plus de programme nucléaire militaire). Soit elles souhaitent avertir tout fonctionnaire potentiel des risques pesant sur sa carrière en cas d’opposition à leur vision d’une politique favorable à Israël — quand bien même ce fonctionnaire n’aurait pas de rôle à jouer dans l’élaboration de ladite politique. La communauté pro-Israël voulait la peau de M. Freeman ; elle l’a eue.
Nombre de Juifs américains ont beau s’en remettre au jugement de leurs représentants officiels, ils n’adhèrent pas pour autant à la ligne dure de l’organisation. Selon de récents sondages réalisés par J Street, les Juifs américains sont favorables (dans une proportion de 76 % contre 24 %)à la solution de deux Etats et à un accord final entre Israéliens et Palestiniens conforme aux termes des négociations qui ont failli aboutir il y a huit ans à Camp David et à Taba (5) — une approche systématiquement condamnée par l’Aipac. Et tandis que le lobby est resté silencieux sur la nomination du ministre des affaires étrangères israélien, raciste et revanchiste, Avigdor Lieberman, la majorité des Juifs américains, selon J Street, ont rejeté (69 % contre 31 %) ses positions, alors qu’il voulait imposer aux citoyens arabes israéliens un serment de loyauté à l’Etat juif et qu’il avait proféré des menaces contre des députés arabes israéliens.
Qui plus est, les Juifs américains restent progressistes alors que l’Aipac est dominé par des néoconservateurs. Lors de l’élection présidentielle de novembre 2008, les Juifs ont soutenu loyalement les démocrates et ont voté pour M. Obama dans une proportion de quatre contre un. D’où ce paradoxe : des organisations comme l’Aipac, financées par des Juifs progressistes, s’entendent désormais avec des conservateurs républicains pour dénigrer ces mêmes démocrates progressistes…
Sur le plan générationnel aussi, la nouvelle approche de J Street arrive à point nommé. Comme l’explique M. J. Rosenberg, qui a récemment démissionné de l’association pacifiste Israel Policy Forum, l’Aipac est dominé par « des gens beaucoup plus âgés », mais « leurs enfants et petits-enfants ne partagent pas [leurs] idées. Plus nous nous éloignons de la seconde guerre mondiale, plus il est difficile de susciter la peur chez les jeunes afin de les pousser à soutenir Israël. Ils soutiendront Israël s’ils croient en lui et si Israël les y exhorte. Mais toutes ces stratégies basées sur la peur, du type “il faut signer des chèques parce qu’il va y avoir un nouvel holocauste”, ne marchent pas avec les moins de 60 ans. Les gens qui ont manifesté contre la guerre du Vietnam dans les années 1960 ne tomberont pas dans le panneau du “retour d’Hitler” ».
Et il ajoute : « La popularité d’Israël auprès des Juifs américains a chuté depuis 1977, suite à la nomination de [Menahem] Begin au poste de premier ministre. On leur a vendu une certaine image d’Israël, l’Israël de Leon Uris (6), du kibboutz et du paradis socialiste. Cela a totalement changé aujourd’hui. »
Qui plus est, alors que les Israéliens restent beaucoup plus populaires que les Palestiniens — selon une enquête réalisée durant la guerre de Gaza, 49 % des Américains avaient plus de sympathie pour Israël que pour les Palestiniens (11 % seulement préféraient ces derniers) —, cette empathie est beaucoup plus forte chez les conservateurs (avec une proportion de sept contre un) que chez ceux qui se disent progressistes (où la proportion tombe à trois contre deux).
J Street cherche à employer une partie des techniques de buzz marketing (7) du groupe de pression progressiste Move On.org et de la campagne de M. Obama afin que l’influence politique juive à Washington soit en phase avec les positions actuelles des Juifs américains. S’il est encore trop tôt pour juger de son impact, l’organisation se développe très rapidement. Depuis sa création il y a dix-huit mois, elle s’est dotée d’un budget de trois millions de dollars et emploie vingt-deux personnes. Rien de comparable avec l’Aipac et son budget de 70,6 millions de dollars, mais le démarrage est prometteur. Un million de dollars a déjà été récolté afin de favoriser les campagnes électorales à venir des candidats au Congrès attachés à une paix juste au Proche-Orient.
Des voix qui montent à l’unisson
J Street a conjugué ses efforts avec des structures plus petites — dont beaucoup ont été durement frappées par la baisse des donations de nombreuses organisations de centre-gauche depuis la crise économique et le départ des républicains de Washington (l’hostilité à M. George W. Bush ouvrait autrefois nombre de chéquiers). Il a également absorbé certaines d’entre elles et, de ce fait, rationalisé les efforts communs. Sa première convention nationale, qui doit se dérouler du 25 au 28 octobre 2009, réunira onze groupes pacifistes, dont des associations plus établies comme Americans for Peace Now, Israel Policy Forum et le New Israel Fund. J Street a absorbé l’Union of Progressive Zionists en octobre 2008, accédant ainsi à un réseau, petit mais dévoué, d’étudiants juifs pacifistes.
Selon de récentes informations, il s’apprête aussi à prendre le contrôle de Brit Tzedek v’Shalom, une organisation de Juifs progressistes constituée à l’échelon local qui déclare compter quarante-huit mille militants bénévoles dans le pays. A Washington, il a franchi un pas important et accru son crédit en embauchant M. Hadar Susskind, un vétéran de l’armée israélienne, longtemps vice-président et directeur du Jewish Council for Public Affairs, composé de Juifs américains qui se consacrent aux problèmes intérieurs.
Beaucoup dépendra de la manière dont les médias, juifs et laïcs, choisiront de couvrir la prochaine convention de J Street. M. Ben-Ami explique que l’un de ses premiers objectifs est de démontrer une bonne fois pour toutes que le camp de la paix juif « ne se résume pas à dix personnes se réunissant dans une cave ». Peu de temps avant de démissionner de son poste (et d’être inculpé), l’ancien premier ministre israélien Ehoud Olmert avait prévenu : « Si la solution de deux Etats s’effondre, Israël se verra confronté à un combat pour les droits civils comme en Afrique du Sud. » Si cela devait se produire, a-t-il prévenu, « l’Etat d’Israël est fini (8) ».
La capacité de M. Obama à préserver Israël de ce destin — et à offrir aux Palestiniens une autodétermination nationale significative, en imposant les concessions territoriales nécessaires, dépend peut-être du succès de ces voix autrefois solitaires.
http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/ALTERMAN/18195
16 décembre 2009
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Revue de Web 1 Comment
[Article 11 - 12/12/2009]
Dans quelle sorte de société de merde est-on en train de nous précipiter ? On est en 1981 et Félix Guattari, philosophe, psychanalyste et militant, est atterré. Par le racisme ambiant d’une société repliée sur elle-même. Par les phobies intolérantes qu’il décèle chez ses congénères. Comme le constat n’a pas pris une ride, on te reproduit intégralement cette chronique.
"Contre Le Racisme à la française" : un texte de Félix Guattari
« Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé. (Faulkner) »
On te parlait hier (ici) des terribles constats guattariens. On te disait combien ceux-ci n’ont pas pris une ride, sur les questions d’immigration et à propos de ce racisme très franchouillard qui prend désormais ses aises en sarkozie. Mais on était un peu emmerdé de ne présenter qu’une synthèse de ses propos, forcément incomplète et tronquée. En relisant l’un des textes cités dans le billet, on s’est dit qu’il y avait matière à prolonger l’immersion guattarienne, à te proposer un texte du grand Félix dans son intégralité.
Le texte reproduit ci-dessous (grâce à l’aimable autorisation de Rémi des Prairies Ordinaires [
Les autorités dites de contrôle ont-elles peur, en France, de découvrir que nos élevages industriels sont farcis de cette bactérie résistante, menaçant les éleveurs de porcs et de volaille en priorité, le reste de la population juste derrière ? Ont-elles peur une fois encore de déstabiliser un marché qui est structurellement en crise ? Ce serait d’autant plus insupportable que l’élevage industriel, si la société n’en vient pas à bout très vite, nous entraînera tôt ou tard dans une catastrophe sanitaire majeure.
[Fabrice Nicolino - 01/12/2009]
On se fout de nous. Ce n’est certes pas une nouvelle bien fracassante, mais elle fera l’affaire. Une sacrée affaire, qui m’éberlue moi-même. Premier temps : un communiqué en français de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA, selon son acronyme anglais). Le texte, daté du 26 novembre 2009 (ici), rend compte d’une enquête européenne portant sur le Sarm, autrement dit le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline. En anglais, le Sarm s’appelle MRSA (Methicillin-Resistant Staphylococcus aureus), qui n’est autre qu’une bactérie, mais ô combien redoutable : le staphylocoque doré. Pour comble, ce dernier est, dans le cas du Sarm, une bactérie mutante, qui résiste désormais à l’antibiotique qui la terrassait jadis, la méthicilline, et de plus en plus à d’autres. Aussi incroyable que cela paraisse, le Sarm aurait tué en 2005, aux États-Unis, près de 19 000 personnes, davantage que le sida (ici).
En avez-vous entendu parler ? J’en doute, pardonnez. Moi, j’ai consacré un morceau de mon livre Bidoche (éditions LLL, oui, c’est de la pub) à cette folle histoire. Pour les humains que nous sommes, l’existence du Sarm n’a rien de réjouissant, car la viande peut être contaminée par une de ces bactéries mutantes et multirésistantes qui rendent encore plus ingérable le dossier des antibiotiques. Aux États-Unis, une coalition d’ONG, Keep Antibiotics Working, s’est penchée avec le plus vif intérêt sur le Sarm. Elle a interrogé à l’été 2007 la Food and Drug Administration (FDA) sur les travaux entrepris au sujet de cette bactérie. Tout de même, 19 000 morts en une année pourraient susciter un peu d’intérêt public. Mais la FDA a bien dû reconnaître qu’elle ne s’était pas encore souciée de ce qui se passe dans les fermes concentrationnaires du pays. C’est d’autant plus dommage que tout converge vers les porcheries industrielles.
En octobre 2007, un article retentissant de la revue Veterinary Microbiology révèle des faits graves. Menée dans 20 porcheries industrielles de l’Ontario (Canada), elle montre que le Sarm est présent dans 45 % d’entre elles. Qu’un porc sur quatre environ est contaminé. Qu’un éleveur sur cinq l’est aussi. Les souches de Sarm retrouvées dans l’Ontario incluent une souche répandue dans les infections humaines par la bactérie au Canada. Et 9 millions de porcs du Canada sont importés chaque année aux États-Unis.
L’Europe n’est pas épargnée. Voyons d’abord les Pays-Bas, terre fertile, du moins en élevages industriels. En décembre 2007, une étude américaine des Centers for Disease Control établit qu’une souche de Sarm jusque-là repérée exclusivement chez les porcs est la même que celle que l’on trouve chez 20 % des humains malades. En Belgique – on se rapproche –, toujours en 2007, un autre travail, commandé par le ministre de la Santé publique Rudy Demotte, indique que, dans près de 68 % des porcheries étudiées, une souche de Sarm est présente chez les animaux. Et cette même bactérie résistante est retrouvée chez 37,6 % des éleveurs de porcs et des membres de leur famille. Or, dans une population sans rapport avec l’industrie porcine, elle n’est que de… 0,4 % !
Et en France, donc, où en sommes-nous ? Nulle part. Que fait-on du côté du ministère de l’Agriculture ? Du côté de ces innombrables agences sanitaires qu’on nous a présentées comme essentielles autant qu’exemplaires ? Du côté de l’Institut de veille sanitaire (InVS) ? De l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ? Pourquoi aucune étude importante n’est-elle lancée sur les liens entre élevage industriel et développement foudroyant d’une maladie qui tue les hommes ?
Revenons-en au communiqué de l’EFSA, autorité européenne. Le texte français est très édulcoré par rapport au travail en anglais qu’il est censé résumer (ici). Je n’ai pas le temps d’en faire une analyse complète, et je le regrette bien. Le texte anglais commence par exemple comme suit : « Methicillin-resistant Staphylococcus aureus (MRSA) is a major concern for public health ». C’est-à-dire que le Sarm est un problème de santé publique majeur. Or il faut attendre le troisième paragraphe du communiqué français pour lire : « Le SARM représente un problème de santé publique important », ce qui n’est pas la même chose. Important n’est pas majeur.
Et tout est à l’avenant, tricoté, si l’on veut être charitable, pour ne pas affoler le monde. Si l’on veut être charitable, mais l’on n’est pas obligé de l’être. L’étude anglaise pointe ce qu’il faut bien appeler des anomalies. Sur les 24 États membres de l’Union, 7 ne signalent aucun cas de Sarm, ce qui ne se peut. On ne trouve que ce que l’on cherche, et visiblement, on n’a pas cherché. Mais les autres alignent des taux de prévalence étonnamment élevés. Souvent plus de 50 % de présence du Sarm chez les animaux étudiés.
Les autorités dites de contrôle ont-elles peur, en France, de découvrir que nos élevages industriels sont farcis de cette bactérie résistante, menaçant les éleveurs de porcs et de volaille en priorité, le reste de la population juste derrière ? Ont-elles peur une fois encore de déstabiliser un marché qui est structurellement en crise ? Ce serait d’autant plus insupportable que l’élevage industriel, si la société n’en vient pas à bout très vite, nous entraînera tôt ou tard dans une catastrophe sanitaire majeure.
Qu’attend-on ? Le désastre final ? Telle est la question que je me pose. Telle est la question que je vous pose. Pour vous aider à mettre des points sur les i, j’ajouterai que madame Catherine Geslain-Lanéelle est la directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Qui est-elle ? Un haut-fonctionnaire proche de la gauche qui s’est toujours bien entendu avec la droite. J’ai eu l’occasion, dans un autre livre (Pesticides, révélation sur un scandale français, avec François Veillerette, de détailler son rôle très controversé dans l’affaire de l’insecticide Gaucho, qui tuait les abeilles par millions et milliards. Elle était alors la patronne de la surpuissante Direction générale de l’alimentation (DGAL), place-forte du ministère de l’Agriculture.
En juin passé, le journal Le Monde publiait un article vif sur l’EFSA, pour la raison que cette autorité européenne donne toujours des avis positifs sur la commercialisation des OGM. Titre de l’article en question : « Génétiquement pro-OGM ». Il me semble, il m’a semblé que je devais vous mettre au courant. Car tandis qu’on joue aux imbéciles avec le vaccin contre la grippe porcine, opportunément rebaptisée A, puis H1N1 – ni vu ni connu -, le Sarm se répand inexorablement. La raison m’en paraît limpide. Non ?
http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=728
«Promesse électorale de Nicolas Sarkozy, la création d’un ministère chargé de l’Immigration et de "l’Identité nationale" a introduit dans notre pays un risque d’enfermement identitaire et d’exclusion dont on mesure, chaque jour depuis deux ans et demi, la profonde gravité. Très officiellement, des mots ont été introduits sur la scène publique, qui désignent et stigmatisent l’étranger – et par ricochet, quiconque a l’air étranger. Réfugiés et migrants, notamment originaires de Méditerranée et d’Afrique, et leurs descendants, sont séparés d’un «nous» national pas seulement imaginaire puisque ses frontières se redessinent sur les plans matériel, administratif et idéologique.
«Qu’a fait naître ce ministère? De nouveaux objectifs d’expulsion d’étrangers (27 000 par an), des rafles de sans-papiers, l’enfermement d’enfants dans des centres de rétention, le délit de solidarité, l’expulsion des exilés vers certains pays en guerre au mépris du droit d’asile, la multiplication des contrôles d’identité au faciès, enfin la naturalisation à la carte, préfecture par préfecture, qui rompt avec le principe d’égalité…
«Dans cette fissure de la République se sont engouffrés nos dirigeants. Par des propos inadmissibles dans une démocratie, banalisés et désormais quotidiens, ils légitiment tous les comportements et les paroles de rejet, de violence, et de repli sur soi. Nous ne sommes pas ici face à des "dérapages" individuels. En réalité, ces propos sont la conséquence logique d’une politique que le gouvernement souhaite encore amplifier sous le couvert d’un "débat" sur l’identité nationale. Nous sommes ainsi appelés à devenir coauteurs et coresponsables du contrôle identitaire sur la France.
«La circulaire ministérielle adressée aux préfectures pour encadrer le débat lance une interrogation : "Pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ?" La réponse est simple. Nous ne pouvons pas accepter que le regard inquisiteur d’un pouvoir identitaire puisse planer, en s’autorisant de nous, sur la vie et les gestes de chacun.
«C’est pourquoi il est temps aujourd’hui de réaffirmer publiquement, contre ce rapt nationaliste de l’idée de nation, les idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République.
«Nous appelons donc les habitants, les associations, les partis et les candidats aux futures élections à exiger avec nous la suppression de ce "ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration", car il met en danger la démocratie.»
Signataires: Michel Agier (anthropologue, EHESS et IRD), Etienne Balibar (philosophe, université Paris-X et university of California), Marie-Claude Blanc-Chaléard (historienne, université Paris-X) Luc Boltanski (sociologue, EHESS), Marcel Detienne (historien, EPHE et université Johns Hopkins), Eric Fassin (sociologue, ENS), Michel Feher (philosophe, Paris), Françoise Héritier (anthropologue, Collège de France), Daniel Kunth (astrophysicien, CNRS), Laurent Mucchielli (sociologue, CNRS), Pap Ndiaye (historien, EHESS), Gérard Noiriel (historien, EHESS), Mathieu Potte-Bonneville (philosophe, Collège international de philosophie), Richard Rechtman (psychiatre, Institut Marcel Rivière, CHS la Verrière) Serge Slama (juriste, université d’Evry), Emmanuel Terray (anthropologue, EHESS), Tzvetan Todorov (historien, CNRS), Paul Virilio (urbaniste, Ecole spéciale d’architecture de Paris), Sophie Wahnich (historienne, CNRS), Patrick Weil (historien, CNRS).
http://www.liberation.fr/societe/0101606559-nous-exigeons-la-suppression-du-ministere-de-l-identite-nationale-et-de-l-immigration?xtor=EPR-450206
Mourez pour rien, chers soldats
La déclaration du premier ministre Stephen Harper est limpide : Oubliez ça, les boys, la guerre en Afghanistan est perdue d’avance.
C’est à un journaliste de CNN que Stephen Harper a fait cette renversante déclaration. « Nous ne remporterons pas cette guerre seulement en restant là, a-t-il dit. (…) Jamais nous ne battrons les insurgés. »
Stephen Harper n’a pas été piégé par un méchant journaliste qui lui aurait posé 43 fois la même question dans l’espoir de lui arracher une déclaration controversée. Bien au contraire.
Stephen Harper aurait pu corriger le tir, car le journaliste a poursuivi : « Comme ça, nous ne battrons jamais les insurgés. Le mieux qu’on puisse faire, c’est d’entraîner les troupes afghanes pour prendre la relève, puis de nous retirer ? »
« Exactement », a répondu Stephen Harper.
Clair et limpide.
Pourquoi envoyer des soldats mourir dans le fin fond de l’Afghanistan si tout est perdu d’avance ? Quel soldat sera prêt à prendre le risque de sauter sur une mine s’il sait que le Canada a jeté l’éponge ? Les 1400 soldats québécois qui s’apprêtent à partir pour Kandahar doivent avoir le moral dans les talons.
Et pourquoi rester encore deux ans si les jeux sont faits ? Pourquoi continuer à engloutir des milliards dans une guerre de plus en plus sanglante ? Pire que l’Irak, ce qui n’est pas rien. Depuis 2005, la violence a augmenté de 550% en Afghanistan.
Mourez pour rien, chers soldats. C’est ça que Stephen Harper leur a dit dimanche.
Autre question troublante : pourquoi M. Harper a-t-il fait une déclaration aussi controversée aux États-Unis ? Pourquoi pas au Canada ? Voulait-il envoyer un message à Barack Obama ? Si oui, pourquoi passer par CNN, alors qu’il aurait pu appeler la Maison-Blanche ?
Bizarre.
Hier, à la Chambre des communes, l’opposition a demandé des comptes au premier ministre. Pourquoi cette volte-face ? Stephen Harper a répondu avec des mots creux, en brassant deux ou trois évidences. Il a conclu en disant : « Nous sommes fiers du travail de nos troupes. »
Merci, M. Harper. Très éclairant.
Stephen Harper a dit la vérité. Oui, la force internationale ne peut pas gagner cette guerre. Oui, le Canada s’enlise dans un conflit qu’il ne peut que perdre. Les Afghans n’ont jamais accepté d’être dominés. Les Russes et les Britanniques n’ont pas réussi à s’imposer dans ce pays mille fois plus complexe que l’Irak.
Pourtant, les Russes se sont accrochés pendant 10 ans et ils y ont mis le paquet. L’OTAN, avec ses 70 000 soldats, ne fait pas le poids.
Stephen Harper n’est pas le premier à baisser les bras.
En octobre, le chef de l’armée britannique en Afghanistan, le général Mark Carleton-Smith, a dit : « Nous n’allons pas gagner cette guerre. »
L’automne dernier, le New York Times a publié un rapport des services secrets américains qui confirmait que l’OTAN a très peu de chances de battre les talibans.
Le chef des troupes américaines en Afghanistan et en Irak, le général David Petraeus, en a rajouté en déclarant qu’il fallait négocier avec les talibans. Le président afghan, Hamid Karzaï, a même amorcé des négociations avec le chef des talibans, le mollah Omar.
Alors, si tout le monde se doute que la communauté internationale court vers la défaite, pourquoi s’offusquer devant la déclaration de Stephen Harper qui a dit tout haut ce que bien des gens – et pas des moindres – pensent tout bas ?
Parce qu’un chef d’État engagé dans une guerre ne peut pas concéder la victoire au milieu de la bataille. S’il le fait, il doit agir en conséquence, c’est-à-dire se retirer ou négocier avec l’ennemi. Il ne peut pas continuer à envoyer des soldats au front, mine de rien, en sachant que leur mort ne rimera à rien. La guerre tournera à vide, car elle n’aura plus d’objectifs. Si l’OTAN ne peut pas gagner, le premier ministre sacrifie des vies inutilement.
Les morts ne serviront qu’à remplir une promesse faite aux Américains. Ça frise l’indécence.
La guerre n’est pas une partie de plaisir. J’ai passé quatre jours avec des soldats canadiens dans une base avancée dans la province de Kandahar. J’ai mal mangé – des rations, des rations et des rations -, j’ai mal dormi – sur un lit de camp, dans un dortoir poussiéreux avec une dizaine de soldats et autant de souris -, je me suis baladée dans un blindé, la peur au ventre, et j’ai patrouillé avec une tonne d’équipement sur le dos en m’imaginant voir des talibans derrière chaque arbre, chaque maison. La galère, la vraie, celle qui transforme quatre jours en éternité.
M. Harper a lancé sa bombe aux États-Unis. Pourtant, on ne confie pas une telle énormité à un journaliste étranger entre deux recettes sur l’économie canadienne. Et on ne lance pas un tel ballon pendant que des soldats risquent leur vie. On assume.
Mais M. Harper n’a jamais assumé grand-chose dans cette guerre, en commençant par la torture des prisonniers afghans capturés par les soldats canadiens. Il a toujours nié que la torture existait jusqu’à ce qu’on lui mette le nez dans ses mensonges.
Aujourd’hui, qui a envie de croire M. Harper ?
Pour joindre notre chroniqueuse : michele.ouimet@lapresse.ca
Source
http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/michele-ouimet/200903/03/01- (…)

Des identités étroitement surveillées ou Marche arrière, toute !
[Christine Delphy - MIR - mardi 24 novembre 2009]
Identité égale Unité égale Unicité égale Conformité
L’émission « C’est-à-dire » de Yves Calvi du (date de la semaine dernière) prétendait, comme toutes les émissions de débat, confronter des positions diverses sur la campagne du gouvernement, lancée par le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale, sur cette dernière. Invités : Fadela Amara, Elisabeth Lévy, Dominique Voynet, Ivan Rioufol, Hervé Le Bras.
L’impression globale qu’on peut retenir de cette discussion est que cette identité nationale est menacée par les vagues « récentes » d’immigration d’Afrique, en dépit de quelques tentatives de faire remarquer que les gens dont on parle — les Arabes et les Noirs, comme le dit Elisabeth Lévy avec l’air fanfaron d’une audacieuse qui tord le cou à la langue de bois — sont dans leur plus grande majorité des citoyens français, nés en France, de parents également nés en France. Non, tout cela ne leur enlève pas la qualité d’étrangers, cela leur vaut au contraire le qualificatif surréaliste « d’immigrés de la seconde —ou troisième — génération ». « Immigré » est donc une caractéristique génétique qui se transmet par le sang ? Euh, oui… non ! Pas tout le temps ! Sarkosy n’est jamais traité (pas plus que des milliers d’autres Zélensky, Lopès et Moreno, d’ascendance polonaise, portugaise ou espagnole) d’ « immigré de la deuxième génération ». Ce qui se transmet « par le sang », la qualité d’immigré, dépend donc de l’origine du « sang ». Car dès le début, le débat sur l’identité française se situe franchement, carrément, dans l’optique suggérée par l’intitulé du ministère ; ce n’est pas seulement, comme on le lit sur un immense écran sur le plateau, la burqa qui « est contradictoire avec l’identité nationale » ; c’est toute cette immigration-là qui s’oppose à cette identité nationale-ci.
Nous apprenons ainsi que bien que tous les sangs soient rouges, ils ne comportent pas tous le même potentiel d’assimilation à léguer à ceux qu’ils irriguent pour les siècles des siècles. Car pour la majorité des débatteurs (faiblement contredits par moments par Voynet et encore plus faiblement par Le Bras), et conformément aux déclarations du ministre Besson, le « modèle français d’intégration » est en fait un modèle d’assimilation, qui exige que les personnes étrangères par nationalité ou par hérédité se « dépouillent » comme le dit le philosophe Eric Zemmour, de toute trace de leur identité ou culture antérieure, et se « soumettent » à l’identité ou à la culture française. C’est ce qu’auraient fait, prétend-on, les immigrés non nationaux précédant les « vagues » néfastes, mais aussi les immigrés de l’intérieur. Car Yvan Rioufol n’admet même pas les cultures régionales ; quand on lui parle d’identité bretonne, ou corse, sa bouche se tord. Il est pour une France Eraserhead : non seulement l’identité française doit l’emporter sur toute autre identité ou appartenance, mais elle doit effacer la première. On ne comprend plus : n’est-ce pas le patriote Jean-Pierre Pernaud en personne qui inlassablement, au journal télévisé de TF1, nous abreuve de spécificités régionales, le dernier maréchal-ferrand du Puy de Dôme, le dernier souffleur de verre du Béarn, le dernier farci poitevin (touillé avec les mains jusqu’aux coudes) ? Chaque jour voit une province française et une façon de faire régionale célébrée. Comment concilier ces éloges avec le jacobinisme effréné de nos invités ? En soulignant que ces coutumes sont en voie de disparition (et pour certaines, ce n’est pas dommage). Mais d’autres spécificités restent menaçantes : pas de « sujet » sur les Antilles, la Réunion, encore moins sur les façons d’être apportées (ou pas) par les Africains ; ces dernières ne sont pas de charmantes façons archaïques, de touchantes photos de famille ; elles n’apparaissent que dans des reportages inquiétants sur les ennemis de l’extérieur ; la parenté supposée de nos concitoyens dits « de papier » avec ces terroristes expliquerait bien des choses, et réciproquement…
Comment peut-on être français ?
Le racisme se lie avec l’obsession française de la conformité : le citoyen est « universel » disent les idéologues républicanistes ; ce qu’il faut traduire par le dicton militaire : « je ne veux voir qu’une seule tête ». Heureusement, ce danger a été écarté dans l’hexagone profond. Ce n’est pas le dernier locuteur du dernier parler normand qui mettra en danger l’unité, que dis-je, « l’unicité » de la France. Jusqu’où iront ces tentatives d’homogénéisation, qui utilisent le vocable étrange : « unicité », pour signifier en réalité l’exigence d’uniformité ?
Mais d’un autre côté, que peuvent ces tentatives contre l’émergence permanente de nouvelles façons de faire, de penser, de danser, de chanter, et même de parler, qui n’étaient pas là hier, mais le sont aujourd’hui ? Que faire contre le passage du temps, contre l’évolution de la société française, qui change, comme tous les groupes humains ont changé, changent et changeront ? Et comment ne changerait-elle pas, cette société française, sauf à être morte ? Et que nous proposent nos invités pour lui éviter d’être emportée par le fleuve impétueux de l’histoire ?
De nous arrimer à une histoire qui a été paradoxalement figée, arrêtée dans le temps, « L’Histoire de France » républicaine ; dans une version (très) abrégée par E. Lévy, qui comme son mentor Alain Finkielkraut, fait une fixette sur Clovis (sans le nommer, ça rendrait l’examen de françitude trop facile) mais en mentionnant sans relâche le mot de code « Reims ». Reims, quoi Reims ? Les championnats de première division ? Mais non voyons : « le sacre de Reims ». Ah le sacre de Reims ! Sacré sacre, va ! Où serions-nous sans toi ! Qu’importe qu’il n’ait jamais eu lieu, comme le démontre Suzanne Citron dans Le mythe national ; ce qui compte, c’est que nos immigrés et leurs descendants en parlent de façon compulsive, qu’ils sachent que c’est cela qui les distingue, en bien, de leurs propres ancêtres ; ce qui compte, c’est qu’ils imitent Finkielkraut, qui « l’a fait sien ». A quoi répond l’exigence de cette démarche pathétique, borderline, qui semble issue d’un croisement Katmandou 68- Profiler 2007 ?
Sinon au sentiment obscur des anciens colonisateurs qu’il coule dans les veines de certains de nos concitoyens « de papier » un sang impur dont, à défaut de le répandre dans nos sillons (comme le prescrit l’hymne national mais le proscrivent les conventions internationales), il faut exorciser les effets, par exemple par une identification magique à un événement lui-même imaginaire ?
N’est-ce pas pour cela que Fadela Amara ne peut pas prononcer une seule phrase sans répéter trois fois, comme une prière, l’expression « les valeurs de la république » ?
Mais alors, quelles sont-elles, ces valeurs « éternelles » ? Le sont-elles, d’ailleurs, éternelles ? Dans le « lévaleurdelarépublique » d’Amara figure l’égalité des sexes ; Hervé le Bras signale timidement qu’elle n’aurait pas été considérée comme faisant partie de l’identité française, mais au contraire comme contrevenant à cette identité il y a seulement 64 ans. Personne ne remarque en revanche qu’il s’agit d’une injonction, pas d’une réalité de la société française, et qu’attribuer le refus de cette injonction à la seule population d’origine africaine, quand il est le fait de la majorité des Français, c’est se moquer du monde. A part cet ajout tardif, qui ne fut accepté que pour introduire une nouvelle ligne de partage entre vrais Français et vrais barbares, et à condition que la dite égalité ne reste qu’un vœu pieux, toutes les pierres de l’identité française appartiennent à un passé qui s’arrête aux portes du 20è siècle : Reims (sacre de), Montaigne, Molière, Renan, et puis, plus rien… Seuls les grands noms qui permettent depuis des lustres le cocorico, que Fadela Amara a insisté pour pousser en direct live. Là où les autres auraient peut-être été plus circonspects, elle nous a ressorti tous les clichés nationalistes qui nous font ressembler aux Soviétiques de l’époque Lyssenko : la France a tout inventé, si, si, la liberté, la bombe atomique, l’égalité, l’électricité, la fraternité, le TGV, la laïcité, l’eau tiède…
Dominique Voynet a été la seule à tenter d’apporter un peu de réalisme à ce débat — on est en 2009, pas en 600, et puis on est aussi en Europe, il faudrait que les jeunes apprennent les beautés non seulement de la littérature française, mais aussi de la littérature polonaise, anglais, espagnole, et d’autres. Elisabeth Lévy, qui estime que la France possède « l’une des plus belles littératures du monde », trouve inutile d’aller voir ailleurs. (Remarquez que, entre Montaigne et littérature polonaise, l’identité a l’air d’être circonscrite au domaine littéraire).
Et quand Voynet dit que la France est perçue comme arrogante par le reste du monde, Lévy fait un geste qui signifie : « Que nous importe le reste du monde ? ». Oui, c’est vrai. Si les gens qui veulent venir en France, ou y rester, doivent commencer par s’arracher la peau, comme on a vu, c’est que cette peau n’a rien à nous apporter. Mais rien. Car nous sommes les meilleurs du monde, depuis longtemps, depuis toujours en fait, et ce n’est pas difficile, car nous sommes aussi seuls au monde (grâce à Lévy qui a balayé de la mappemonde toute cette humanité inutile et étrangère, inutile parce qu’étrangère). Cette petite assemblée voit clairement comme un atout ce que le reste du monde, s’il existait, verrait comme un handicap — non pas être seuls au monde, mais se croire seuls au monde. Et quand Voynet propose que l’identité française soit définie comme le projet d’avenir que les citoyens construisent en commun, les autres participants se regardent, gênés, devant cette référence malvenue, presque impolie, au futur. Nous avons un si beau passé ! Restons-y.
http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=796&var_recherche=Delphy