Une lecture indispensable, comme une baffe en travers de la gu…
Et pour une critique plus détaillée, lire ici : http://libertesinternets.wordpress.com/2008/11/15/lire-un-livre-plutot-que-de-le-bruler/
[Comité Invisible - L'insurrection qui vient - Editions La Fabrique - Mars 2007]
(…) Il n’y a guère que cette étrange strate intermédiaire de la population, ce curieux agrégat sans force de ceux qui ne prennent pas parti, la petite bourgeoisie, qui a toujours fait semblant de croire à l’économie comme à une réalité – parce que sa neutralité en était ainsi préservée.
Petits commerçants, petits patrons, petits fonctionnaires, cadres, professeurs, journalistes, intermédiaires de toutes sortes forment en France cette non-classe, cette gélatine sociale composée de la masse de ceux qui voudraient simplement passer leur petite vie privée à l’écart de l’Histoire et de ses tumultes. Ce marais est par prédisposition le champion de la fausse conscience, prêt à tout pour garder, dans son demi-sommeil, les yeux fermés sur la guerre qui fait rage alentour.
Chaque éclaircissement du front est ainsi marqué en France par l’invention d’une nouvelle lubie.
Durant les dix dernières années, ce fut ATTAC et son invraisemblable taxe Tobin – dont l’instauration aurait réclamé rien moins que la création d’un gouvernement mondial –, son apologie de l’«économie réelle » contre les marchés financiers et sa touchante nostalgie de l’État. La comédie dura ce qu’elle dura, et finit en plate mascarade.
Une lubie remplaçant l’autre, voici la décroissance. Si ATTAC avec ses cours d’éducation populaire a essayé de sauver l’économie comme science, la décroissance prétend, elle, la sauver comme morale.
Une seule alternative à l’apocalypse en marche, décroître. Consommer et produire moins. Devenir joyeusement frugaux. Manger bio, aller à bicyclette, arrêter de fumer et surveiller sévèrement les produits qu’on achète. Se contenter du strict nécessaire. Simplicité volontaire.
« Redécouvrir la vraie richesse dans l’épanouissement de relations sociales conviviales dans un monde sain.» «Ne pas puiser dans notre capital naturel. » Aller vers une « économie saine ». «Éviter la régulation par le chaos.» «Ne pas générer de crise sociale remettant en cause la démocratie et l’humanisme. » Bref : devenir économe. Revenir à l’économie de Papa, à l’âge d’or de la petite bourgeoisie: les années 1950.
«Lorsque l’individu devient un bon économe, sa propriété remplit alors parfaitement son office, qui est de lui permettre de jouir de sa vie propre à l’abri de l’existence publique ou dans l’enclos privé de sa vie.»
Un graphiste en pull artisanal boit un cocktail de fruits, entre amis, à la terrasse d’un café ethnique. On est diserts, cordiaux, on plaisante modérément, on ne fait ni trop de bruit ni trop de silence, on se regarde en souriant, un peu béats : on est tellement civilisés.
Plus tard, les uns iront biner la terre d’un jardin de quartier tandis que les autres partiront faire de la poterie, du zen ou un film d’animation.
On communie dans le juste sentiment de former une nouvelle humanité, la plus sage, la plus raffinée, la dernière. Et on a raison. Apple et la décroissance s’entendent curieusement sur la civilisation du futur.
L’idée de retour à l’économie d’antan des uns est le brouillard opportun derrière lequel s’avance l’idée de grand bond en avant technologique des autres.
Car dans l’Histoire, les retours n’existent pas. L’exhortation à revenir au passé n’exprime jamais qu’une des formes de conscience de son temps, et rarement la moins moderne.
La décroissance n’est pas par hasard la bannière des publicitaires dissidents du magazine Casseurs de pub. Les inventeurs de la croissance zéro – le club de Rome en 1972 – étaient eux-mêmes un groupe d’industriels et de fonctionnaires qui s’appuyaient sur un rapport des cybernéticiens du MIT.
Cette convergence n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans la marche forcée pour trouver une relève à l’économie.
Le capitalisme a désintégré à son profit tout ce qui subsistait de liens sociaux, il se lance maintenant dans leur reconstruction à neuf sur ses propres bases. La sociabilité métropolitaine actuelle en est l’incubatrice.
De la même façon, il a ravagé les mondes naturels et se lance à présent dans la folle idée de les reconstituer comme autant d’environnements contrôlés, dotés des capteurs adéquats.
À cette nouvelle humanité correspond une nouvelle économie, qui voudrait n’être plus une sphère séparée de l’existence mais son tissu, qui voudrait être la matière des rapports humains ; une nouvelle définition du travail comme travail sur soi, et du Capital comme capital humain ; une nouvelle idée de la production comme production de biens relationnels, et de la consommation comme consommation de situations ; et surtout une nouvelle idée de la valeur qui embrasserait toutes les qualités des êtres.
Cette «bioéconomie» en gestation conçoit la planète comme un système fermé à gérer, et prétend poser les bases d’une science qui intégrerait tous les paramètres de la vie.
Une telle science pourrait nous faire regretter un jour le bon temps des indices trompeurs où l’on prétendait mesurer le bonheur du peuple à la croissance du PIB, mais où au moins personne n’y croyait.
« Revaloriser les aspects non économiques de la vie » est un mot d’ordre de la décroissance en même temps que le programme de réforme du Capital. Éco-villages, caméras de vidéosurveillance, spiritualité, biotechnologies et convivialité appartiennent au même « paradigme civilisationnel » en formation, celui de l’économie totale engendrée depuis la base.
Sa matrice intellectuelle n’est autre que la cybernétique, la science des systèmes, c’est-à-dire de leur contrôle.
Pour imposer définitivement l’économie, son éthique du travail et de l’avarice, il avait fallu au cours du XVIIe siècle interner et éliminer toute la faune des oisifs, des mendiants, des sorcières, des fous, des jouisseurs et autres pauvres sans aveu, toute une humanité qui démentait par sa seule existence l’ordre de l’intérêt et de la continence.
La nouvelle économie ne s’imposera pas sans une semblable sélection des sujets et des zones aptes à la mutation. Le chaos tant annoncé sera l’occasion de ce tri, ou notre victoire sur ce détestable projet.
http://www.lafabrique.fr/article_livres.php3?id_article=215
14 novembre 2008 at 11:39
C’est bien écrit, tout branché avec une mise en forme un peu mystique mais ça assène des choses non chiffrées, comme si l’urgence des désirs révolutionnaires des auteurs ne pouvait souffrir la moindre nuance…
Le fait est qu’on sent bien les enfants de la classe moyenne en rupture grace aux sous de papa maman… suffisamment futés pour donner un fond à leur comportement de rupture et avec une critique extrêmement pertinente de la petite bourgeoisie. Suffisamment menteurs et enfants gâtés pour créer le fait que les couches "basses" de la population ne sont pas juste des petits bourgeois en devenir…
Un truc marrant à lire mais fondé sur tellement de généralités sociologiques non maitrisées, sur les émeutes de banlieues, sur les révoles qu’on ne peut se dire qu’avec des cocos comme ça les révolutionnaires sont bien mal barrés
16 novembre 2008 at 7:06
l’ultra-gauche est partout :
http://ultragauche.wordpress.com/
Nous aussi, nous avons manifesté dans notre vie,
Nous avons même manifesté contre la guerre et pour la paix dans le monde,
Certains d’entre nous ont même manifesté à l’étranger, et certains aux Etats-Unis,
Nous aussi, nous habitons ou aimerions habiter un village de 300 habitants,
Nous avons même imaginé vivre et habiter à la campagne et devenir épiciers,
Certains d’entre nous aimeraient reprendre une vieille ferme et planter des carottes,
Nous aussi avons des ordinateurs portables et des connexions Internets,
Nous avons même créé des blogs politiques et associatifs,
Certains d’entre nous connaissent même des sites libertaires ou anarchistes,
Nous aussi, nous possédons une carte des chemins de fer et destinations de la SNCF,
Nous avons, pour les plus jeunes, une carte 12-25 ans pour voyager moins cher,
Certains d’entre nous ont même été importunés par les voies ferrés dans leur promenade du dimanche,
Nous aussi, nous avons des livres à la maison,
Nous avons même des livres politiques qui expliquent comment renverser le système capitaliste,
Certains d’entre nous ont même écrit des livres subversifs expliquant comment organiser une action militante
Nous aussi, nous aimons la nature,
Nous avons même toutes et tous pensé faire de l’escalade pour profiter des paysages de montagne,
Certains d’entre nous ont même, dangereux qu’ils sont, des mousquetons et un casque d’escalade,
Nous aussi, nous sommes allés à l’école,
Nous avons même essayé de faire des études, voire beaucoup d’études,
Certains d’entre nous ont même obtenus leur diplôme BAC+5.
Nous sommes toutes et tous des terroristes de l’ultra-gauche : Arrêtez-nous !
16 novembre 2008 at 8:05
Ou pas, ce n’est actuellement possible que pour ceux de l’avant garde qui imposent des choses au reste de la population. Le fait est que la plupart des gens sont attachés à l’état et à leurs services publics quelle qu’en soit la forme. Détruire ces structures sans les remplacer immédiatement par d’autres au moins aussi bonnes est forcément voué à développer la haine de la population contre des gens qui détruisent le confort qu’ils ont dans la vie… logique, prévisible etc.
Il ne faut pas confondre insurrection et grosse colère qu’on mène tout seul. Historiquement l’insurection ne se décrète pas, elle s’accompagne et généralement par des gens malhonnètes, les femmes et hommes de bien étant trop désorganisés pour peser.
17 novembre 2008 at 11:03
Etrange conclusion de ce texte par un appel au crédit à la consommation… issu du logiciel GoogleAd qui adapte le contenu de la publicité à celui du texte qui l’accompagne, il semble signifier que pour les spécialistes du marketing, vos lecteurs sont surtout en attente de crédit pour financer leurs envies. On peut craindre qu’ils ne soient pas encore prêts pour l’insurrection.
A moins que google se trompe.
En tout cas l’effet est surréaliste.
18 novembre 2008 at 12:21
contre la pub, naviguer avec firefox + les extensions addblock et noscript change la vie
26 novembre 2008 at 7:05
Bonjour à vous.
Je pense que la critique est toujours saine, mais, en tant que proche des idées décroissantes, je voulais apporter quelques précisions.
1) Je n’ai vu nul part de décroissants qui souhaitaient un "retour en arrière" ! Probablement parce que c’est impossible ! Critiquer des aspects du présent n’implique en rien une volonté de retour en arrière. Considérer que notre société va dans le mur n’implique pas une négation de ce qui a été. Il s’agit bien plutôt de ré-évaluer !
2) Il ne s’agit pas non plus de sauver l’économie par la morale. Je suis personnellement très critique à l’égard de tout discours moral. Il est question de politique et de philosophie. Mais si certain agissent pour des raisons morales, voire religieuses, je peux respecter "leurs motivations".
3) Le texte dénonce les formes de critique qui voudraient sauver l’économie (Attac, décroissance…). Il n’est pas question de sauver ce qui est en place, mais de se réapproprier l’économie (re-localisation…), pour la subordonner à l’humain et aux choix collectifs. Il n’est pas possible de vouloir faire disparaitre toute forme d’économie, de commerce, sachant que chacun d’entre nous ne peut se suffire entièrement, bien que l’autonomie doive rester notre "ligne de mire".
Voilà, il y aurait encore à dire mais bon…