Attention ! Si vous comprenez l’anglais, cette vidéo va vous mettre très en colère. Le “Women?s Media Center” a compilé un florilège de séquences télévisées où des journalistes, commentateurs et hommes politiques balancent des remarques sur les femmes en politique en général et sur Hillary Clinton en particulier…

“Imaginon qu’on ait une femme dans le bureau ovale, elle sera l’homme (sic) le plus puissant du monde, quels seront les aspect négatifs selon vous ?” “Vous voulez dire, les aspects négatifs autres que le fait qu’elle aura ses ragnagnas, ses bouffées de chaleur et ses sautes d’humeur ?”

“Quand l’Amérique voit Obama, elle entend quelqu’un qui dit “En route vers de nouveaux horizons”, quand l’Amérique voit Hillary, elle entend quelqu’un qui dit “T’as encore oublié de sortir les poubelles”…

“Quand j’étais un jeune avocate, je me suis mise à toujours porter des chapeaux, afin d’établir mon identité professionnelle. Parce que avant cela, quand j’allais à une réunion et que nous étions tous assis à la table, il y avait toujours un moment où quelqu’un se tournait vers moi et disait “Est-ce qu’on pourrait avoir du café ?”

[Gregoire Seither - IES News Service - 08/06/2008]

Maintenant qu’elle est à terre, les commentateurs n’ont même plus besoin de se retenir. La campagne médiatico-politique autour de la candidature d’Hillary Clinton a donné lieu - dans les médias de tous bords et chez des hommes politiques de droite comme de gauche - à des manifestations de sexisme et vulgarité dignes d’une chambrée de bidasses.

Quelques exemples récents : l’importante couverture médiatique (favorable) accordée à un groupe d’activistes politiques anti-Hillary et qui s’est donné le nom de “Citizens United Not Timid” (CUNT - foufoune en argot), un épisode de South Park dans lequel Hillary Clinton a un missile nucléaire planqué dans son vagin, le succès commercial (ici encore grâce à une forte promotion médiatique) d’un site Web qui vend des casse-noix en forme de Hillary Clinton, qui craque les noix (”nuts” en argot anglais signifie couilles) entre ses jambes dentées.

S’il n’est pas étonnant que des officines de propagande ordurière comme FOX News s’adonnent à ce genre de vannes, il est intéressant de noter que la presse “mainstream” ne s’est pas vraiment émue de ces attaques… notamment parce qu’elle y participe elle-même. Quand on entend Tucker Carlson - l’équivalent U.S. de PPDA - répéter à plusieurs occasions, à l’antenne : “Quand Hillary apparaît à la télévision, involontairement je croise les jambes“, et que tous ses collègues journalistes de CNN et MSBNC s’esclaffent, on se dit que la presse “de référence” vient d’exploser en plein vol. Quand on voit un commentateur politique réputé nous expliquer que, dans une campagne électorale, la question du rouge à lèvres et du décolleté sont primordiales, on se demande où est passée l’Amérique que nous avons connue.

Le montage du Women’s Media Center est hallucinant dans sa crudité et sa totale absence de retenue. Attention, il vous mettra très en colère.

On peut aussi noter l’incroyable impunité de ce sexisme. Si des commentaires similaires avaient été faits sur la négritude de Barack Obama, l’Amérique tout entière aurait été révulsée et les médias en auraient fait leurs choux gras… Idem, si lors de campagne de 2000, les commentateurs politiques avaient fait des remarques sur la judaité du candidat Lieberman, s’ils avaient ironisé sur son sens des affaires, fait des références à Shylock ou balancé quelques blagues juives… il est fort probable qu’ils auraient (à juste titre) été virés de leur poste.

Mais là, rien. Après tout, c’est de sa faute, hein ? Si elle voulait pas qu’on la viole, elle avait pas qu’à descendre dans l’arène.

En 1972, l’Amérique avait déjà eu un candidat noir, une candidate pour être précis. Il s’agit de Shirley Chisholm, première femme noire à avoir été élue au Congrès des USA. Lors de son discours de candidature, elle avait rappelé que “le processus de fabrication des stéréotypes émotionnels, sexuels et psychologiques qui vont mouler la femme dans le rôle que la société lui accorde, commence dès le moment où, à l’échographie, le médecin dit ‘C’est une fille“.